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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403906

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403906

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBETOE BI EVIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 7 octobre 2024, Mme B C, représentée par Me Betoe Schwerdorffer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Gard, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien dès lors qu'elle justifie résider en France depuis dix ans et que le préfet a rajouté une condition non prévue par la loi en subordonnant la délivrance du certificat de résidence algérien à la production d'un passeport en cours de validité ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; elle doit être regardée comme un aidant familial au regard des dispositions de l'article R. 245-7 et L. 245-12 du code de l'action sociale et des familles ; l'accompagnement de ses parents constitue un motif humanitaire que le préfet aurait dû prendre en compte ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord-franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,

- les observations de Me Betoe Schwerdorffer représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne, née le 7 juillet 1968, est entrée en France le 28 décembre 2013, sous couvert d'un visa de catégorie C valable du 1er août 2013 au 27 janvier 2014 et s'est maintenue de manière irrégulière sur le territoire national depuis lors selon ses déclarations. Le 7 avril 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 9 juillet 2024, le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa mesure d'éloignement. Mme C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 9 juillet 2021 pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet du Gard, par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture, lequel disposait, en vertu d'un arrêté n° 30-2024-05-06-00001 du 6 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Gard n° 30-2024-071 du même jour, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté litigieux. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Selon l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

4. L'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ainsi que les dispositions de l'article L. 611-1-3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il retrace le parcours de Mme C en France, rappelle ses conditions de séjour sur le territoire français et sa situation privée et familiale. Il précise également que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Le préfet n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de Mme C mais en mentionne les éléments pertinents. Par ailleurs, dès lors que la décision obligeant la requérante à quitter le territoire a été prise sur le fondement d'un refus de titre de séjour lui-même motivé, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par suite, le moyen tiré l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté en litige, telle que rappelée au point précédent, que le préfet du Gard a procédé à un examen particulier de la situation de Mme C, l'erreur sur son identité dans le premier considérant de l'arrêté attaqué, pour regrettable qu'elle soit, résulte d'une simple erreur de plume. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme C soutient qu'elle justifie d'une présence continue en France de plus de dix ans dès lors qu'elle y est entrée le 28 décembre 2013 sous couvert d'un visa court séjour et s'y est maintenue depuis cette date. Toutefois, la requérante n'établit pas cette présence effective depuis plus de dix ans sur le territoire, à la date de la décision attaquée, par les pièces qu'elle produit notamment au titre des années 2014 et 2015 constituées pour l'essentiel de relevés bancaires sans mouvements, n'impliquant pas sa présence sur le territoire national. Les pièces produites pour les années postérieures constituées également en grande majorité de relevés bancaires, de quelques pièces médicales, des avis d'impositions et de billets de transports sont également insuffisamment nombreuses et probantes pour caractériser une présence ininterrompue en France. Par ailleurs, si l'intéressée fait état de la présence en France de son père titulaire d'un certificat de résidence de dix ans et de sa mère, qui reçoit des soins médicaux, il ressort des pièces du dossier que Mme C, célibataire et sans charge de famille n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays où résident deux autres frères et une sœur. Si les certificats médicaux versés au dossier font état de la nécessité de l'aide d'une tierce personne pour permettre le maintien à domicile de sa mère atteinte de troubles cardio-vasculaires, d'une insuffisance rénale, d'un diabète de type II ainsi que des troubles cognitifs et comportementaux, aucune pièce médicale postérieure à 2021 n'est produite au dossier. En outre, si le frère et la sœur de la requérante, présents en France font état de l'impossibilité pour eux de prendre en charge leur mère compte tenu de leur emploi et de leurs contraintes familiales, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette assistance ne pourrait pas être apportée par une aide externe alors au demeurant que l'expertise gériatrique réalisée le 19 octobre 2021 ne fait état que de troubles modérés de sa mémoire et de ses capacités cognitives sans mention de la maladie d'Alzheimer et indique que Mme A C gère sans aide son alimentation et nécessite une aide seulement partielle pour sa toilette, son habillage et la confection des repas. Si la requérante produit de nombreuses attestations de connaissances et voisins témoignant de sa bonne moralité et de son dévouement dans la prise en charge de ses parents ainsi qu'une attestation de bénévolat datée de mars 2017, elle ne justifie toutefois d'aucune insertion socio-professionnelle particulière. Enfin, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet aurait subordonné la délivrance du certificat algérien à la production d'un passeport en cours de validé, la production du passeport expiré depuis 2015 ayant été invoquée uniquement dans le cadre de l'appréciation de la preuve de la présence de la requérante sur le territoire national depuis 2013. Dans ces circonstances, la décision attaquée ne saurait être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations des articles 6-5 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Compte tenu des circonstances précédemment exposées, la situation personnelle et familiale de Mme C ne saurait être regardée, à elle seule, comme des considérations humanitaires ou motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le préfet du Gard n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dans le cadre de l'exercice de son pouvoir de régularisation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la mesure d'éloignement, en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour, doit être écarté.

10. En second lieu, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Betoe Schwerdorffer et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

Mme Mazars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025

La rapporteure

B. SARAC-DELEIGNE

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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