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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2404147

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2404147

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2404147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a été saisi d'un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du ministre de l'intérieur du 25 octobre 2024. Cet arrêté imposait à M. A, pour une durée de trois mois, des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (interdiction de quitter Nîmes, obligation de pointage quotidien au commissariat, obligation de déclarer son domicile) sur le fondement des articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure. La requérante, représentante légale de M. A, contestait la légalité de ces mesures en invoquant leur disproportion, leur impact sur la réinsertion professionnelle et la santé mentale de son fils, ainsi que l'absence de renouvellement des conditions de menace. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés et que les conditions légales pour le maintien de ces mesures préventives de lutte contre le terrorisme étaient réunies.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2024, Mme F C, agissant en tant que représentante légale de son fils M. B A, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur, en application des articles L. 228-1 et suivants du code de la sécurité intérieure, a interdit son fils, M. A, de se déplacer en dehors du territoire de la commune de Nîmes, l'a obligé à se présenter une fois par jour au commissariat de police de Nîmes, l'a obligé à obtenir un sauf conduit pour tout déplacement en dehors du périmètre géographique autorisé et l'a obligé à déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation, pour une durée de trois mois à compter de sa date de notification.

Elle soutient que :

- les conditions posée par l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure pour le renouvellement d'une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance ne sont plus réunies dès lors que son fils, conscient de la gravité de ses actes, rejette dorénavant toutes les idéologies néfastes qui l'ont conduit à cette situation ;

- La mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance prise à l'encontre de son fils est disproportionnée et compromet la réinsertion socio-professionnelle qu'il a entrepris depuis le 1er octobre 2024 en s'inscrivant à une formation ;

- Son fils présentant un trouble déficit de l'attention associé à un trouble anxieux généralisée, la prolongation de la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance met en péril sa santé mentale.

Par un mémoire en défense, enregistrée le 30 octobre 2024, le Ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Mme C, agissant en tant que représentante légale de M. A, qui reprend ses écritures ;

- le ministre de l'intérieur n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 octobre 2024, le ministre de l'intérieur a, sur le fondement des dispositions des articles L. 228-1 à L. 228-7 du code de la sécurité intérieure, pris à l'encontre de M. B A, ressortissant français né le 19 avril 2008 à Avignon, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance aux termes de laquelle il a interdiction de se déplacer sans autorisation préalable hors du territoire de la commune de Nîmes pendant une durée de trois mois et doit, pendant la même durée, se présenter une fois par jour au commissariat de police de Nîmes. Mme F C, agissant en tant que représentante légale de son fils, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. / () / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / () ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure citées au point précédent que les mesures qu'il prévoit doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué, en date du 5 octobre 2024, renouvelle pour trois mois la mesure de surveillance prise le 25 juillet 2024, à l'encontre de M. A. Afin de justifier du renouvellement de cette mesure, le ministre de l'intérieur fait valoir que l'intéressé représente une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public et que, d'autre part, il doit toujours être regardé comme soutenant, diffusant et adhérant à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes. A cet égard, le ministre soutient notamment que M. A a été identifié comme le titulaire, sur un réseau social, d'un compte par lequel il a interagi avec un individu condamné à deux ans d'emprisonnement pour des faits de provocation directe à un acte de terrorisme et d'apologie publique d'un acte de terrorisme commises au moyen d'un service de communication au public en ligne. Avec ce compte, dont la photo de profil représentait un guerrier en tenue traditionnelle posant dans le désert, et l'image de couverture un combattant armé d'un fusil d'épaule, M. A a partagé de nombreuses publications pro-djihadistes laissant apparaitre son attrait pour la violence et les armes. Le 13 octobre 2023, il a publié une sourate appelant à se montrer brutal avec les mécréants, le 18 novembre 2023, il a répondu, à un message d'un autre internaute indiquant qu'il fallait " poser le front plutôt que se venger ", en affirmant que " bien sûr que si on se venge ". Les 28 et 29 novembre 2023, il a critiqué les arrestations d'islamistes réalisées par le gouvernement turc, le 1er décembre 2023, il a répondu " Shaheed InshAllah " à la question d'un autre internaute qui lui demandait ou il se verrait dans cinq ans, le shaheed désignant le martyr. Les 5 et 6 décembre 2023, il a publié deux anasheed, chants religieux, appelants au djihad armé, le 12 décembre 2023, il a publié une image d'un guerrier en armure en titrant : " nous serons les dirigeants de ce monde, par le tawhid nous le gouvernerons inshAllah ", formule reprise sur le drapeau de l'organisation terroriste Daech. Le 14 décembre 2023, il a publié une image d'un guerrier cagoulé, vêtu de noir, paré d'une épée dans la main droite et un drapeau de Daech. A la suite du signalement de ces faits au procureur de la République au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, M. A a été interpellé le 6 février 2024 et a reconnu les faits. Il a expliqué avoir soutenu certaines des actions de Daech, et a ajouté avoir cautionné l'idéologie djihadiste et prôné l'action terroriste et les conflits armés sur un réseau social, avant toutefois de se rétracter et d'assurer ne pas être " d'accord " avec eux. Le 21 février 2024 il a fait l'objet d'un avertissement pénal probatoire pour ces faits.

5. Premièrement, Mme C soutient que les conditions posées par l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure pour le renouvellement d'une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance ne sont plus réunies dès lors que son fils, conscient de la gravité de ses actes, rejette dorénavant toutes les idéologies néfastes qui l'ont conduit à cette situation. Toutefois, Mme C n'apporte pas la preuve d'un changement d'attitude de son enfant de nature à révéler que les conditions d'application des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure ne sont plus réunies. Dans ces circonstances, le ministre de l'intérieur a pu, au regard de la nature et de la multiplicité des faits mentionnés au point précédent, estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, qu'ils révélaient un comportement constituant une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public et que M. A diffusait ou adhérait à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Deuxièmement, si Mme C expose que la mesure contestée est disproportionnée en ce qu'elle met en péril les efforts de réinsertion de son fils et l'empêche de suivre correctement la formation qu'il a débuté à Nîmes, elle n'établit toutefois pas qu'il se serait vu refuser un aménagement de la mesure en litige tendant à ce que les contraintes résultant pour lui d'une telle inscription en formation soient prises en considération, et n'apporte, au demeurant, aucun élément susceptible de justifier la moindre démarche en ce sens. D'ailleurs, suite à une demande d'aménagement effectuée le 6 septembre 2024, Mme C a obtenu, par un arrêté modificatif en date du même jour, la modification de la première mesure individuelle de contrôle administratif de surveillance afin d'établir un horaire de pointage compatible avec l'ancienne formation en alternance de M. A. Il n'apparaît donc pas, au regard des pièces du dossier, que la décision attaquée, dont les effets sont limités à trois mois et pourraient le cas échéant être aménagés pour tenir compte d'éventuelles et nouvelles contraintes scolaires de l'intéressé, ferait par elle-même obstacle à la poursuite de ses projets, ni à sa réinsertion sociale. Le moyen doit être écarté.

7. Troisièmement, si Mme C soutient que le pointage quotidien au commissariat pèserait très lourdement sur la santé mentale de son fils, le diagnostic joint au dossier, ne permet pas d'établir que cette mesure serait incompatible avec son état de santé. Au surplus, cette obligation peut faire l'objet d'aménagements et M. A dispose de la possibilité de bénéficier de saufs conduits afin de se rendre à ses rendez-vous médicaux. Le moyen doit également être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du ministre de l'intérieur du 25 octobre 2024. Ses conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme F C et au ministre de l'intérieur.

Fait à Nîmes, le 31 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

P. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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