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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403963

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403963

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHEVENIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. D, ressortissant nigérian, contestant l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 12 octobre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la signataire bénéficiant d'une délégation régulière. Il a également jugé que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de l'absence de liens intenses et stables établis en France et de sa condamnation pénale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, M. A D, retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Chevenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision d'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mouret en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Chevenier, représentant M. D, qui persiste dans ses écritures ;

- et les observations de M. D, assisté de Mme C, interprète en langue anglaise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant nigérian né en 1986, demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 12 octobre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé, pour le préfet des Bouches-du-Rhône, par Mme B E, responsable de la section éloignement du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, laquelle bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté préfectoral du 22 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de cette préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. D, qui déclare séjourner sur le territoire français depuis treize ans, n'établit ni même n'allègue avoir tissé des liens intenses et stables en France et ne justifie pas d'une intégration particulière. Il n'est pas contesté que l'intéressé n'a pas exécuté les deux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Le requérant, qui est séparé de son ancienne compagne, ne démontre pas, par les seules pièces qu'il produit, entretenir des liens avec ses enfants présents en France. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêt du 21 avril 2020 de la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel d'Aix-en-Provence, M. D a été condamné à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement pour des faits de violence sur son ancienne compagne et sur au moins l'un de ses enfants mineurs. Par ailleurs, l'intéressé a déclaré, lors de son audition par les services de police, qu'il disposait d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, et eu égard aux conditions du séjour en France de M. D, la mesure d'éloignement en litige ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen, à le supposer invoqué, tiré de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation de M. D ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, l'arrêté contesté, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. D, dont la demande d'asile a été rejetée, n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention et indique qu'il pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.

6. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui précède, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Selon l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

8. L'arrêté contesté, qui vise les textes applicables, notamment les articles L. 612-6 et

L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision interdisant le retour de M. D sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Il ressort des termes de cet arrêté, qui fait expressément état de l'absence de circonstances humanitaires, que le préfet des Bouches-du-Rhône s'est interrogé sur l'existence de telles circonstances avant d'édicter cette décision d'interdiction de retour. L'intéressé ne s'étant prévalu d'aucune circonstance particulière, le préfet n'avait pas à motiver davantage sa décision sur ce point. La motivation de l'arrêté attaqué, qui indique notamment les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé doit, selon le préfet, être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public, fait apparaître que ce dernier a pris en compte l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 cité ci-dessus. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.

9. En sixième et dernier lieu, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. MOURET

La greffière,

E. PAQUIERLa République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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