jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2404546 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 novembre et 5 décembre 2024, M. B A, représenté par la SCP Lemoine Clabeaut, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision " 48SI " du 14 novembre 2024 portant invalidation de son permis de conduire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la privation du bénéfice de son permis de conduire l'empêche manifestement d'effectuer les actes de sa vie professionnelle, notamment d'assister aux sessions de sa formation professionnelle qui vont se dérouler dès le début de l'année 2025.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l'acte :
- le décompte de points opéré par les services du préfet est erroné ;
- disposant d'un permis de conduire roumain du 22 juillet 2014 au 18 juillet 2024, le système de décompte de points ne lui était pas imposable ;
- suite à l'expiration de son permis de conduire, il a obtenu l'échange de ce dernier contre un permis de conduire français le 28 novembre 2024, date à partir de laquelle le ministre de l'intérieur a appliqué rétroactivement un décompte de points suite aux infractions qu'il a commis depuis le 18 juillet 2014, invalidant son permis de conduire français obtenu le 28 novembre 2024, ce qui est illégal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- au regard de l'intérêt public en jeu, la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- il n'y a pas d'erreur dans le décompte des points afférents au permis de conduire du requérant ;
- les autres moyens soulevés sont infondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2404548 enregistrée le 26 novembre 2024 par laquelle M. A sollicite l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Peretti a lu son rapport et entendu :
- les observations Me Lemoine, représentant M. A, qui reprend ses écritures et insiste sur le caractère urgent de la situation de son requérant dès lors que son épouse est enceinte ;
- le ministre de l'intérieur n'était ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision 48SI du ministre de l'intérieur du 14 novembre 2024 constatant l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonnée le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. En particulier, lorsqu'est demandée la suspension d'une décision référencée " 48 SI " du ministre de l'intérieur prononçant l'invalidation d'un permis de conduire et une injonction à ce qu'il soit restitué, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, tient compte, d'une part, de l'atteinte grave et immédiate portée notamment à l'exercice de la profession du conducteur et, d'autre part, de la gravité et du caractère répété des infractions au code de la route commises par l'intéressé sur une brève période, ainsi que des exigences de protection et de sécurité routière.
5. Pour justifier de l'urgence, M. A, exerçant la profession de médecin-dentiste, fait valoir que, privé de son permis de conduire, il est pénalisé dans sa vie privée et professionnelle. Toutefois, en se bornant à faire valoir qu'il est dans l'impossibilité de se rendre à différents rendez-vous de formation professionnelle et en soutenant que sa femme est enceinte, M. A ne justifie ni de la nécessité de posséder un permis de conduire dans le cadre de son activité professionnelle, ni qu'il serait dans l'impossibilité d'utiliser d'autres moyens de transports qui pourraient temporairement lui permettre d'assurer ses déplacements, notamment dans le cadre de sa formation à venir. Dans ces conditions, si l'exécution de la décision litigieuse est susceptible d'entraîner une gêne dans les déplacements de M. A, elle ne peut être regardée, en l'état de l'instruction, comme affectant de manière grave et immédiate sa situation personnelle ou professionnelle. Dès lors, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut en l'espèce être regardée comme remplie.
6. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux entachant la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Nîmes, le 12 décembre 2024.
Le juge des référés,
P. PERETTI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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