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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403892

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403892

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403892
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes, statuant en excès de pouvoir, a rejeté la requête de M. B contre l'arrêté du ministre de l'intérieur du 25 septembre 2024 lui imposant, pour trois mois, une interdiction de quitter Nîmes et une obligation de pointage quotidien. Le tribunal a jugé que les éléments du dossier, fondés sur les articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure, établissaient des raisons sérieuses de penser que le comportement de M. B constituait une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics. Il a également estimé que la mesure, nécessaire à la prévention du terrorisme, ne portait pas une atteinte disproportionnée aux libertés d'aller et venir, de circulation ou à la vie privée et familiale garanties par la convention européenne des droits de l'homme et la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Guez Guez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du ministre de l'intérieur du 25 septembre 2024 portant mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure dès lors que l'administration ne démontre pas qu'il représente une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics ou qu'il continuerait à soutenir, diffuser lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhérer à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, ainsi qu'à sa liberté d'aller et venir, garanties par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et à sa liberté de circulation, garantie par l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Peretti,

- les observations de Me Grenaille, représentant M. B ;

- le ministre de l'intérieur n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 septembre 2024, le ministre de l'intérieur a, sur le fondement des articles L. 228-1 à L. 228-7 du code de la sécurité intérieure, pris à l'encontre de M. B, ressortissant français né le 17 décembre 1990, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance aux termes de laquelle il a interdiction de se déplacer sans autorisation préalable hors du territoire de la commune de Nîmes (Gard) pendant une durée de trois mois et doit, pendant la même durée, se présenter une fois par jour au commissariat de police de Nîmes. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut () faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer son lieu d'habitation et tout changement de lieu d'habitation. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / Toute décision de renouvellement des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article est notifiée à la personne concernée au plus tard cinq jours avant son entrée en vigueur. La personne concernée peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat qu'il délègue l'annulation de la décision dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. Il est statué sur la légalité de la décision au plus tard dans un délai de soixante-douze heures à compter de la saisine du tribunal. Dans ce cas, la mesure ne peut entrer en vigueur avant que le juge ait statué sur la demande. ". Enfin, aux termes de l'article L. 228-5 de ce code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à toute personne mentionnée à l'article L. 228-1, y compris lorsqu'il est fait application des articles L. 228-2 à L. 228-4, de ne pas se trouver en relation directe ou indirecte avec certaines personnes, nommément désignées, dont il existe des raisons sérieuses de penser que leur comportement constitue une menace pour la sécurité publique. Cette obligation tient compte de la vie familiale de la personne concernée. / L'obligation mentionnée au premier alinéa du présent article est prononcée pour une durée maximale de six mois () ".

3. En vertu de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure cité ci-dessus, la mesure d'assignation à résidence prévue à l'article L. 228-2 du même code ne peut être prononcée qu'aux fins de prévenir la commission d'un acte de terrorisme et est subordonnée à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.

4. Pour considérer qu'il existe des raisons sérieuses de penser que le comportement de M. B constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et l'intéressé soutient ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes, le ministre de l'intérieur s'est principalement fondé, dans un contexte de menace terroriste à un niveau élevé sur le territoire national, en raison des répercussions en France du conflit israélo-arabe, depuis l'attaque perpétrée en Israël par le Hamas le 7 octobre 2023, sur plusieurs faits commis par M. B en 2023 dont il a estimé que le comportement entrait dans le champ des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure.

5. L'arrêté contesté mentionne ainsi qu'entre octobre et novembre 2023, M. B a diffusé des publications apologétiques du terrorisme et incitant à la haine et à la violence. Il indique que depuis l'attaque terroriste du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, le requérant n'a cessé de témoigner son soutien aux actions du Hamas sur fond d'antisémitisme. C'est ainsi que, le 26 octobre 2023, il a publié une image du drapeau israélien sur lequel figurait une croix gammée à la place de l'étoile de David, assimilant la Shoah à la situation en cours à Gaza et l'Etat d'Israël au régime Nazi. Le 27 octobre 2023, il a partagé sur les réseaux sociaux une publication incitant à la violence et appelant à la mort des juifs. Le 4 novembre 2023, il a partagé une publication d'un compte salafiste appelant à soutenir le terrorisme en relayant les propos du Cheik Ould-Dedew qui appelait toute personne : " qui peut apporter une contribution financière à le faire. Ceux qui peuvent fournir des soins médicaux, écrire un article ou offrir un soutien médiatique sont tenus de le faire. Chaque individu qui a la capacité de contribuer n'est pas exonéré si ce n'est pas sa contribution réelle ". Le même jour, il a partagé une publication glorifiant les attaques terroristes du Hamas. Le lendemain, il a encore partagé une vidéo des scènes violentes se déroulant à l'aéroport de Makhatchkala, et dans laquelle des individus, hargneux et révoltés, criant " allahuakbar " recherchaient un avion en provenance d'Israël et faisant escale dans cet aéroport, avec en légende de la vidéo le commentaire de M. B : " ça ne rigole pas ". Enfin, une saisine de son matériel informatique a permis de découvrir des photographies le représentant en possession d'armes à feu, accompagné d'un autre individu dont il a refusé de donner l'identité.

6. En premier lieu, M. B soutient que la décision serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure dès lors qu'il ne représente pas une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public et qu'il ne continue pas à soutenir, diffuser ou adhérer à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes. Toutefois, les faits non utilement contestés, mentionnés ci-dessus et sur lesquels s'est fondé le ministre de l'intérieur, relatifs aux nombreuses publications à caractère violent et antisémite et favorable au terrorisme islamiste, partagées par M. B, permettent de considérer qu'il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics. S'il soutient que l'intégralité des publications litigieuses ont été supprimées, cette circonstance ne permet pas, à elle seule, d'établir que les conditions prévues à l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure ne sont plus réunies. Par suite, et alors que le contexte est marqué par un risque élevé d'attentat terroriste, en raison de tensions liées à la résurgence du conflit israélo-palestinien, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur, en prenant l'arrêté attaqué, aurait commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En second lieu, M. B soutient que la mesure litigieuse est disproportionnée dès lors qu'elle porte atteinte à sa la liberté d'aller et venir et à sa vie privée et familiale. Toutefois, en se bornant à soulever l'inconventionnalité de la décision du ministre de l'intérieur, M. B n'apporte aucun élément précis de nature à établir la réalité de ses allégations. Au surplus, compte tenu du contexte de menace terroriste élevée liée notamment aux événements du Proche-Orient, la mesure contestée ne peut être regardée, dans son principe, eu égard à son caractère limité dans le temps et dans la durée ainsi qu'aux aménagements dont elle peut faire l'objet, comme caractérisant une mesure disproportionnée au regard du but poursuivi par le ministre, ni comme méconnaissant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 2 du protocole additionnel n° 4 à cette convention ou le principe de libre circulation des personnes dans l'espace européen.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du ministre de l'intérieur du 25 septembre 2024. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

P. PERETTI

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

P. PARISIENLe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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