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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403879

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403879

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantAGUILAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024, M. D C, représenté par Me Aguilar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y circuler pour une durée de trois ans et fixe son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation et, dans cette attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte au droit à la libre circulation des ressortissants communautaires sur le territoire de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 8 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Bala les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bala,

- les observations de Me Aguilar, représentant M. C, présent et assisté de Mme B, interprète en langue roumaine, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise, d'une part, que contrairement à ce qu'indique le préfet, il a été condamné une unique fois et, d'autre part, qu'il a quatre enfants scolarisés sur le territoire français ;

- le préfet du Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant roumain qui déclare vivre en France depuis 25 ans, a été incarcéré le 7 mai 2014 pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance. Le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à son encontre une décision d'obligation de quitter le territoire français sans délai sur le fondement des dispositions de l'article L. 251-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assortie d'une interdiction de circulation sur le sol français d'une durée de trois ans par arrêté du 30 septembre 2024 dont M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 13-2024-03-22-00005 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 13-2024-075 du 22 mars 2024, M. A E, signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, en sa qualité d'adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, d'une délégation à l'effet de signer notamment les décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, en dépit de la mention erronée relative à la réitération des faits qui est sans incidence sur la légalité de la décision querellée. Ce moyen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a transposé l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. M. C, âgé de cinquante et un ans, affirme, sans l'établir, être entré en France il y a vingt-cinq ans et avoir quatre enfants scolarisés sur le territoire français. Il ne justifie cependant de la présence d'aucune attache privée ou familiale sur le sol et ne démontre pas en être dépourvu dans son pays d'origine. Il n'allègue par ailleurs ni exercer une activité professionnelle, ni disposer de ressources suffisantes. Il a, en outre, été condamné le 25 juin 2024 à une peine de 8 mois de prison et à une interdiction de séjour à Marseille pour 3 ans, pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance. Au regard de l'ensemble de ces éléments ainsi que du comportement de l'intéressé lors de son séjour en France, la décision en litige ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé au regard des buts qu'elle poursuit.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les textes dont elle fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C. Dès lors, le préfet, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, a énoncé, sans avoir recours à des formulations stéréotypées, les circonstances pertinentes de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

8. En second lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision fixant le pays de destination attaquée.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de circulation :

10. En premier lieu, l'article L.251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

11. L'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait, notamment relatives à la situation personnelle en France de l'intéressé et au comportement délictuel qui a été le sien, qui fondent la décision d'assortir l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. C d'une interdiction de circulation. Le défaut de motivation invoqué doit donc être écarté.

12. En deuxième lieu, pour interdire à M. C la circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur le comportement de l'intéressé, détaillé au point 5. Compte tenu de ce comportement et des conditions de séjour de l'intéressé en France, en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de circuler en France faite au requérant, le préfet n'a pas méconnu le droit de l'intéressé à une libre circulation, ni commis d'erreur d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

13. En troisième lieu, en se bornant à faire état, sans l'établir ni davantage de précision, que son épouse et ses enfants résideraient en France, dans des conditions administratives qui demeurent, du reste, indéterminées, M. C, au regard des éléments énoncés au point 5 du présent jugement, ne démontre pas que l'interdiction de circulation prise à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français attaquée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet du Bouches-du-Rhône l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y circuler pour une durée de trois ans et fixe son pays de renvoi. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet du Bouches-du-Rhône et à Me Aguilar.

Fait à Nîmes le 9 octobre 2024.

La magistrate désignée,

K. BALA

La greffière,

E. PAQUIERLa République mande et ordonne au préfet du Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403879

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