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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2500922

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2500922

jeudi 10 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2500922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantVIENS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a annulé l'arrêté du 10 décembre 2024 par lequel le préfet du Gard refusait de renouveler la carte de résident de Mme B, ressortissante marocaine. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur d'appréciation en estimant que la présence de l'intéressée constituait une menace grave pour l'ordre public au sens de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'ancienneté et de la gravité modérée de ses condamnations. Le tribunal a également retenu une violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en raison de l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de Mme B, mariée, mère de deux enfants nés en France et y résidant depuis plus de vingt ans.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 mars et 5 juin 2025, Mme A B, représentée par Me Viens, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de renouveler sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'elle ne constitue pas une menace à l'ordre public, qu'elle est parfaitement intégrée et que ses attaches familiales sont en France ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2025, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béréhouc, conseillère,

- et les observations de Me Viens, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 19 septembre 1976, déclare être entrée en France avant l'âge de treize ans. Elle a sollicité le renouvellement de sa carte de résident de dix ans auprès des services préfectoraux du Gard. Par l'arrêté du 10 décembre 2024 dont elle demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Gard a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Le renouvellement de la carte de résident peut être refusé à tout étranger lorsque : / 1° Sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a fait l'objet de diverses condamnations à des peines contraventionnelles entre 2005 et 2011 essentiellement pour des faits de vol et d'escroquerie. Elle a été à nouveau condamnée, le 16 novembre 2015, à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de contrefaçon ou falsification d'instrument de paiement commis en août 2013, plus de dix ans avant l'arrêté attaqué, et d'une condamnation à une peine de quatre mois d'emprisonnement convertis en peine de jours-amende, prononcée le 5 mars 2019, pour avoir émis un chèque en violation d'une injonction bancaire. Au regard de la nature, de la gravité modérée et l'ancienneté de ces faits mais aussi de la situation de la requérante, mariée, devenue mère de famille en 2017 et 2018 et qui exerce une activité professionnelle en France, le préfet du Gard en estimant que la présence de Mme B en France constituait une menace grave pour l'ordre public a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / ()". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui est entrée en France alors qu'elle était mineure, a bénéficié, à sa majorité, de la délivrance d'une carte de résident valable du 2 janvier 1995 au 1er janvier 2005, régulièrement renouvelée jusqu'au 5 janvier 2025. Elle est mariée à un ressortissant marocain depuis le 13 août 2013 et de leur union sont nés deux enfants en France, Lilia, en 2018, et Maïssa, en 2017. Elle est titulaire d'un certificat d'aptitude professionnelle obtenu en France en 1995 et d'un diplôme d'assistant gériatrique à domicile obtenu en 2009 et les certificats de travail produits établissent qu'elle travaille dans ce pays depuis 2013. Au regard de l'ensemble de ces éléments qui établissent que Mme B qui réside habituellement en France depuis plus de vingt ans à la date de la décision attaquée et qu'elle y a transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux, le préfet du Gard, en refusant de renouveler sa carte de résident, a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 10 décembre 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de renouveler la carte de résident de Mme B est entaché d'illégalité et doit, dès lors, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard aux motifs qui fondent l'annulation qu'il prononce, l'exécution du présent jugement implique de renouveler la carte de résident de Mme B. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Gard d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans l'attente, un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 décembre 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de renouveler la carte de résident de Mme B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de renouveler la carte de résident de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans l'attente, un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2025.

La rapporteure,

F. BEREHOUC

Le président,

G. ROUX

La greffière,

I. LOSA

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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