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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403967

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403967

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403967
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHEVENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Chevenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2024 par lequel le préfet du Var lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mouret en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Chevenier, représentant M. B, qui persiste dans ses écritures et soutient, en outre, que l'arrêté contesté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et les observations de M. B, assisté de M. C, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 2 mai 2000 et déclarant être entré en France au cours du mois de juillet 2018, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du

30 juillet 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulon du 15 janvier 2021, le préfet du Var a rejeté sa demande et a notamment assorti ce refus d'une mesure d'éloignement. L'intéressé a été condamné le 3 octobre 2022 par le tribunal correctionnel de Toulon à une peine de sept mois d'emprisonnement pour des faits de détention, d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants. Par une décision du 10 mars 2023, le préfet du Var lui a de nouveau fait obligation de quitter le territoire français. La légalité de cette dernière mesure d'éloignement, ainsi que celle de la décision de refus de départ volontaire édictée le même jour, a été confirmée par un jugement du 3 avril 2023 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nîmes. A la suite de l'interpellation de l'intéressé le

12 octobre 2024, le préfet du Var lui a, par un arrêté du même jour, interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté du 12 octobre 2024.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 12 avril 2024 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture du Var et signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer notamment toutes les décisions " en matière de police des étrangers ", au nombre desquelles figurent les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Selon l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7 () sont motivées ".

4. L'arrêté contesté, qui vise les textes applicables, notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il ressort des termes de cet arrêté que le préfet du Var, qui a en particulier indiqué les raisons pour lesquelles la présence de M. B devait, selon lui, être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public, a pris en compte l'ensemble des critères énoncés à l'article L. 612-10 du même code. Par suite, l'arrêté contesté portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui se maintient irrégulièrement sur le territoire français en dépit des mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident notamment ses parents, selon ses déclarations. Si le requérant, qui est sans charge de famille en France, se prévaut de la circonstance qu'il s'est marié le 1er juin 2022 à Toulon, il ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité de la vie commune qu'il indique mener avec son épouse, laquelle se trouverait actuellement en Tunisie selon les déclarations de la sœur de l'intéressé le 12 octobre 2024 lors de son audition par les services de police. Par ailleurs, la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales fait apparaître que M. B a, outre la condamnation pénale - évoquée au point 1 -dont il a fait l'objet, été signalisé à plusieurs reprises, notamment au cours des années 2022 et 2023, principalement dans le cadre d'affaires de stupéfiants. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, la décision interdisant le retour de M. B sur le territoire français pour une durée de deux ans ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, en édictant cette décision d'interdiction de retour, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. MOURET

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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