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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2404438

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2404438

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2404438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de suspension de la décision du préfet du Gard refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A, ressortissant turc. Le juge a constaté que le refus d'enregistrement était motivé par le caractère abusif et dilatoire de la demande, et a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment la méconnaissance des articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. Par conséquent, la requête en suspension a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Cagnon, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Gard a refusé de renouveler son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Gard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " salarié " dans un délai de sept jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ainsi qu'un récépissé dans un délai de vingt-quatre heures suivant cette notification, sous la même astreinte, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de sept jours à compter de cette notification et sous la même astreinte, et très subsidiairement, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de sept jours à compter de cette notification et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Cagnon sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet la demande d'aide juridictionnelle, à verser au requérant au titre du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour et l'exécution de la décision attaquée, en l'absence de récépissé, le place dans une grande précarité administrative, sociale et financière, en raison de l'impossibilité de justifier de la régularité de son séjour, son contrat de travail ayant été suspendu ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il exerce une activité professionnelle et dispose d'une autorisation de travail ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que de ce refus de titre découle une obligation de quitter le territoire, alors qu'il a établi le centre de ses intérêts en France et justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée ;

Le préfet du Gard a produit des pièces qui ont été enregistrées le 4 décembre 2024 à 9 heures et 13 minutes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête à fin d'annulation enregistrée sous le n° 2404448.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 4 décembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Kremer, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Roux, juge des référés ;

- les observations de Me Cagnon, représentant M. A, qui a repris et développé les moyens invoqués dans ses écritures, demande la suspension de l'exécution du refus d'enregistrement du 3 novembre 2024 dont il n'a jamais reçu notification, en soutenant qu'en dépit de diverses maladresses rédactionnelles traduisant une certaine confusion des services de la préfecture du Gard, l'arrêté portant refus séjour et obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposé le 3 avril 2024 a rejeté sa demande de renouvellement de son visa valant titre de séjour " travailleur temporaire " et n'a pas statué sur sa demande de titre de séjour " salarié " qui ne présente donc aucun caractère abusif ou dilatoire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité turque, est entré en France le 5 août 2022 au bénéfice d'un visa " travailleur temporaire " dont la validité expirait le 4 août 2023. Il a présenté auprès des services de la préfecture du Gard, le 21 juin 2023, une demande de renouvellement de ce titre à laquelle le préfet du Gard a opposé un arrêté du 3 avril 2024 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A a alors présenté une nouvelle demande de titre de séjour en qualité de salarié, reçue en préfecture le 17 juin 2024. Du silence gardé par le préfet du Gard durant quatre mois est née, le 17 octobre 2024, une décision implicite de rejet. Par décision expresse du 3 décembre 2024, le préfet du Gard a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A en raison de son caractère abusif et dilatoire. M. A doit être regardé comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de la décision expresse du 3 décembre 2024, intervenue en cours d'instance, ayant refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour, qui s'est substituée à la décision implicite née le 17 octobre 2024 initialement attaquée.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête de M. A, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. La requête de M. A tend à la suspension de l'exécution de la décision par laquelle lui a été refusé l'enregistrement de sa demande de titre de séjour " salarié " qui ne saurait être regardée comme un refus de renouvellement du titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " dont il bénéficiait. Pour établir l'urgence à statuer sur sa requête, il démontre que, du fait de l'exécution de cette décision, il est privé du bénéfice d'un récépissé, se trouve en situation irrégulière en France et a vu son employeur suspendre son contrat de travail à durée indéterminée, de sorte qu'il est privé de la possibilité de subvenir matériellement à ses besoins. Au regard de l'atteinte grave et immédiate ainsi portée à ses intérêts personnels, M. A justifie de circonstances caractérisant une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux :

6. En l'état de l'instruction, le moyen invoqué par M. A, tiré de ce que le motif unique fondant la décision de refus d'enregistrement en litige, relatif au caractère abusif et dilatoire de sa demande de titre de séjour " salarié ", reçue le 17 juin 2024, est infondé dès lors que sa précédente demande, en date du 21 juin 2023, tendait, sur un fondement différent, au renouvellement de son visa valant titre de séjour " travailleur temporaire " et a été rejetée notamment parce qu'il " a confirmé lors de son rendez-vous, occuper un emploi sous contrat à durée indéterminée et ne plus être employé dans le cadre du contrat qui a permis la délivrance de son visa ", est propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision de refus d'enregistrement du 3 décembre 2024 jusqu'à l'intervention du jugement de la requête tendant à son annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. La présente ordonnance qui prononce la suspension de l'exécution de la décision portant refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour " salarié " de M. A implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de procéder à l'enregistrement de cette demande et de lui délivrer le récépissé de dépôt correspondant, l'autorisant à travailler. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet du Gard d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir ces mesures d'exécution d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. A en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 3 décembre 2024 par laquelle le préfet du Gard a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour " salarié " de M. A est suspendue jusqu'à l'intervention du jugement statuant sur la requête tendant à son annulation.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Gard de procéder à l'enregistrement de la demande de titre de séjour " salarié " de M. A et de lui délivrer le récépissé de dépôt correspondant, l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet du Gard.

Fait à Nîmes, le 9 décembre 2024.

Le juge des référés,

G. ROUX

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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