lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2403916 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | EZZAÏTAB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, M. B A, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Ezzaïtab, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet du Var a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants adoptée à New York le 10 décembre 1984 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mouret en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Ezzaïtab, représentant M. A ;
- et les observations de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant russe né le 14 janvier 1994, a été condamné, par un arrêt du 2 février 2018 de la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, à une peine de quinze ans de réclusion criminelle, pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une mutilation ou d'une infirmité permanente, peine assortie d'une interdiction définitive du territoire français. Par un arrêté du 8 octobre 2024, le préfet du Var a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office à compter de sa libération effective du centre pénitentiaire de Toulon-La Farlède. M. A, qui a été placé au centre de rétention administrative de Nîmes à la suite de sa levée d'écrou, demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté du 8 octobre 2024.
2. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". L'article L. 721-4 du même code dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
3. En premier lieu, l'arrêté contesté fixant le pays de destination de M. A vise notamment les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire français. Il indique que M. A, dont la demande d'asile a été rejetée, ne justifie pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il pourra être éloigné d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Par suite, l'arrêté contesté, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.
4. En second lieu, M. A, ressortissant russe d'origine tchétchène déclarant être entré en France au cours de l'année 2012 et s'y maintenir depuis lors, ne démontre pas, par les seules pièces qu'il produit, la réalité des risques qu'il prétend encourir en cas de retour dans son pays d'origine. La demande d'asile de l'intéressé a d'ailleurs été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 octobre 2012, laquelle a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 avril 2015. Si le requérant évoque le conflit armé opposant la Russie à l'Ukraine, il n'établit ni même n'allègue être soumis à une obligation militaire et ne justifie d'ailleurs d'aucune convocation pour rejoindre l'armée russe dans le cadre de ce conflit. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait susceptible d'être soumis, en cas de retour dans son pays d'origine, à la torture ou à des traitements contraires aux articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Par suite, en fixant notamment la Russie comme pays de destination de M. A, le préfet du Var n'a pas fait une inexacte application de ces stipulations.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Var et à Me Ezzaïtab.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
R. MOURET
La greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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