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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2501533

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2501533

jeudi 10 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2501533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDEBUREAU

Résumé IA

Refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français opposés à une ressortissante nigériane par le préfet du Gard. Le Tribunal administratif de Nîmes rejette la requête en annulation. Il estime que le signataire de l’arrêté était compétent et que la décision ne méconnaît ni l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme ni l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la requérante n’établissant pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2025, Mme A B, représenté par Me Debureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2025 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37-1 de la loi relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'elle est hébergée avec son conjoint et ses deux enfants en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA), que son enfant aîné est scolarisé, qu'elle a suivi des cours de français et qu'elle a travaillé lorsqu'elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Gard qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mazars a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante nigériane née le 20 août 1998, soutient être entrée en France le 2 mars 2021. Le 3 juin 2021, sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmé par la cour nationale du droit d'asile le 17 décembre 2021. La situation de Mme B a été évoquée lors de la commission départementale relative à la traite des êtres humains en sa séance du 5 octobre 2022 et elle a été admise à intégrer le dispositif de parcours de sortie de prostitution. Elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour du 22 août au 31 décembre 2024. Le 21 octobre 2024, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale dans le cadre des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 janvier 2025 dont elle demande l'annulation, le préfet du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par arrêté du 18 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 21 octobre suivant, le préfet du Gard a consenti à M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté en litige, une délégation à l'effet de signer toute décision relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle aurait été signée par une autorité compétente manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L 'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la présence en France de Mme B est récente et liée pour l'essentiel à l'instruction de sa demande d'asile, définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 17 décembre 2021, alors qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans au moins. En outre, s'il ressort des pièces du dossier qu'elle a deux enfants, nés en Allemagne en 2020 et à Nîmes en 2023, qu'elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 31 décembre 2024 et qu'elle est hébergée au titre du dispositif national d'accueil depuis 2021, ces seules circonstances sont insuffisantes pour démontrer qu'elle aurait déplacé le centre de sa vie privée et familiale en France. Par ailleurs, si la requérante soutient avoir travaillé, elle ne justifie pas de relations anciennes, intenses et stables en France ni ne démontre aucune insertion socio-professionnelle. Par suite, l'arrêté contesté n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts d'intérêt public en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Eu égard à la situation de Mme B telle qu'analysée précédemment au point 4, le préfet du Gard n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que l'intéressé ne justifiait pas de motif exceptionnel ou de considération humanitaire au sens de ces dispositions. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 4 s'agissant de la décision de refus de titre de séjour, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Debureau et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Mazars, conseillère,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2025.

La rapporteure,

M. MAZARS

La présidente,

C. CHAMOTLa greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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