lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2403828 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | MATHIEU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2024, M. E A B, représenté par Me Mathieu, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée de cinq ans et fixe son pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation et, dans cette attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Mathieu, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, dans la mesure où il vit depuis 10 ans en France où il est en couple avec une ressortissante française ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Par un mémoire en défense, enregistrés le 7 octobre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. A B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué à Mme Bala les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bala,
- les observations de Me Mathieu, représentant M. A B, présent et assisté de M. C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise qu'il a été indemnisé par l'Etat pour sa détention provisoire injustifiée à hauteur de 60 000 euros et qu'il a donné cette somme à sa famille en Tunisie, qu'il vit encore avec son ex-épouse en dépit du divorce, qu'elle n'est pas présente à l'audience car elle travaille, qu'il n'a pas été une menace à l'ordre public jusqu'en 2022, que le risque actuel n'est pas avéré, qu'il ne s'est jamais livré à l'apologie du terrorisme et qu'il a d'ailleurs été relaxé pour ces faits, qu'il a un kyste au cerveau et que l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.
- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A B, né le 8 décembre 1989, de nationalité tunisienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var. Par un arrêté du 12 avril 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Var, M. D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet du Var les mesures d'éloignement et notamment les obligations de quitter le territoire français, les interdictions de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien : " () / d) Reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7 : () / Les ressortissants tunisiens qui, à la date d'entrée en vigueur de l'accord signé à Tunis le 28 avril 2008, justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le séjour en qualité d'étudiant n'étant pas pris en compte dans la limite de cinq ans () ". Aux termes de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ".
4. L'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne subordonne pas la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant tunisien à la condition que l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne prive toutefois pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.
5. D'une part, M. A B qui affirme lui-même être entré en France en 2010, ne justifie pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date du 1er juillet 2009, date d'entrée en vigueur de l'accord-cadre du 28 avril 2008. D'autre part, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A B a notamment fait l'objet d'une condamnation pour des faits de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime à un pacte civil de solidarité ainsi que de menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, appels téléphoniques malveillants sur une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime à un pacte civil de solidarité et maintien irrégulier sur le territoire français après placement en rétention ou assignation d'un étranger ayant fait l'objet d'une décision d'expulsion le 18 mars 2022. Dans ces conditions et en tout état de cause, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du préfet du Var a été pris en méconnaissance des stipulations précitées de l'accord franco-tunisien.
6. En troisième lieu, le requérant ne pouvant, ainsi qu'il a été dit précédemment, prétendre à la délivrance de plein droit d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var ne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. D'autre part, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. "
9. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que M. A B a déclaré, sans le justifier, être entré en France en 2010 et qu'il a été récemment écroué pour des faits d'apologie publique d'un acte de terrorisme et qu'il a été condamné pour des faits de menace de mort. Il a, en outre, été condamné à une interdiction du territoire national de deux ans prononcée le 18 mars 2022 par le tribunal judiciaire de Toulon. Par ailleurs, si le requérant produit quelques pièces médicales et une attestation rédigée le 1er octobre 2024 par son ex-épouse qui indique qu'ils " se sont remis ensemble après avoir divorcé par rapport à tous les problèmes que nous avons rencontrés mais pas surmontés ", le requérant ne démontre pas avoir déplacé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux et il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français contestée méconnaîtrait son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni davantage qu'elle a été édictée sans tenir compte de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, en méconnaissance de l'article L. 613-1 précité. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
10. En dernier lieu, l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". L'article L. 511-4 du même code dispose que " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ". M. A B n'a pas présenté de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et il ne ressort pas des pièces médicales produites que l'affection dont il souffre puisse lui donner droit à un titre de séjour et le protéger de la mesure d'éloignement.
11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les textes dont elle fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A B. Dès lors, le préfet, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, a énoncé, sans avoir recours à des formulations stéréotypées, les circonstances pertinentes de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
13. En second lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination.
14. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision fixant le pays de destination attaquée.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans vise les textes dont elle fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A B. Dès lors, le préfet, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, a énoncé, sans avoir recours à des formulations stéréotypées, les circonstances pertinentes de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
16. En second lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination.
17. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation et ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B, au préfet du Var et à Me Mathieu.
Fait à Nîmes le 7 octobre 2024.
La magistrate désignée,
K. BALA
La greffière,
A. NOGUEROLa République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403828
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026