jeudi 14 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2404348 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | FERAY-LAURENT AXELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 novembre 2024, M. A B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Feray-Laurent, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est signée par une autorité ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;
- cette décision n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale dès lorsqu'il est entrée régulièrement en France, qu'il a été muni de plusieurs titres de séjour, qu'il est marié et père d'un enfant français et, enfin, qu'il travaille ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision d'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;
- cette décision méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors lorsqu'il est entré régulièrement en France, qu'il a été muni de plusieurs titres de séjour, qu'il est marié et père d'un enfant français et, enfin, qu'il travaille ;
- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.
La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Chaussard en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chaussard,
- et les observations de Me Feray-Laurent représentant M. B, et de ce dernier, assisté de M. M'halla, interprète en langue arabe, qui concluent aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
- le préfet de Vaucluse n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant marocain né le 1er octobre 1990, M. B est entré régulièrement en France le 22 janvier 2021 sous couvert d'un visa de type D portant la mention " vie privée et familiale ". Il s'est vu délivrer un titre de séjour pluriannuel valable du 7 juillet 2022 au 8 juillet 2024 dont le renouvellement lui a été refusé. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2024 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
2. En premier lieu, l'arrêté du 8 novembre 2024 dans lequel figure l'obligation de quitter en Français en litige est signé par Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture, qui disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral du 4 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer tout arrêté relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français manque en fait et ne peut dès lors qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Vaucluse n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de prendre à son encontre la décision portant obligation de quitter le territoire attaquée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Si M. B soutient qu'il est marié à une ressortissante française et que de cette union est né à un enfant de nationalité française, il ne produit aucun élément permettant d'apprécier la réalité de ses dires. Il ne produit notamment aucun acte de mariage, ni l'acte de naissance de son enfant et la carte d'identité française de son épouse. Par ailleurs, si les motifs de la décision querellée indiquent que M. B est marié et père d'un enfant il ne mentionnent pas que son épouse soit de nationalité française et qu'il soit parent d'un enfant français. Il ne mentionne pas davantage que le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dont il avait été muni lui aurait été délivré en qualité de conjoint d'une ressortissante française et/ou de parent d'un enfant français. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui ne le conteste pas à l'audience, a été interpellé le 6 novembre 2024 pour violence conjugale en présence de l'enfant du couple. Dans son procès-verbal d'audition, lequel a été établi le 6 novembre 2024 à dix-sept heures par les services de la gendarmerie nationale d'Orange, l'épouse de M. B indique, d'une part, avoir déjà été victime d'autres faits de violence commis par l'intéressé et, d'autre part, envisager de divorcer et ne pas souhaiter poursuivre la vie commune. A égard, le courrier que M. B produit à l'audience ne permet pas d'infirmer les mentions figurant dans ce procès-verbal à défaut d'être accompagné de la copie de la pièce d'identité de son épouse permettant d'établir qu'elle en est l'auteur ou de la présence de cette dernière à l'audience. Dans ces circonstances, en prenant la décision attaquée à l'encontre de M. B, qui était présent en France depuis moins de quatre ans, le préfet de Vaucluse n'a ainsi ni méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la vie privée et familiale de l'intéressé.
6. En quatrième lieu, la décision fixant le pays de destination, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention et indique qu'il pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.
7. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui précède M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles
L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Selon l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6,
L. 612-7 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
9. L'arrêté contesté, qui vise les textes applicables et se réfère expressément aux articles L. 612-6 à L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision interdisant le retour de M. B sur le territoire français pour une durée d'un an. L'interdiction de retour querellée indique notamment que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public en raison de faits de violence commis sur son épouse en présence de leur enfant. Par ailleurs, le préfet de Vaucluse, qui a rappelé que des circonstances humanitaires étaient susceptibles de faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour, n'avait pas à détailler les raisons pour lesquelles il n'a, en l'absence d'éléments particuliers avancés par l'intéressé, pas retenu l'existence de telles circonstances lors de l'examen de sa situation. Le préfet de Vaucluse a ainsi pris en compte l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 précité et a suffisamment motivé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
10. Si M. B se prévaut de circonstances humanitaires en raison de sa vie privée et familiale, ce motif ne peut être retenu pour les raisons exposées au point 5. Par suite, en prenant la décision portant interdiction de retour en France le préfet de Vaucluse n'a ni méconnu l'article
L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Pour les raisons exposées au point 5, d'une part, la décision portant interdiction de retour en France ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, la durée d'un an de cette interdiction de retour n'est pas entachée commis d'erreur d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Vaucluse et à Me Feray-Laurent.
Fait à Nîmes le 14 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
M. CHAUSSARD
La greffière,
A. NOGUEROLa République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404348
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026