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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2404273

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2404273

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2404273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHELLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 et 6 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Chelly, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit d'y retourner pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Des pièces ont été enregistrées le 6 novembre 2024 pour le préfet de l'Hérault.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Vosgien les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vosgien,

- les observations de Me Chelly, représentant M. B, présent et assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise que le préfet n'a pas tenu compte du fait que le requérant, en sa qualité de parent d'enfant français résidant sur le territoire, pouvait bénéficier d'un certificat de résidence de plein droit sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien, il a produit le livret de famille et la carte nationale d'identité de sa fille, âgée de deux ans, qu'il a reconnue et qui a été placée en famille d'accueil, une audience avec le juge aux affaires familiales est prévue en avril 2026 pour statuer sur ses droits de garde et de visite pour sa fille le temps de lui permettre de régulariser sa situation.

- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 27 mai 1992, a été interpellé le 2 novembre 2024 par les services de police suite à un différend conjugal à Montpellier au domicile de sa compagne. En l'absence de document l'autorisation à séjourner et circuler en France l'intéressé a été placé en centre de rétention le même jour. Par sa requête il demande l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit d'y retourner pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ". Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier, compte tenu des informations en sa possession, si un étranger peut prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et, dans le cas contraire, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre.

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ". Aux termes de l'article 372 du code civil : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est le père d'un enfant français mineur résidant en France, qu'il a reconnu antérieurement à sa naissance le 18 août 2022 et à l'égard duquel il n'est pas contesté qu'il exerce, même partiellement l'autorité parentale en application des dispositions précitées de l'article 372 du code civil. L'intéressé, qui doit, dès lors, bénéficier de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6 alinéa 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, est fondé à soutenir qu'il ne peut légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers en France et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 novembre 2024 par laquelle le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et par voie de conséquence, celles fixant le pays de renvoi et lui interdisant d'y retourner pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers en France et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

7. Le présent jugement, qui annule la décision portant obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de l'Hérault ou toute autre autorité territorialement compétente, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile et de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. B ayant bénéficié de l'assistance d'un avocat commis d'office et ne justifiant pas avoir exposé des frais pour assurer sa défense, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de l'intéressé tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Hérault a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit d'y retourner pour une durée de trois ans est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault ou toute autre autorité territorialement compétente de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Chelly.

Fait à Nîmes le 7 novembre 2024.

La magistrate désignée,

S. VOSGIEN

La greffière,

E. PAQUIERLa République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404273

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