mardi 15 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2502778 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | RIVIERE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2025, M. B A, représenté par Me Deleau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2025 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation ;
- elle ne respecte pas le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;
- cette décision a été prise en méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'il justifie de circonstances particulières ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'interdiction de retour est insuffisamment motivée au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;
- elle présente un caractère disproportionné et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2025, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mouret en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 10 juillet 2025, après présentation du rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Deleau, représentant M. A, qui persiste dans ses écritures ;
- et les observations de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 20 mai 2004, déclare être entré en France au cours de l'année 2015 et y résider depuis lors. L'intéressé a été condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement, pour des faits de " détention non autorisée de stupéfiants " et " d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants ", par un jugement du tribunal correctionnel de Carpentras du 13 novembre 2024. M. A a, en exécution de ce jugement, été écroué au centre pénitentiaire d'Avignon-Le Pontet. Par un arrêté du 2 juillet 2025, pris la veille de la levée d'écrou de l'intéressé, le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. M. A, qui a été placé au centre de rétention administrative de Nîmes à la suite de sa libération du centre pénitentiaire d'Avignon-Le Pontet, demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté du 2 juillet 2025.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des termes de l'arrêté contesté qui fait en particulier état des attaches privées et familiales dont M. A se prévaut sur le territoire français ainsi que de ses conditions de séjour en France, où il déclare être entré au cours du mois de juin 2015, que le préfet de Vaucluse ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement du 1° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de M. A doit être écarté.
3. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous réserve des engagements internationaux de la France et hors le cas des ressortissants des Etats membres de l'Union européenne, des Etats parties à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire d'un document de séjour. Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Selon l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : () / 2° Au plus tard la veille de son dix-neuvième anniversaire, pour l'étranger mentionné aux articles L. 421-22, L. 421-23, L. 421-26 à L. 421-29, L. 421-30 à L. 421-33, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-24 ou L. 426-1 ; / 3° Au plus tard, deux mois après la date de son dix-huitième anniversaire, s'il ne remplit pas les conditions de délivrance de l'un des titres de séjour mentionnés au 2° () ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'un étranger mineur entré irrégulièrement en France doit, pour se conformer à l'obligation de possession d'un titre de séjour qui pèse sur lui à compter du jour où il devient majeur, solliciter un tel titre dans les deux mois qui suivent son dix-huitième anniversaire. Il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que s'il s'est abstenu de solliciter un titre pendant cette période.
5. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de Vaucluse s'est fondé sur les dispositions citées ci-dessus du 1° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant n'établit ni même n'allègue être entré régulièrement en France et ne justifie pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour à sa majorité. Dans ces conditions, le préfet de Vaucluse a pu légalement, pour ce seul motif prévu par le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obliger M. A à quitter le territoire français. Si le requérant conteste le motif fondé sur le 5° du même article L. 611-1, il résulte, en tout état de cause, de l'instruction que le préfet de Vaucluse aurait pris la même décision d'éloignement s'il avait uniquement retenu le motif fondé sur le 1° de cet article.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui indique être entré mineur en France durant l'année 2015, a été scolarisé à Nancy au cours des années 2016 à 2021. Toutefois, l'intéressé, qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour à sa majorité et se maintient irrégulièrement sur le territoire français, ne justifie pas, par les seules pièces qu'il produit, d'une intégration sociale ou professionnelle particulière. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Carpentras du 13 novembre 2024, à une peine de huit mois d'emprisonnement pour des faits de " détention non autorisée de stupéfiants " et " d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants ". Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui a été incarcéré, a fait l'objet, antérieurement à cette peine d'emprisonnement, de plusieurs signalisations au fichier de traitement des antécédents judiciaires, lesquelles sont mentionnées dans l'arrêté contesté. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de la présence régulière en France de ses parents, il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il entretiendrait des liens avec ces derniers. En outre, en admettant même que le requérant entretienne une relation avec une ressortissante française, les seules pièces versées aux débats, et notamment l'attestation d'hébergement établie le 27 juin 2025 par cette dernière, ne permettent pas d'établir l'ancienneté, la stabilité et l'intensité de cette relation. Par ailleurs, alors que cette ressortissante française a donné naissance à une enfant née le 17 juin 2025 à Verdun (Meuse), le requérant - qui était, à cette date, incarcéré depuis plusieurs mois dans le département de Vaucluse et n'a reçu aucune visite au parloir - n'établit pas avoir vainement entrepris des démarches en vue de la reconnaissance de cette très jeune enfant dont il indique être le père. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, et compte tenu notamment des conditions du séjour en France de M. A, la mesure d'éloignement en litige ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le préfet de Vaucluse n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure d'éloignement sur la situation de M. A.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. M. A ne justifie pas, par les seules pièces qu'il produit, être le père de l'enfant de nationalité française née le 17 juin 2025 à Verdun. Eu égard à ce qui a été dit au point 7, et alors au demeurant que l'intéressé n'a jamais rencontré cette enfant mineure, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en obligeant M. A à quitter le territoire français, le préfet de Vaucluse aurait fait une inexacte application des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la légalité de la décision de refus de délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ". Selon l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont motivées ".
11. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A en application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Vaucluse s'est fondé sur l'existence d'un risque de soustraction à la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, en relevant, d'une part, son entrée irrégulière sur le territoire français et l'absence de dépôt d'une demande de titre de séjour afin de régulariser sa situation et, d'autre part, l'absence de production d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité ainsi que l'absence de justification d'une résidence effective et permanente en France. L'arrêté contesté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de délai de départ volontaire en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
12. En deuxième lieu, les éléments de la situation personnelle de M. A déjà évoqués, et en particulier la présence régulière en France de ses parents ainsi que la relation dont il se prévaut avec une ressortissante française ayant donné naissance à une enfant au cours du mois de juin 2025, ne sauraient suffire à établir, eu égard à tout ce qui a été dit précédemment et contrairement à ce qui est soutenu, l'existence d'une circonstance particulière au sens et pour l'application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de Vaucluse a pu légalement refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé en raison de l'existence d'un risque de soustraction à la décision d'éloignement dont il fait l'objet.
13. En troisième lieu, le préfet de Vaucluse a estimé que le risque de soustraction à la mesure d'éloignement était établi en se fondant, eu égard à ce qui a été dit au point 11, sur les dispositions citées ci-dessus du 1° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, M. A ne conteste pas être entré irrégulièrement en France, ni s'être abstenu de solliciter la délivrance d'un titre de séjour à sa majorité. Dans ces conditions, et en l'absence de circonstance particulière ainsi qu'il a été dit au point précédent, le préfet de Vaucluse a pu légalement, pour ce seul motif prévu par le 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 du même code était établi. Si le requérant conteste l'autre motif fondé sur le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte, en tout état de cause, de l'instruction que le préfet de Vaucluse aurait pris la même décision de refus de délai de départ volontaire s'il avait uniquement retenu le motif fondé sur le 1° de cet article L. 612-3.
14. En quatrième et dernier lieu, eu égard à tout ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Vaucluse aurait, en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation de l'intéressé.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Selon l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7 () sont motivées ".
16. En premier lieu, l'arrêté contesté, qui se réfère notamment dans ses motifs aux articles L. 612-6 à L. 612-11 ainsi qu'à l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision interdisant le retour de M. A sur le territoire français pour une durée de cinq ans, laquelle décision a été prise en application de l'article L. 612-6 de ce code et au regard de l'ensemble des critères énoncés à son article L. 612-10. Cette décision indique notamment les raisons pour lesquelles le préfet de Vaucluse a estimé que le comportement de M. A représente une menace pour l'ordre public. Contrairement à ce qui est soutenu, la décision d'interdiction de retour, qui mentionne la date d'entrée alléguée de l'intéressé sur le territoire français, fait état des attaches privées et familiales dont il se prévaut. Par ailleurs, en l'absence d'éléments particuliers avancés par M. A, le préfet de Vaucluse n'avait pas à détailler les raisons pour lesquelles il n'a pas retenu l'existence de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour à l'encontre de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision interdisant le retour de M. A sur le territoire français doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré du non-respect de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, ni à demander l'annulation de cette décision d'interdiction de retour par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de délai de départ volontaire.
18. En troisième et dernier lieu, il résulte des dispositions citées au point 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
19. D'une part, M. A ne justifie pas d'une intégration sociale ou professionnelle particulière en France où il indique être entré au cours de l'année 2015 et où il se maintient irrégulièrement sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour à sa majorité. Il n'apparaît pas que l'intéressé disposerait de liens intenses et stables sur le territoire français. A cet égard, ainsi qu'il a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui n'a reçu aucune visite au parloir, maintiendrait des liens avec ses parents qui résident en France, ni que l'intéressé, qui est célibataire, entretiendrait une relation ancienne, intense et stable avec la ressortissante française ayant donné naissance à une enfant le 17 juin 2025, enfant dont le requérant ne démontre pas être le père. En outre, compte tenu des nombreuses signalisations dont il a fait l'objet depuis plusieurs années - et notamment le 28 juillet 2021 pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité, le 16 avril 2022 pour détention non autorisée de stupéfiants ou encore le 6 octobre 2023 pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis - ainsi que de sa condamnation récente à une peine de huit mois d'emprisonnement, prononcée le 13 novembre 2024 dans le cadre d'une affaire de trafic de stupéfiants, la présence de l'intéressé sur le territoire français doit être regardée comme représentant une menace pour l'ordre public. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, en l'absence de circonstances humanitaires et alors même que M. A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet de Vaucluse n'a pas commis d'erreur d'appréciation en interdisant le retour de l'intéressé sur le territoire français et en fixant à cinq ans la durée de cette interdiction, laquelle ne présente pas un caractère disproportionné.
20. D'autre part, eu égard à l'ensemble des éléments exposés aux points 7 et 19, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le préfet de Vaucluse n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision d'interdiction de retour sur la situation de M. A.
21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Vaucluse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2025.
Le magistrat désigné,
R. MOURET
La greffière,
A. NOGUERO
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026