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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2500345

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2500345

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2500345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantKAMDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2025, M. A C, représenté par Me Kamdem, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté n°20258-081 du 29 janvier 2025 par lequel le préfet de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre à la préfecture de Vaucluse de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de 150 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public au sens de l'article L.251-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; les faits pour lesquels il a été condamné sont anciens et remontent à 5 ans ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose de ressources suffisantes au sens de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a sa propre entreprise et travaille sur les marchés ; il bénéficie de ressources pour subvenir à ses besoins et à celle de sa famille ; sa compagne travaille également ;

- elle est entachée de violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est arrivé en France depuis plusieurs années ; il a créé son entreprise ; il vit avec sa compagne et leurs trois enfants qui sont scolarisés en France ; le préfet a donc commis une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation ;

- pour les mêmes motifs, la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale ;

Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2025, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il expose que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Parisien en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 4 février 2025 :

- le rapport de M. Parisien,

- les observations de Me Kamdem, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, est un ressortissant de nationalité croate né le 4 juillet 1993 à Bari en Italie. Le 29 janvier 2025. Il a été interpellé en Avignon et consécutivement à la vérification de son droit au séjour, il a fait l'objet, le 29 janvier 2025, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire. M. C en demande l'annulation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté du 13 janvier 2025, M. B D, sous-préfet et directeur de Cabinet de la préfecture de Vaucluse, a reçu délégation de signature du préfet de Vaucluse pour signer tous actes entrant dans le champ de ses attributions, parmi lesquels les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français manque en fait et ne peut, dès lors, qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a transposé l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est défavorablement connu des services de police et de gendarmerie pour des faits de vols, infractions routières et des infractions relatives aux stupéfiants commis depuis 2016. L'intéressé a déjà fait l'objet d'une condamnation le 25 juin 2018 par le Tribunal correctionnel de Valence à une peine d'emprisonnement de 8 mois pour des faits de " vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance et refus par le conducteur du véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter et conduite sans permis ". Il a été interpellé le 28 janvier 2025 pour " recel de vol ". Compte tenu de la répétition de ces infractions et de la gravité des faits concernés, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de Vaucluse a pu estimer, que la présence de M. C en France constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Le requérant se prévaut de ce qu'il est arrivé en France depuis plusieurs années. Il fait valoir qu'il aurait créé son entreprise, et vivrait avec sa compagne et leurs trois enfants qui sont scolarisés en France. Toutefois, alors que les avis d'imposition produits mentionnent une adresse différente de celle de sa compagne, il ne produit aucun élément de nature à justifier qu'il entretiendrait avec sa compagne et ses enfants des liens stables et intenses. Il ne justifie pas davantage de son activité professionnelle. Dans ces conditions, compte tenu au surplus des infractions commises, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dont serait entaché la mesure d'éloignement doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / (). "

8. En produisant un avis d'imposition faisant apparaître un revenu commercial de 900 euros pour l'année 2023, M. C ne justifie pas de ressources suffisantes au sens de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au visa de ces dispositions doit être écarté.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "

10. Eu égard à ce qui a été dit au point 4 sur les agissements délictueux de M. C, en estimant que la condition d'urgence pour lui refuser un délai de départ volontaire était satisfaite le préfet de Vaucluse a fait une exacte application des dispositions précitées de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2025 du préfet de Vaucluse doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de Vaucluse et à Me Kamdem.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le magistrat désigné,

P. PARISIEN

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2500341

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