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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2500255

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2500255

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2500255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantAULIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 janvier 2025, M. E B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Auliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence, dès lors qu'il n'est pas justifié de la délégation consentie à son auteur ;

- la décision d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision pourtant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée de 3 ans :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision pourtant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2025, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, avocats, conclut au rejet de la requête.

Il expose que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baccati, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- et les observations de Me Auliard, avocate de M. B, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui persiste dans ses écritures et ajoute qu'il conteste la durée de l'interdiction de retour.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 20 novembre 2006, de nationalité tunisienne, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme C D, cheffe du pôle ordre public de la préfecture. Par un arrêté n° 2024-1278 du 25 novembre 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture et produit en défense, Mme D a reçu délégation du préfet des Alpes-Maritimes pour signer, notamment, les décisions se rapportant aux mesures d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui ne justifie pas de la durée et de la continuité de son séjour, est célibataire et sans attache familiale en France. Il ne démontre pas être dépourvu de tout lien familial en Tunisie, où réside sa famille. Il a été condamné le 24 septembre 2024 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec destruction ou dégradation et blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par conducteur de véhicule terrestre à moteur, commises avec au moins deux circonstances aggravantes, et conduite d'un véhicule à une vitesse excessive, ce à quoi s'ajoutent 31 mentions au fichier de traitement automatises des antécédents judiciaires, ce qui ne témoigne pas d'une particulière intégration dans la société française. Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En troisième et dernier lieu, M. B n'invoque aucune circonstance de nature à établir qu'en décidant son éloignement, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, présenté au soutien de la contestation de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

7. En second lieu, l'arrêté attaqué vise l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il indique que M. B est de nationalité tunisienne et que la décision d'éloignement sera mise à exécution à destination du pays dont il possède la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible. Il énonce ainsi, avec une précision suffisante et par une motivation qui n'est pas stéréotypée, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination. Alors que M. B n'a fait état, ni devant l'administration, ni devant le tribunal, d'un quelconque risque auquel il serait exposé, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée de trois ans :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, présenté au soutien de la contestation de la décision interdiction de retour pour une durée de trois ans, doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

10. Pour prendre une décision d'interdiction de retour et fixer sa durée à trois ans, le préfet des Alpes-Maritimes tenu compte de sa durée de séjour, de l'absence de liens anciens sur le territoire, ses parents résidant en Tunisie, et de la condamnation pénale, précédemment mentionnée, dont il a fait l'objet. En relevant ces éléments, le préfet a suffisamment motivé sa décision. Par ailleurs, aucune des circonstances invoquées par M. B n'est de nature à établir que le préfet aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation au regard de ces critères. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation et de l'erreur d'appréciation doivent donc être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Auliard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

J. BACCATILa greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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