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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2500341

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2500341

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2500341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantKAMDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2025, M. D B, représenté par Me Kamdem, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n°83-2025-0138 du 30 janvier 2025 par lequel le préfet du Var l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée de trois ans et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de 150 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est par suite privée de base légale ; elle est également dépourvue de motivation au regard des risques encourus au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour est privée de base légale ; elle est également dépourvue de motivation au regard des circonstances humanitaires dont il pourrait bénéficier ;

Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2025, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il expose que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Parisien en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 31 janvier 2025 :

- le rapport de M. Parisien,

- les observations de Me Kamdem, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 20 février 1978 à Bizerte (Tunisie), de nationalité tunisienne, est entré régulièrement sur le territoire en 2006, en possession des documents et visa exigés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir un passeport et un visa Schengen C. L'intéressé a obtenu un titre de séjour, périmé depuis le 28 septembre 2024 et dont il n'a pas demandé le renouvellement. Le 29 janvier 2025, M. B a été interpellé pour des faits de vol. Consécutivement, il a fait l'objet, le 30 janvier 2025, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire assorti d'une interdiction du territoire de trois ans. M. B en demande l'annulation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté n° 2024/34/MCI du 4 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 83-2024-237 du même jour, M. C A, directeur des titres d'identité et de l'immigration, a reçu délégation de signature du préfet du Var pour signer tous actes entrant dans le champ de ses attributions, parmi lesquels les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français manque en fait et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré être en célibataire et père de quatre enfants dont il n'a pas la charge. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine. S'il expose avoir de la famille en France, il ne justifie pas des liens qu'il entretient avec ses enfants et reste imprécis sur leur domiciliation. Son comportement a été signalé pour des faits de vol simple, de recel de bien provenant d'un vol, d'exhibition sexuelle, d'outrage sexiste et sexuel dans un accès à un moyen de transport collectif de voyageurs - propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste et de menace de mort réitérée. Il ne justifie, par ailleurs, d'aucune insertion professionnelle, associative, humanitaire, sportive ou culturelle sur le territoire. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté au litige a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excédant ce qui est nécessaire à la défense de l'ordre public et, ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation de sa situation ne saurait prospérer.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée.

Sur la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination de M. B vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3. Elle relève que l'intéressé, qui est de nationalité tunisienne, n'établit pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à cet article et précise qu'il pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 4 que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait privée de base légale en raison des illégalités entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les () décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

9. La décision prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier ses article 3 et 8 ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 612-6. Il ressort également des termes de cette décision que le préfet du Var a, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, considéré que, eu égard à la durée de la présence de M. B en France, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français, la durée de l'interdiction de retour d'une durée de trois ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, alors même qu'il n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne fait état d'aucune considération ou circonstances exceptionnelles que le préfet aurait omis de mentionner, la décision comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Par suite le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 4 que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale en raison des illégalités entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()".

12. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par les dispositions de l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2025 du préfet du Var doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le magistrat désigné,

P. PARISIEN

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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