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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2501456

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2501456

vendredi 18 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2501456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAULIARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. D, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 9 mars 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de cinq ans. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la signature étant régulièrement déléguée au sous-préfet d'Alès. Il a jugé que la décision d'éloignement était fondée sur l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le comportement de M. D (violences conjugales répétées) constituant une menace pour l'ordre public, et que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2025, M. B D, représenté par Me Aulliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2025 par lequel le préfet du Gard l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet du Gard, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lahmar.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, déclare être entré en France en 2019 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 mars 2025 par lequel le préfet du Gard l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé pour le préfet du Gard par M. A C, sous-préfet d'Alès. Par arrêté du 18 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Gard du 21 octobre suivant, le préfet du Gard a consenti à M. C une délégation à l'effet de signer notamment, pour l'ensemble du département du Gard, les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux aurait été signé par une autorité incompétente manque donc en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () "

4. Pour obliger M. D à quitter le territoire français, le préfet du Gard s'est fondé, ainsi que le prévoit le 5° de l'article L. 611-1 précité, sur la menace pour l'ordre public constituée par son comportement. A cet égard, le préfet du Gard a relevé que le requérant a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violence envers son épouse le 8 mars 2025, alors qu'il avait déjà fait l'objet de plusieurs interpellations pour des faits similaires les 30 décembre 2022, 11 août 2023 et 5 décembre 2023. En se bornant à faire valoir qu'aucune condamnation pénale n'a été prononcée à son encontre suite à ces interpellations, le requérant ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits qui ont donné lieu à ces procédures. Par ailleurs, si M. D soutient qu'il n'a pu solliciter le renouvellement de son titre de séjour qui expirait le 30 août 2024 en raison de problèmes techniques, les pièces qu'il a produites ne permettent pas de l'établir, de sorte qu'il est constant qu'il se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français depuis plus de trois mois à la date d'édiction de la décision litigieuse. Au regard de ces éléments, le préfet du Gard a fait une exacte application des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que le comportement de M. D constituait une menace pour l'ordre public et, par conséquent, en l'obligeant à quitter le territoire français.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que, si M. D affirme être entré sur le territoire français en 2019 de manière régulière, les pièces qu'il produit à l'instance ne permettent pas de l'établir. M. D, qui n'a produit à l'instance qu'un bulletin de salaire pour le mois de novembre 2022, ne justifie d'aucune insertion professionnelle sur le territoire français. En outre, la seule production d'une attestation rédigée par l'épouse du requérant le 7 avril 2025, selon laquelle M. D contribue à l'éducation de leur enfant né le 17 juillet 2024, n'est pas de nature à démontrer la stabilité de leur relation, alors que Mme D a déposé plainte contre son époux le 6 mars 2025 pour les faits de violence susvisés et a déclaré, à cette occasion, souhaiter rompre leurs liens. Dans ces conditions, et au regard de la menace à l'ordre public constituée par le comportement du requérant comme exposé au point 4, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de celle portant refus de délai de départ volontaire.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :

1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () "

9. Ainsi qu'il a été dit au point 4, le comportement de M. D constitue une menace pour l'ordre public français. Dès lors, le préfet du Gard pouvait légalement, pour ce motif, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette décision doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

11. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

12. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'exposé précédemment, M. D constitue une menace pour l'ordre public en raison des violences commises sur son épouse. Il en ressort également qu'il est père d'un enfant français né le 17 juillet 2024 avec qui il résidait, à tout le moins jusqu'à l'édiction de l'arrêté litigieux, à la contribution et l'entretien duquel il est donc réputé contribuer et envers lequel aucun comportement violent de sa part n'est allégué. Il n'est, en outre, ni allégué ni établi par le préfet du Gard que M. D, qui bénéficiait d'un titre de séjour jusqu'au 30 août 2024, aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'aurait pas exécutée. Au regard de ces éléments, le requérant est fondé à soutenir qu'en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre, le préfet du Gard a commis une erreur d'appréciation. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, M. D est fondé à en demander l'annulation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Gard a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui prononce uniquement l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 er : La décision du 9 mars 2025 par laquelle le préfet du Gard a interdit M. D de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2025.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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