jeudi 27 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2500743 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | MARQUES FREIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février 2025 et 26 février 2025, M. E C, représenté par Me Marques-Freire, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre le 5 octobre 2023 pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder sans délai au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de compétence ;
- il est entaché d'un vice de motivation ;
- il est entaché d'erreurs d'appréciation ;
- il est entaché d'erreur de droit ;
- il est entaché d'erreur de fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2025, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pumo en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pumo,
- et les observations de Me Marques-Freire, avocate de M. C, et de M. C lui-même, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui maintient ses conclusions et moyens ;
- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 7 juillet 1994, déclare être entré en France en 2014. Par un arrêté du 5 novembre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. A la suite de l'interpellation de l'intéressé et de son placement en garde à vue le 21 février 2025, le préfet des Alpes-Maritimes a, par un arrêté du 22 février 2025, prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre le 5 octobre 2023 pour une durée de deux ans. M. C demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 22 février 2025.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté dans son ensemble :
2. Par un arrêté n° 2024-1274 du 25 novembre 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 275-2024 du lendemain, Mme D B, directrice de la réglementation, de l'intégration et des migrations, a reçu délégation de signature du préfet des Alpes-Maritimes pour signer, notamment, les interdictions de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire :
3. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 612-11 de ce code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit quant à lui que : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 () sont motivées ".
4. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que, l'autorité compétente doit, pour déterminer la durée de la prolongation d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire, tenir compte des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision en cause doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Il incombe ainsi à l'autorité compétente d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger en faisant état des éléments de la situation de l'intéressé sur lesquels elle a fondé sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance parmi les motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
5. En l'espèce, l'arrêté contesté vise notamment les articles L. 612-6 à L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne aussi qu'il ressort de l'examen de la situation de M. E C relatif au prononcé de l'interdiction de retour et à sa durée que l'intéressé déclare être entré en France en novembre 2014 sans démontrer y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et qu'il est célibataire, sans enfant, et dépourvu d'attaches familiales sur le territoire alors que ses parents ainsi que les membres de sa fratrie résident en Tunisie. La décision contestée, dont la motivation n'est pas stéréotypée, comporte ainsi les éléments de droit et de faits sur lesquels le préfet s'est fondé, au nombre desquels ne figure pas la circonstance que le requérant représenterait une menace pour l'ordre public, pour déterminer la durée de la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire dont M. C fait l'objet. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En deuxième lieu, si M. C soutient que la décision contestée est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait, ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
7. En troisième lieu, les éléments relatifs à sa situation dont fait état M. C ne sont pas constitutifs de circonstances humanitaires susceptibles de conduire l'autorité administrative à ne pas prolonger l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation à ce titre. Le moyen doit donc être écarté.
8. En quatrième lieu, bien que le préfet n'ait pas considéré que M. C représente une menace pour l'ordre public pour déterminer la durée de la prolongation de son interdiction de retour sur le territoire, ce dernier, qui déclare sans l'établir être entré en France en 2014, ne justifie ni de la durée, ni du caractère habituel de sa présence sur le territoire. Célibataire et sans charge de famille, il ne conteste pas être dépourvu d'attaches familiales en France alors que ses parents et les membres de sa fratrie résident en Tunisie. Ainsi, et dans la mesure où le requérant s'est par ailleurs soustrait à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 5 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en prolongeant l'interdiction de retour dont il fait l'objet de deux années supplémentaires.
9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 5 octobre 2023. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prolongeant l'interdiction de retour dont le requérant fait l'objet.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à contester la légalité de l'arrêté du 22 février 2025. Par suite, les conclusions qu'il présente aux fins d'annulation et d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
11. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Marques-Freire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.
Le magistrat désigné,
J. PUMO
La greffière,
A. NOGUERO
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026