mercredi 18 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2403984 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Hamza, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n°2024-BSE-203 du 12 juillet 2024 par lequel le préfet du Gard rejette sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre la délivrance d'un titre de séjour, subsidiairement le réexamen de sa situation et la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- la décision a été prise par une autorité incompétente, faute pour l'administration d'établir la délégation de signature consentie à l'auteur de l'acte en litige ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et dans l'appréciation des dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle produit des éléments de nature à justifier la réalité des craintes invoquées en cas de retour dans son pays d'origine ;
- du fait de son parcours, des craintes exposées en cas de retour et de ses compétences justifiées, son admission au séjour répond à des motifs exceptionnels et considérations humanitaires ;
- le refus de séjour portera nécessairement atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants qui commande que ces derniers puissent poursuivre leurs scolarités en France où ils sont tous deux épanouis.
Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'erreur manifeste d'appréciation ; en effet, le préfet du Gard a commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant, à son encontre, une obligation de quitter le territoire français à destination de son pays de nationalité sans envisager la possibilité d'une réadmission vers l'Allemagne ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique, ainsi que les observations de Me Hamza pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 25 juin 1982 à Barishal (Bangladesh), ressortissante bangladaise, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 12 juillet 2024, le préfet du Gard a rejeté cette demande et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français. Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet du Gard, par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture, lequel disposait, en vertu d'un arrêté du 6 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Gard du même jour, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté litigieux. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".
4. La requérante soutient qu'elle réside en France depuis plus de cinq ans avec ses enfants. Elle fait valoir qu'elle justifie de réels efforts d'intégration, et que cette intégration lui a également permis de trouver un emploi. Elle ajoute qu'elle est particulièrement investie dans la scolarité et la réussite de ses enfants. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée le 27 décembre 2018 par l'intéressée, a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 janvier 2020, refus confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 13 novembre 2020. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 9 décembre 2020, dont la légalité a été confirmée par le tribunal de céans le 27 janvier 2021. La demande de réexamen de sa demande d'asile présentée le 16 février 2021 par l'intéressée, a été déclarée irrecevable par une décision de l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides le 22 février 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 avril 2022. Agée de 43 ans, elle n'établit pas ne plus avoir d'attaches au Bengladesh, où elle a vécu la majeure partie de son existence et où elle ne serait pas isolée en cas de retour, aucun élément ne s'opposant à ce que sa vie de famille se poursuive au sein du pays dont tous les membres sont ressortissants. Dès lors, en l'absence d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de leur vie privée et familiale, et sans qu'il puisse être reproché au préfet d'avoir commis une erreur de fait ou d'appréciation, le moyen tiré de la violation des stipulations et dispositions précitées, au regard de l'objet des mesures de refus de séjour et d'éloignement, ne peut être qu'écarté.
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.
6. Les éléments évoqués au point 4 relatifs à la situation personnelle de Mme A ne suffisent pas, en dépit des efforts d'intégration dont elle se prévaut, à caractériser l'existence de motifs exceptionnels au sens des dispositions citées au point précédent. Il en va de même des circonstances tirées des diplômes qu'elle a obtenus, de ses fonctions au sein du ministère des affaires étrangères, de la carte de presse de son époux, de ses droits au séjour en Allemagne, avec ses enfants, au titre de ses fonctions au sein de l'ambassade ainsi que de la directive officielle lui faisant ordre de quitter ses fonctions et rejoindre le ministère des affaires étrangères au Bangladesh. Par suite, le préfet du Gard n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé au titre de la vie privée et familiale.
7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse méconnaîtrait l'intérêt supérieur de ses enfants, lesquels peuvent poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine.
Sur la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de titre de séjour attaqué n'est pas entaché d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'elle ne pouvait faire l'objet pour ce motif d'une obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 6, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.
11. En troisième lieu, Mme A ne justifiant pas être admissible en Allemagne, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Gard a commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant, à son encontre, une obligation de quitter le territoire français à destination de son pays de nationalité sans envisager la possibilité d'une réadmission vers l'Allemagne. Pour le même motif, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
13. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : /1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. /Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
14. Mme A n'établit pas, par les éléments qu'elle produit, que l'arrêté en litige méconnaîtrait les dispositions et stipulations susvisées. Les moyens tirés d'une erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête tendant à l'annulation des décisions litigieuses doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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