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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2404014

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2404014

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2404014
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nîmes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de la société Ambulances Bagnols-Pont Hexagone visant à suspendre l'arrêté du 9 octobre 2024 du directeur général de l'ARS Occitanie prononçant la suspension provisoire de son agrément pour un mois. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas caractérisée, faute pour la société de justifier de manière probante de conséquences économiques et financières irréparables ou d'une carence dans la prise en charge des patients. En conséquence, la requête a été rejetée comme manifestement mal fondée, sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'atteinte à la liberté d'entreprendre.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024, la société Ambulances Bagnols-Pont Hexagone, représentée par Me Belaïche, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Occitanie a prononcé la suspension provisoire de l'agrément qui lui a été accordé pour effectuer des transports dans le cadre de l'aide médicale urgente et des transports sur prescription médicale ;

2°) de mettre à la charge de l'ARS Occitanie la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a fait l'objet d'une suspension de son agrément pour une durée d'un mois en raison de divers incidents ayant affectés l'accomplissement de ses missions ;

- la condition d'urgence caractérisée est remplie car, d'une part, elle emploie quatre salariés et supporte des charges telles que l'exécution de l'arrêté contesté l'exposerait à des conséquences économiques et financières difficilement réparables et la contraindrait au dépôt de bilan et, d'autre part, elle prend en charge plusieurs patients atteints d'une maladie chronique qui se trouveraient brutalement sans solution de transport sanitaire ;

- la suspension provisoire prononcée porte une atteinte grave à sa liberté fondamentale d'entreprendre et d'exercer son activité ;

- cette mesure, manifestement disproportionnée et entachée d'un détournement de pouvoir, est manifestement illégale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Ambulances Bagnols-Pont Hexagone exerce une activité de transport sanitaire. Suite à divers incidents ayant affecté la prise en charge de patients entre le 20 août 2021 et le 25 mars 2024, après avis du sous-comité des transports sanitaires du comité départemental de l'aide médicale d'urgence, de la permanence des soins et des transports sanitaires, qui s'est réuni le 6 juin 2024, le directeur de l'ARS Occitanie a, par un arrêté du 9 octobre 2024, suspendu pour une durée d'un mois, du 15 octobre à 9 heures au 14 novembre à 8 heures inclus, l'agrément dont bénéficie cette société pour l'exercice de son activité. Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté du 9 octobre 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doit-être prise dans les quarante-huit heures. En outre, la circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée, n'est, par elle-même, pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par cet article.

4. Pour justifier de l'urgence particulière à faire droit à sa demande, la société Ambulances Bagnols-Pont Hexagone soutient d'une part, que l'exécution de l'arrêté contesté l'exposerait à des conséquences économiques et financières difficilement réparables allant jusqu'au dépôt de bilan et, d'autre part, qu'elle prend en charge plusieurs patients atteints de maladie chronique qui se trouveraient, du fait de la suspension de son activité, brutalement dépourvus de solution de transport sanitaire. Toutefois, en premier lieu, le courrier de la société Fiducial expertise produit, qui ne constitue pas une attestation dont l'authenticité serait garantie, adressé le 16 octobre 2024 à la société " Ambulances Sésame ", dénomination qui ne figure sur aucune autre des pièces produites, notamment sur les pièces de procédure administrative, le bail commercial ou les bulletins de salaires des employés de la société requérante, dont le lien juridique éventuellement existant avec elle n'est, au demeurant ni démontré, ni même allégué, à une adresse qui n'est pas celle de la société requérante, est dépourvu de toute valeur probante quant à la situation financière de la société Ambulances Bagnols-Pont Hexagone qui dispose d'une personnalité juridique distincte. En deuxième, en tenant même pour établie l'existence d'un lien juridique entre ses deux sociétés, ce courrier, en faisant état en des termes généraux de la situation financière de la société Ambulances Sésame, impactée par de gros investissements, nécessitant de faire preuve de prudence, face à laquelle une interruption d'activité, même temporaire, serait fatale, ne démontre pas que la suspension de l'agrément de la seule société Ambulances Bagnols-Pont hexagone pour une durée limitée à un mois exposerait cette dernière, ni même d'ailleurs la société Ambulances Sésame, aux graves conséquences financières dont il est fait état. En troisième lieu, il n'est pas davantage établi que la suspension d'agrément en litige priverait les patients habituellement pris en charge par la société requérante de toute autre solution de transport sanitaire pour la période considérée. Dans ces conditions, la situation dont la société Ambulances Bagnols-Pont Hexagone fait état n'est ainsi pas de nature à caractériser une urgence telle qu'il serait nécessaire pour le juge des référés d'intervenir à très bref délai dans le cadre des pouvoirs que lui confèrent les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'à défaut d'urgence particulière, la requête de la société Ambulances Bagnols-Pont Hexagone doit être rejetée en toutes ses conclusions par la procédure prévue par les dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de la SAS Ambulances Bagnols-Pont Hexagone est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Ambulances Bagnols-Pont Hexagone.

Copie en sera adressée au l'ARS Occitanie.

Fait à Nîmes, le 21 octobre 2024.

Le juge des référés,

G. ROUX

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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