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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403781

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403781

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBELAÏCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Belaïche, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et, d'autre part, l'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel cette autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- cette décision de refus est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la précarité de sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- cette décision est illégale dès lors qu'il est menacé dans son pays d'origine ;

- la décision d'interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision d'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mouret en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Mouret, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 octobre 2024 en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 1997 et déclarant être entré en France au cours de l'année 2019, demande l'annulation pour excès de pouvoir, d'une part, de l'arrêté du

23 septembre 2024 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et, d'autre part, de l'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel cette autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la légalité des décisions litigieuses :

3. En premier lieu, les arrêtés contestés ont été signés, pour le préfet de Vaucluse, par Mme B D, laquelle a été nommée en qualité de secrétaire générale de la préfecture de Vaucluse par un décret du 31 octobre 2023 publié au Journal officiel de la République française le 1er novembre suivant. Par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de cette préfecture, le préfet de Vaucluse a consenti à Mme D une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes du premier arrêté contesté qu'à la suite du rejet de la demande d'asile de M. A, le préfet de la Haute-Garonne a, le 11 septembre 2020, obligé l'intéressé à quitter le territoire français et a notamment assorti cette mesure d'éloignement d'un délai de départ volontaire de trente jours. Eu égard aux conditions du séjour en France de M. A, qui est célibataire et sans charge de famille, et alors même qu'il indique suivre un parcours de soins afin de lutter contre son addiction à l'alcool, il ne ressort pas des seules pièces du dossier, et notamment pas de l'attestation de la présidente de la structure hébergeant l'intéressé depuis le 12 juillet 2024, qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Vaucluse aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant.

5. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. En quatrième lieu, en se bornant à faire état de la précarité de sa situation, M. A n'établit pas en quoi le préfet de Vaucluse aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

7. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En sixième lieu, M. A, dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée ainsi qu'il a été dit au point 4, n'établit pas, par les seules pièces qu'il produit, la réalité des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, et alors que le requérant n'invoque la méconnaissance d'aucun texte à cet égard, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison des menaces pesant sur M. A en cas de retour dans son pays d'origine ne peut qu'être écarté.

9. En septième lieu, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En huitième et dernier lieu, les moyens dirigés contre la mesure d'éloignement ayant été écartés, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Vaucluse et à Me Belaïche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

R. MOURET M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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