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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403827

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403827

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A, ressortissant nigérian, qui contestait l'arrêté du préfet de Vaucluse l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que la mesure d'assignation à résidence, prise sur le fondement des articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Il a considéré que la présence de son enfant scolarisé en France, dont la mère est réfugiée, ne faisait pas obstacle à l'éloignement comme perspective raisonnable et que la décision ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est donc le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Deleau, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 24/84/669P du 28 septembre 2024, par lequel le préfet de Vaucluse l'assigne à résidence pour une durée de 45 jours ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros conformément aux dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.

Il soutient que :

- l'éloignement en cause n'est pas une perspective raisonnable au regard de la scolarisation de son enfant sur le territoire français vivant avec sa mère qui dispose de statut de réfugié, et ce alors qu'il contribue à son entretien et son éducation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Parisien en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 :

- le rapport de M. Parisien,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 8 mai 1987, a été interpellé le 28 septembre 2024. L'intéressé a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour de 2 ans prononcé le 21 février 2023 par le préfet de Vaucluse. Cette décision a été confirmée par le tribunal administratif de Nîmes le 22 mars 2023. Le 28 septembre 2024, le préfet de Vaucluse a décidé de prononcer à l'encontre de l'intéressé un arrêté portant assignation à résidence. M. A en demande l'annulation.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. " L'article R. 733-1 de ce code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

3. D'une part, une mesure d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile consiste, pour l'autorité administrative qui la prononce, à déterminer un périmètre que l'étranger ne peut quitter et au sein duquel il est autorisé à circuler et, afin de s'assurer du respect de cette obligation, à lui imposer de se présenter, selon une périodicité déterminée, aux services de police ou aux unités de gendarmerie. D'autre part, si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.

4. Si le requérant soutient que la décision l'assignant à résidence dans le département de Vaucluse pour une durée de 45 jours, avec obligation de se présenter au commissariat de police d'Avignon deux fois par semaine, serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation, au motif de la résidence de son fils, né en 2017, dans les Bouches du Rhône, ce qui l'empêcherait de le voir, il ressort de l'examen de la décision attaquée qu'une sortie du département de Vaucluse est possible sur autorisation, étant au surplus observé que le requérant ne justifie pas des visites familiales dont il fait état. Par conséquent, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations précitées ou serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, la décision litigieuse ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de son enfant.

5. Enfin, si M. A soutient que l'éloignement en cause n'est pas une perspective raisonnable au regard de la scolarisation de son enfant sur le territoire français vivant avec sa mère qui dispose de statut de réfugié, et ce alors qu'il contribue à son entretien et son éducation, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour de 2 ans prononcé le 21 février 2023 par la préfète de Vaucluse, et que cette décision a été confirmée par le tribunal de Nîmes le 22 mars 2023, lequel tribunal a relevé que l'intéressé est séparé de la mère de son fils et qu'il ne justifie pas, en produisant des reçus de paiement de cantine établis en 2020 et 2021, de participer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils, et de la poursuite de ses relations avec lui.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté n° 24/84/669P du 28 septembre 2024, par lequel le préfet de Vaucluse l'assigne à résidence pour une durée de 45 jours. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Vaucluse.

Fait à Nîmes, le 24 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

P. PARISIEN

La greffière,

E. PAQUIERLa République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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