vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2404095 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | DEGUILLAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Deguillaume, demande au tribunal :
- d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône fixe son pays de destination ;
- d'enjoindre à la préfecture des Bouches-du-Rhône de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de 150 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- il a effectué des démarches d'asile en Espagne ; la décision méconnaît les dispositions de l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Parisien en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 :
- le rapport de M. Parisien,
- les observations de Me Deguillaume pour M. A, assité de M. B, interprète en langue arabe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 21 mars 2004, a été interpellé le 28 septembre 2024. L'intéressé fait l'objet d'un arrêté du 21 octobre 2024 portant désignation du pays de destination en exécution de l'interdiction du territoire national prononcée par le tribunal correctionnel de Marseille le 17 mai 2023. M. A en demande l'annulation.
2. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquels a été prise la mesure d'éloignement ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3. Cette décision, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. A, précise notamment que l'intéressé a fait l'objet d'une l'interdiction du territoire national, prononcée par le tribunal correctionnel de Marseille le 17 mai 2023. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
3. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains et dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
4. Si M. A soutient qu'il aurait effectué des démarches d'asile en Espagne, il n'en apporte aucun commencement de preuve. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. Si M. A dit craindre les conséquences d'un retour en Algérie, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Le moyen doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 21 octobre 2024. Par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et de condamnation de l'État sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent elles-aussi être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à la disposition du greffe, le 25 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
P. PARISIEN
La greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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