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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2404079

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2404079

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2404079
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDEGUILLAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Deguillaume, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 19-2024-263 du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de la Corrèze l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée de dix ans et fixe son pays de renvoi.

Il soutient que :

- il développera plus tard les motifs de son recours ;

Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Parisien en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 :

- le rapport de M. Parisien,

- les observations de Me Deguillaume, représentant M. A, qui soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français ainsi que l'interdiction de retour qui lui ont été notifiées, sont entachées de méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de la présence en France de son fils âgé de dix ans.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 5 avril 1990, a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour de dix ans, prononcé le 10 octobre 2024 par le préfet de la Corrèze. M. A en demande l'annulation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est séparé et père d'un enfant de 10 ans aux besoins matériels et d'éducatifs duquel il ne justifie pas contribuer. Le préfet relève qu'il lui est interdit d'entrer en contact avec la mère de son enfant, ayant proféré des menaces de mort à son encontre et à l'encontre de son enfant, faits pour lesquels il a été condamné en 2023. Bien qu'entré en France en 2001, M. A ne justifie pas, excepté la présence de son enfant, de liens particuliers en France et d'une insertion sociale ou professionnelle. Sa mère et ses frères vivent dans son pays d'origine. Il a été condamné à 5 reprises depuis l'année 2014, à savoir le 14 octobre 2014 par ordonnance pénale du tribunal correctionnel de Valence au paiement d'une amende de 200 euros pour usage illicite de stupéfiant, le 13 décembre 2016 par ordonnance pénale du tribunal correctionnel de Valence au paiement d'une amende de 300 euros pour vol, le 27 novembre 2019 par jugement du tribunal correctionnel de Nîmes à 2 mois d'emprisonnement avec sursis et suspension de permis de conduire pendant 6 mois pour refus par le conducteur d'un véhicule de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique et conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste, le 22 avril 2022 par jugement du tribunal correctionnel de Nîmes à 6 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant 2 ans pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en état d'ivresse et enfin le 8 juin 2023 par jugement du tribunal correctionnel de Nîmes à 18 mois d'emprisonnement, interdiction d'entrer en contact avec la victime pendant 3 ans pour menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité .

4. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté au litige a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excédant ce qui est nécessaire à la défense de l'ordre public et, ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne saurait prospérer.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()".

8. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par les dispositions de l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

9. Il résulte des termes de l'arrêté en litige que, pour fixer à dix ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de la Corrèze a relevé les éléments retracés au point 3 du présent jugement. Compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente M. A et de l'absence de preuve des liens qu'il entretiendrait avec son fils depuis sa naissance, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation en fixant à dix ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français qui lui a été notifiée.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 10 octobre 2024.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Corrèze.

Rendu public par mise à la disposition du greffe, le 25 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

P. PARISIEN

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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