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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2502582

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2502582

jeudi 27 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2502582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLOUVIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. B... A..., ressortissant angolais, contestant l'arrêté préfectoral du 13 février 2025 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a notamment jugé que le requérant ne pouvait pas invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car il n'avait pas présenté de demande d'admission exceptionnelle au séjour sur ce fondement. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions à fin d'annulation et des demandes accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2025, M. C... B... A..., représenté par Me Louvier, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 13 février 2025 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d’origine et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d’enjoindre au préfet Gard, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d’un an ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S’agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l’atteinte portée au droit à sa vie privée et familiale.

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est privée de base légale par suite de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
S’agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’aucun des motifs prévus à l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui est opposable ;
- elle est disproportionnée et entachée d’erreur manifeste d'appréciation ;

S’agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est privée de base légale par suite de l’illégalité du refus de titre de séjour et de l’obligation de quitter le territoire français.

S’agissant de l’interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale par exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est disproportionnée dans sa durée au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2025, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

M. B... A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Cambrezy.


Considérant ce qui suit :

M. B... A... alias M. B..., de nationalité angolaise, né le 19 août 2007, déclare être entré irrégulièrement en France en janvier 2023 où il a été pris en charge par les services de l’aide sociale à l’enfance du département du Gard jusqu’à sa majorité en vertu d’une ordonnance de placement provisoire du 14 février 2023 du procureur de la République de Nîmes et d’un jugement en assistance éducative du juge des enfants du tribunal judiciaire de Nîmes du 17 mars 2023. Le 26 juillet 2024, il a présenté une demande de carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 13 février 2025 dont M. B... A... demande l’annulation, le préfet du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction du territoire français de deux ans.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. (…) ».

Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B... A... ait présenté une demande d’admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l’article
L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Les motifs de l’arrêté contesté font apparaître que le préfet du Gard n’a pas examiné d’office si l’intéressé pouvait bénéficier d’une telle admission exceptionnelle au séjour. Il suit de là que M. B... A... ne peut utilement invoquer les moyens tirés de ce que cette autorité aurait commis une erreur de droit et une erreur manifeste d’appréciation au regard de ces dispositions.

En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine (…) ». Pour l’application de ces stipulations et dispositions, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

Il ressort des pièces du dossier que M. B... A... est présent en France depuis le 2 février 2023, date à laquelle l’appréciation de sa minorité a été évaluée par l’association Espelido. Il justifie ainsi de deux années de présence effective sur le territoire à la date de la décision attaquée. Si M. B... A... démontre son sérieux dans le suivi de sa scolarité et son intégration dans l’environnement scolaire, ce dont attestent les bulletins scolaires des années scolaires 2023 et 2024, les attestations élogieuses de ses enseignants et le relevé des notes obtenues au titre du baccalauréat technologique, ces documents sont insuffisants pour considérer que l’intéressé a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Le requérant ne justifie d’aucun lien personnel pas plus que familial en France où il vit isolé, célibataire, sans charge de famille. Il ressort en outre de ses déclarations lors de son audition par les services de la police aux frontières territorial de Nîmes le 12 février 2025 que ses parents et ses trois frères et sœurs vivent actuellement en Angola, pays dans lequel il a vécu la majorité de sa vie. Dans ces conditions, en refusant de l’admettre au séjour, le préfet du Gard n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En troisième lieu, en l’absence d’illégalité entachant la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette prétendue illégalité et soulevé, par voie d’exception, à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu’être écarté.

En quatrième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision (…) ». Aux termes de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ».

Pour refuser d’accorder à M. B... A... un délai de départ volontaire, le préfet du Gard s’est fondé sur les dispositions du 2° de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Gard a rejeté la demande de titre de séjour présentée par le requérant sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que sa demande était manifestement frauduleuse. Il ressort à cet égard des pièces du dossier, notamment des recherches sur Visabio effectuées par les services de la préfecture du Gard et la police judiciaire, que le requérant s’est vu délivrer un visa pour la Pologne en déclarant être né le 19 août 2005 et non le 19 août 2007. Par suite, la condition d’âge prévue par l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’était pas remplie. Il ressort également du compte-rendu de comparaison d’empreintes établi par la division de la police scientifique de Nîmes le 13 février 2025 que l’empreinte apposée sur le passeport angolais produit à l’appui de sa demande ne correspond pas aux empreintes relevées sur le requérant. Enfin, M. B... A... reconnaît personnellement dans ses écritures qu’il ne justifiait pas des conditions d’âge pour prétendre à l’obtention d’un titre de séjour et qu’il s’expose à une condamnation pour les faits d’usage d’un faux document administratif. Au regard de ces éléments, le préfet du Gard a pu, sans erreur de droit et en faisant une exacte application des dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile refuser d’accorder à l’intéressé un délai de départ volontaire.

En cinquième lieu, en l’absence d’illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré, par voie d’exception, de l’illégalité de cette décision à l’encontre de la décision fixant le pays de renvoi et l’interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu’être écarté.

En sixième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». L’article L. 612-10 du même code dispose que : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (…) ». Il résulte de ces dispositions que l’autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français assortie d’une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux.

Pour les motifs énoncés au point 5, M. B... A... ne justifie pas de circonstances humanitaires non plus que de liens privés et familiaux en France d’une intensité et d’une stabilité particulières qui n’auraient pas été prises en compte dans l’arrêté en litige. Dans ces conditions, le préfet n’a pas entaché sa décision d’illégalité en fixant à deux ans la durée de l’interdiction de leur retour en France. Par suite, le moyen tiré du caractère disproportionné de la mesure contestée doit être écarté.


Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 13 février 2025 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d’injonction et d’astreinte.

Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».

L’État n’étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les dispositions de l’article L. 761-1, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à ce que soit mis à sa charge la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.



D E C I D E :


Article 1er :
La requête de M. B... A... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. C... B... A..., à
Me Louvier et au préfet du Gard.





Délibéré après l'audience du 5 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,
M. Cambrezy, conseiller,
Mme Sarac-Deleigne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.


Le rapporteur,

G. CAMBREZY
La présidente,

C. CHAMOT




La greffière,




B. MAS-JAY


La République mande et ordonne au préfet du Gard, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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