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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2404354

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2404354

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2404354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantORTEGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 novembre 2024, M. A se disant M. C B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Ortega, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 novembre 2024 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est signée par une autorité ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;

- la décision d'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée dès lors qu'il n'avait jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chaussard en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chaussard,

- et les observations de Me Ortega représentant M. A se disant M. B, et de ce dernier, assisté de M. D, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui formule :

- des conclusions nouvelles tendant à l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire dès lors qu'il n'avait jusqu'alors jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- renoncer aux conclusions tendant à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

- renoncer au moyen tiré de ce que le signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne justifie pas d'une délégation de signature régulière.

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né le 12 décembre 1996, M. A se disant M. B déclare être entré en France en 2022 et s'y être maintenu depuis lors. Il demande l'annulation de l'arrêté du 11 novembre 2024 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des pièces du dossier, et ce dernier le confirme à l'audience, que M. A se disant M. B n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Tunisie, pays dans lequel il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, où résident ses parents, ses trois sœurs ainsi que son frère. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et sans enfant. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion d'un contrôle d'identité effectué le 10 novembre 2024 par les services de police de Draguignan l'intéressé a été interpellé en possession d'une arme de catégorie " D ". Dans ces circonstances, et eu égard aux conditions du séjour en France de M. A se disant M. B, la mesure d'éloignement en litige ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de ce que le préfet du Var aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la vie privée et familiale de M. A se disant M. B ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et l'intéressé ne le conteste pas, que M. A se disant M. B, d'une part, est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et, d'autre part, est dépourvu de documents d'identité en cours de validité. Par suite, c'est par une exacte application de ces dispositions que le préfet du Var a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles

L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Selon l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6,

L. 612-7 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

7. L'arrêté contesté, qui vise les textes applicables et se réfère expressément aux articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision interdisant le retour de M. A se disant M. B sur le territoire français pour une durée d'un an. L'interdiction de retour querellée indique notamment que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, qu'il est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne justifie d'aucun lien familial en France et n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Tunisie où résident les membres de sa famille. Par suite, et alors que le préfet du Var a pris en compte l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 précité, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.

8. M. A se disant M. B soutient que le préfet du Var aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant la durée de l'interdiction de retour dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois à supposer exacte sa date d'entrée en France, l'intéressé n'est présent sur le territoire national que depuis deux années. Par ailleurs et ainsi qu'il a déjà été indiqué au point 3, il ne justifie d'aucun lien avec la France. Dès lors, et quand bien même n'a-t-il pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que son comportement ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, l'interdiction de retour prononcée à son encontre à hauteur de deux ans n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A se disant M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A se disant M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant M. C B, au préfet du Var et à Me Ortega.

Fait à Nîmes le 14 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

M. CHAUSSARD

La greffière,

A. NOGUEROLa République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404354

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