vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2404687 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2024, M. B C A demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a décidé de mettre en œuvre la décision l'obligeant à quitter les Pays-Bas et tous pays membres de l'espace Schengen comprenant le territoire français ;
3°) d'ordonner la mainlevée de son placement en rétention administrative ;
4°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de lui remettre un dossier de réexamen d'asile et de lui délivrer l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 511-1 de ce code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". En vertu de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. M. A, de nationalité sierra léonaise, entré irrégulièrement en France le 1er mars 2024 selon ses déclarations, a fait l'objet d'une décision du 19 mars 2024 l'obligeant à quitter les Pays-Bas. Par un arrêté du 16 octobre 2024, pris sur le fondement de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hautes-Alpes a décidé de mettre en œuvre cette décision prise par un autre Etat membre de l'Union européenne. Par un arrêté de la même autorité du 22 novembre 2024, M. A a fait l'objet d'un placement en rétention administrative, prolongé pour une durée de 26 jours, par le juge des libertés et de la détention puis par la cour d'appel de Nîmes. M. A a déposé une demande d'asile enregistrée au guichet unique de la préfecture des Bouches-du-Rhône le 7 novembre 2024, qui fera l'objet d'un réexamen selon la procédure accélérée.
3. Aux termes de l'article L. 615-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision prévue à l'article L. 615-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. / Lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, cette décision peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-2 ". Aux termes de l'article L. 921-2 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-3, il statue dans un délai de quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours ".
L'introduction d'un recours sur le fondement de ces dispositions a pour effet de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement en vue de laquelle le placement de l'étranger en rétention administrative a été décidé. Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions précitées et des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention, que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures de référé et notamment celle de l'article L. 521-2 régies par le livre V du code de justice administrative. Cette procédure particulière est ainsi exclusive de celles prévues par ce livre V du code de justice administrative. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
4. Pour justifier des circonstances de droit ou de fait nouvelles de nature à rendre recevable, en application des règles énoncées ci-dessus, sa demande formée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A soutient qu'il a déposé une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention. Il ressort de l'attestation de demande d'asile en procédure accélérée délivrée par la préfecture des Bouches-du-Rhône produite au dossier que M. A a déposé une demande d'asile, enregistrée le 7 novembre 2024. Conformément aux dispositions de l'article L. 754-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une telle demande d'asile fait en tout état de cause obstacle à la mise à exécution de la décision d'éloignement prise à l'encontre de M. A jusqu'à ce que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ait rendu sa décision. Dans ces conditions, M. A n'est manifestement pas recevable à demander, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a décidé de mettre en œuvre la décision l'obligeant à quitter les Pays-Bas et tous pays membres de l'espace Schengen comprenant le territoire français.
5. Dès lors, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, que la demande d'asile déposée par M. A a bien été enregistrée et fera l'objet d'un examen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, M. A n'est pas davantage recevable à demander au juge des référés d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de lui remettre un dossier de réexamen d'asile et de lui délivrer l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une telle demande étant sans objet dès avant l'introduction de sa requête.
6. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de quatre jours, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement () ". Aux termes de l'article L. 741-10 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le magistrat du siège du tribunal judiciaire, dans un délai de quatre jours à compter de sa notification. / Il est statué suivant la procédure prévue aux articles L. 743-3 à L. 743-18 ". Aux termes de l'article L. 743-4 du même code : " Le magistrat du siège du tribunal judiciaire statue, par ordonnance, dans les quarante-huit heures suivant l'expiration du délai fixé au premier alinéa de l'article L. 741-10 () ".
7. En application des dispositions qui précèdent, il n'appartient qu'au juge des libertés et de la détention de se prononcer sur la contestation de la décision de placement en rétention d'un étranger prise sur le fondement de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision de placement en rétention administrative de M. A ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du même code et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A.
Fait à Nîmes, le 6 décembre 2024.
Le président, juge des référés,
C. Ciréfice
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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