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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2404894

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2404894

jeudi 5 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2404894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP LEVY BALZARINI SAGNES SERRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes, saisi par l’Établissement public du Parc national des Cévennes sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, ordonne une mesure d’expertise. Celle-ci vise à déterminer les causes des désordres survenus lors de la construction des réserves de l’écomusée du Mont Lozère, notamment l’effondrement d’un mur de soutènement en pierres sèches lors d’une livraison de béton le 20 décembre 2023. La solution retenue est l’organisation d’une expertise, à laquelle la plupart des parties ne s’opposent pas, afin de permettre l’engagement d’éventuelles actions en responsabilité contractuelle et délictuelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 décembre 2024 et le 3 juin 2025, l'Etablissement public du Parc national des Cévennes, représentée par Me Rigeade, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une mesure d'expertise portant sur les désordres qui, dans le cadre de la construction des réserves de l'écomusée du Mont Lozère, à Masméjean, affectent l'exécution des marchés publics de travaux ayant pour objet, d'une part, la restauration d'un mur de soutènement en pierres sèches confié par un acte d'engagement signé le 22 décembre 2022 à la SARL Dos Santos Barroso et, d'autre part, la construction des réserves de l'écomusée confiée par un acte d'engagement signé le 10 mars 2023 à un groupement solidaire d'entreprises composé des SARL AB Travaux Services et TP Molines.

Il soutient que :

- lors d'une livraison de béton effectué le 20 décembre 2023 par l'entreprise Robert, pour le compte de la SARL Molines dans le cadre des travaux de construction des réserves de l'écomusée du Mont Lozère, une partie du mur de pierres sèches s'est effondrée lors du passage du camion de livraison, le véhicule s'étant renversé en contrebas de l'ouvrage, ce qui a conduit à la mise à l'arrêt des travaux depuis lors tant du mur de soutènement en pierres sèches que des réserves ;

- la mesure d'expertise sollicitée présente un caractère d'utilité dès lors, d'une part, que les travaux du mur de pierres sèches ainsi que des réserves de l'écomusée du Mont Lozère sont à l'arrêt depuis l'accident du 20 décembre 2023 et, d'autre part, que cette mesure d'expertise est nécessaire afin de permettre que soit engagée une action en responsabilité contractuelle à l'égard de ses co-contractants titulaires des marchés de travaux en litige mais aussi à l'encontre de l'entreprise Robert sur le fondement de la loi du 5 juillet 1985 modifiée tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la circulation et à l'accélération des procédures d'indemnisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 janvier 2025, la SASU Endymion ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2025, la société Areas Assurance, représentée par la SCP Tertian-BagnolietAssociés, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous toutes protestations et réserves d'usage et demande que les frais d'expertise soient mis à la charge de l'Etablissement public du Parc national des Cévennes.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2025, la SARL TP Molines, représentée par Me Fraisse, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous toutes protestations et réserves d'usage et demande au tribunal de réserver les dépens.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2025, la SARL Calder, représentée par la SCP BCEP Avocats Associés, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous toutes protestations et réserves d'usage et demande au tribunal de réserver les frais et dépens.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 janvier 2025, la société MIC Insurance Company, représentée par la SELARL Racine, demande au juge des référés à titre principal de la mettre hors de cause et, à titre subsidiaire, de n'ordonner la mesure d'expertise sollicité sous toutes protestations et réserves d'usage.

Elle soutient qu'il est nécessaire que soit inclus dans la mission d'expertise tous éléments et constatations utiles quant à l'appréciation des responsabilités éventuellement encourues.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2025, la société AJM Architecture et la SARL Fegini Architecture, représentées par la SCP Adonne Avocats, concluent à leur mise hors de cause et à ce que soit mise à la charge l'Etablissement public du Parc national des Cévennes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que leur mission de maîtrise d'œuvre n'incluait pas le marché de travaux pour la construction d'un mur de pierres sèches.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2025, la SARL Dos Santos Barroso, représentée par Me Tournier-Barnier, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous toutes protestations et réserves d'usage et demande que les frais d'expertise soient mis à la charge de l'Etablissement public du Parc national des Cévennes

Par un mémoire en défense enregistré le 18 février 2025, la SARL Robert Carrieres et Industries et son assureur, la société d'assurances mutuelles SMABTP, représentées par la SELARL Favrie de Thierrens-d'Arnouin-Vrignaud-Mazars-Drimaracci, ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée sous toutes protestations et réserves d'usage.

Par un mémoire enregistré le 24 févier 2025, portant mémoire en défense pour la SA MMA IARD et mémoire en intervention pour la société MMA IARD Assurances Mutuelles, représentées par la SCP S2GAvocats, ces deux sociétés ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée sous toutes protestations et réserves d'usage et demande que les frais d'expertise soient mis à la charge de de l'Etablissement public du Parc national des Cévennes.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2025, portant mémoire en défense pour la la SARL AB Travaux Services ainsi que la SA MMA IARD et mémoire en intervention pour la société MMA IARD Assurances Mutuelles, représentées par la SCP S2GAvocats, ces trois sociétés ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée sous toutes protestations et réserves d'usage et demande que les frais d'expertise soient mis à la charge de de l'Etablissement public du Parc national des Cévennes.

La requête et les mémoires ont été communiqués à la Mutuelle des Architectes Français Assurances ainsi qu'à la SA Wakam qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Chaussard, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement signé le 21 juillet 2022, l'Etablissement public du Parc national des Cévennes a confié au groupement conjoint d'entreprises, composé de la société AJM Architecture, de la SARL Fegini Architecture et de la SASU Endymion, le marché public portant accord-cadre de maîtrise d'œuvre pour l'aménagement et la réhabilitation des bâtiments de l'établissement public du Parc national des Cévennes, avec pour marché subséquent la construction des réserves de l'écomusée du Mont Lozère, à Masméjean. Le lot n° 1 " Terrassement-VRD " de ce marché de travaux a été confié, par un acte d'engagement signé le 10 mars 2023, complété de trois avenants signés le 24 octobre, le 25 octobre et le 19 décembre 2023, à un groupement conjoint d'entreprises composé des SARL AB Travaux Services et TP Molines. Par ailleurs, par un acte d'engagement signé le 22 décembre 2022 l'Etablissement public du Parc national des Cévennes a confié à la SARL Dos Santos Barroso le marché public de travaux ayant pour objet la restauration d'un mur de soutènement en pierres sèches de cet écomusée. L'Etablissement public du parc national des Cévennes demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'ordonner une mesure expertise relative aux désordres inhérents et consécutifs à l'effondrement d'une partie du mur de soutènement en pierres sèches survenue le 20 décembre 2023 durant l'exécution des travaux.

Sur la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Aux termes de l'article R. 532-1-1 de ce code : " Le juge des référés peut charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages, puis le cas échéant, aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée d'exécution des travaux. / L'ordonnance désignant l'expert peut prévoir, par dérogation à l'article R. 751-3, qu'elle sera notifiée par le demandeur aux personnes dont les immeubles sont susceptibles d'être affectés par des dommages. / () La mission de l'expert peut se poursuivre, si l'ordonnance mentionnée au deuxième alinéa l'a prévu, pour rechercher les causes et l'étendue des dommages qui surviendraient pendant la durée d'exécution des travaux, à l'initiative du demandeur saisi, le cas échéant, par l'une des parties mentionnées au deuxième alinéa. () ". Aux termes de l'article R. 2162-17 du code de la commande publique : " Les marchés subséquents précisent les caractéristiques et les modalités d'exécution des prestations demandées qui n'ont pas été fixées dans l'accord-cadre. Ils ne peuvent entraîner des modifications substantielles des termes de l'accord-cadre. "

3. La mesure d'expertise demandée par l'Etablissement public du Parc national des Cévennes à l'effet de faire constater les désordres qui affectent, consécutivement à l'accident du 20 décembre 2023, les réserves ainsi et le mur de soutènement en pierres sèches de l'écomusée du Mont Lozère, notamment les effets de cet accident sur le calendrier des opérations de travaux de ces deux ouvrages, d'en décrire la nature, d'en déterminer la cause et de fournir les éléments permettant d'apprécier leur imputabilité, les mesures permettant d'y remédier et leur coût, présente un caractère d'utilité dans la perspective éventuelle d'une action en responsabilité et entre ainsi dans le champ des dispositions précitées du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de l'ordonner en la confiant à un expert.

Sur la demande de mise hors de cause du groupement conjoint d'entreprises de maîtrise d'œuvre composé de la société AJM Architecture, de la SARL Fegini Architecture et de la SASU Endymion ainsi que de l'assureur de cette dernière société :

4. S'il résulte des pièces du dossier, notamment de son cahier des charges, que la maîtrise d'œuvre des travaux de rénovation du mur de soutènement en pierres sèches de l'écomusée du Mont Lozère à Masméjean est directement assurée par l'Etablissement public du Parc national des Cévennes, il est constant que l'accident au titre duquel l'expertise est sollicitée est intervenu dans le cadre des travaux de construction des réserves de l'écomusée dont la maîtrise d'œuvre a été confiée au groupement conjoint d'entreprises composé de la société AJM Architecture, de la SARL Fegini Architecture et de la SASU Endymion. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions de ces trois sociétés ainsi que de l'assureur de la société Endymion, la société MIC Insurance Company, tendant à ce qu'elles soient mise hors de cause et des opérations d''expertise sollicitées.

Sur l'intervention volontaire de la société MMA IARD Assurances Mutuelles :

5. Il résulte de l'instruction que la SA MMA IARD, en sa qualité d'assureur de la SARL AB Travaux Services ainsi que de la société Calder Ingénierie, qui s'est vue sous-traiter une étude structure dans le cadre de la maîtrise d'œuvre du marché de travaux pour la construction des réserves de l'écomusée du Mont Lozère, justifie d'un intérêt à participer aux opérations d'expertise. Il y a donc lieu d'admettre son intervention et d'étendre à son égard les opérations d'expertise.

Sur les frais d'expertise :

6. En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartient, non au juge des référés, mais au seul président de la juridiction administrative, lorsqu'il fixe les frais et honoraires de l'expertise, de désigner celle des parties qui devra s'en acquitter. Par ailleurs et en vertu de l'article R. 761-1 du même code, la mise à la charge définitive des dépens, au nombre desquels figurent les honoraires et frais d'expertise, relève de la compétence du juge du fond qui, sous réserve de dispositions spéciales et sauf circonstances particulières de l'affaire, doit mettre ces dépenses à la charge de la partie perdante. Par suite, les conclusions tendant à ce que le juge des référés statue sur les dépens ne peuvent qu'être rejetées

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etablissement public du Parc national des Cévennes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par la société AJM Architecture ainsi que la SARL Fegini Architecture et non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er : L'intervention volontaire de la société MMA IARD Assurances Mutuelles est admise

Article 2 : M. B A, exerçant 6 place Charles de Gaulle à Mende (48000) est désigné comme expert avec pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé de l'ensemble des désordres qui affectent le mur de soutènement en pierres sèches ainsi que les réserves de l'écomusée du Mont Lozère à Masméjean ;

2°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons dont s'agit, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction du mur des soutènement en pierres sèches, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution, aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'ouvrage concerné ou encore à la direction, à la surveillance ainsi qu'à l'exécution des travaux de construction des réserves de l'écomusée et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

3°) indiquer la nature des travaux de reprises éventuellement déjà réalisés ainsi que, par un avis motivé, s'ils ont permis de remédier à tout ou partie des désordres constatés et, dans la négative, les raisons pour lesquelles ils n'ont pas permis de remédier à tout pu partie de ces désordres ;

4°) indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité des ouvrages et un usage propre à leur destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour les immeubles en cause ;

5°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expertise aura lieu en présence de l'Etablissement public du Parc national des Cévennes, des SARL AB Travaux Services, SARL TP Molines, SARL Dos Santos Barroso, Fegini Architecture, SARL Robert Carrieres et Industries, de la société Calder, de la société AJM Architecture, de la SASU Endymion, de la Mutuelle des Architectes Français Assurances, de la société MIC Insurance Company, de la société Areas Assurance, de la société d'assurances mutuelles SMABTP, de la SA MMA IARD, de la société MMA IARD Assurances Mutuelles et de la SA WAKAM.

Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires, avant le 31 décembre 2025. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à l'Etablissement public du parc national des Cévennes, la SARL AB Travaux Services, à la SARL TP Molines, à la SARL Dos Santos Barroso, à la SARL Fegini Architecture, à la société AJM Architecture, à la SASU Endymion, à la SARL Robert Carrieres et Industries, à la société Calder, à la Mutuelle des Architectes Français Assurances, à la société MIC Insurance Company, à la société Areas Assurance, à la société d'assurances mutuelles SMABTP, à la SA MMA IARD, à la société MMA IARD Assurances Mutuelles, SA WAKAM et à M. B A, expert.

Fait à Nîmes, le 5 juin 2025

Le juge des référés,

M. CHAUSSARD

La République mande et ordonne au préfet de Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° °2404894

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