lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2404800 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 décembre 2024, M. E B et Mme C D épouse B, représentés par Me Cagnon, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Gard a refusé de délivrer un document de circulation pour étranger mineur à leur fille, A B ;
2°) d'enjoindre au préfet du Gard de leur délivrer ce document dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à leur situation personnelle, en particulier à leurs conditions de vie et à celles de leur famille, à leur liberté d'aller et venir ou encore leur liberté de mener une vie familiale normale ; leurs activités professionnelles de médecins stagiaires associés à temps complet au centre hospitalier universitaire de Nîmes pour Mme B et au centre hospitalier Alès-Cévennes pour M. B, ne leur permettent de quitter le territoire notamment vers leur pays d'origine que pour de brefs séjours au risque de ne pouvoir revenir avec leur enfant eu égard aux délais d'obtention d'un visa nécessaire au retour en France d'un enfant démuni de document de circulation ; en l'absence de mode de garde de longue durée de leur fille, dont le visa expire le 19 décembre 2024, et compte tenu des contraintes d'emploi du temps de son époux, Mme B a réservé des billets d'avion pour se rendre en Tunisie le 31 janvier 2025 afin de déposer sa fille chez ses parents avant de se rendre à un séminaire prévu à Lille du 3 au 6 février 2025 ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision, les moyens tirés de ce que son auteur est incompétent, cette décision est insuffisamment motivée, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 3-1, 8.1, 9.1 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Le préfet du Gard, à qui la requête a été communiquée le 12 décembre 2024, n'a pas produit d'écritures en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné Mme Vosgien, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 27 décembre 2024 à 10h00 en présence de Mme Kremer, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Vosgien, juge des référés ;
- les observations de Me Cagnon, représentant les époux B qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise qu'ils travaillent tous deux en milieu hospitalier avec des contraintes professionnelles qui leur imposent, en l'absence d'un mode de garde prolongé, à devoir retourner dans leur pays d'origine pour confier leur fille à la mère de Mme B avant qu'elle ne se rende aux formations obligatoires qu'elle suit dans le cadre de son stage, comme cela a été le cas en novembre 2024 et va se reproduire en février 2025, justifiant l'urgence à délivrer un document de circulation à leur fille ;
- le préfet du Gard n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B demandent sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Gard a refusé de délivrer un document de circulation pour étranger mineur à leur enfant A B, révélée par la notification faite sur la plateforme dématérialisée de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) dont une capture écran est versée au dossier.
Sur les conclusions à fin de suspension :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, les époux B soutiennent que celle-ci les empêche de mener une vie familiale normale et a pour effet de porter atteinte à leur liberté d'aller et venir vers l'étranger et notamment vers la Tunisie pour confier leur fille, âgée de deux ans, à la mère de Mme B, en l'absence de mode de garde de longue durée, avant que celle-ci ne se rende à une formation obligatoire prévue du 3 au 6 février 2025 dans le cadre de son accueil en tant que médecin stagiaire associé au sein du centre hospitalier universitaire de Nîmes, trajet pour lequel elle a déjà réservé des billets d'avion dont le départ est prévu le 31 janvier 2025, compte tenu par ailleurs des contraintes liées à l'activité professionnelle de M. B, lui-même médecin stagiaire associé au sein du centre hospitalier Alès-Cévennes sur la même période et de l'expiration du visa de leur fille le 19 décembre 2024. Il est constant que les délais nécessaires à l'obtention d'un nouveau visa limitent fortement la possibilité pour le couple de se rendre en Tunisie avec leur enfant non muni d'un document de circulation, sans risque pour ce dernier de ne pas pouvoir rentrer en France avec ses parents soumis à des délais contraints du fait de leurs activités professionnelles exercées à temps complet en France. Dans les conditions particulières de l'espèce, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme étant remplie.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux :
4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les époux B sont fondés à demander la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Gard a refusé de délivrer un document de circulation pour étranger mineur à leur enfant A B jusqu'à l'intervention du jugement de la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire ".
7. La présente ordonnance qui prononce la suspension de l'exécution de la décision de refus de délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur à l'enfant A B, implique nécessairement d'enjoindre au préfet du Gard de délivrer à M. et Mme B, dans l'attente du réexamen de leur demande, le document sollicité dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros à verser aux époux B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet du Gard a refusé de délivrer un document de circulation pour étranger mineur à l'enfant A B est suspendue jusqu'à l'intervention du jugement statuant sur la requête tendant à son annulation.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de délivrer à M. et Mme B, dans l'attente du réexamen de leur demande, un document de circulation pour leur enfant mineur, A B, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera aux époux B la somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E B, à Mme C D épouse B et au préfet du Gard.
Fait à Nîmes, le 30 décembre 2024
La juge des référés,
S. VOSGIEN
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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