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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2503136

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2503136

mardi 29 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2503136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBARAKAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. C, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet de l'Hérault du 25 juillet 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour quatre ans. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la délégation de signature étant régulière. Il a jugé que la décision ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute pour M. C de justifier de liens familiaux stables en France, et que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en considérant sa présence comme une menace à l'ordre public, compte tenu de ses condamnations pour vols et violences. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2025, M. A C, représenté par Me Barakat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2025 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que M. C ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- cette décision est illégale par la voie de l'exception à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Le préfet de l'Hérault, à qui la requête a été communiquée le 26 juillet 2025, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Béréhouc les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béréhouc,

- et les observations de Me Barakat, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2025 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de quatre ans.

2. En premier lieu, par un arrêté du 25 juin 2024 n°2024.06.DRCL.0293, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 134 du 28 juin 2024, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme E D, cheffe de la section éloignement, aux fins de signer " tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ". Le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement contestée aurait été signée par une autorité incompétente doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier que, si M. C soutient être entré sur le territoire français en 2016, les éléments qu'il produit ne permettent pas de l'établir. Il ressort des déclarations du requérant à l'audience qu'il n'a jamais déposé de demande de titre de séjour sur le territoire français. Par ailleurs, si le requérant soutient être en couple depuis 2022 avec Mme B, ressortissante française, avec laquelle il attendrait un enfant, il ne produit aucun élément démontrant la réalité de cette relation et leur communauté de vie, ni n'apporte aucune pièce médicale de nature à justifier, tel qu'il le soutient à l'audience, que l'état de santé de Mme B nécessiterait sa présence impérieuse à ses côtés. Dans ces conditions, M. C n'établit pas disposer de liens privés et familiaux stables et intenses sur le territoire français et n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait son droit au respect de sa vie privée et familiale.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que M. C est défavorablement connu des services de police notamment pour des faits commis entre 2019 et 2022, dont il ne conteste pas la matérialité, de vols, de violences et d'outrage sur une personne dépositaire de l'autorité publique, de menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuses pour les personnes à l'encontre d'une personne dépositaire de l'autorité publique. Au regard de la gravité de ces faits, de leur caractère répété et récent, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Hérault a pu considérer que sa présence en France représentait une menace à l'ordre public.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () ".

7. D'autre part, les stipulations du 2 de l'article 31 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Lorsqu'en application des dispositions du règlement du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code prévoyant le transfert de l'intéressé vers cet autre Etat.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement en France où il s'est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le requérant, qui n'allègue pas avoir sollicité l'asile sur le territoire français, est connu sous différentes identités et nationalités et ne démontre pas avoir personnellement déposé, ainsi qu'il le soutient, une demande d'asile en Allemagne. En tout état de cause, il n'apparaît pas qu'une demande présentée par l'intéressé était encore en cours d'examen dans cet Etat à la date de l'arrêté en litige. A cet égard, il ressort des termes, non contestés, de l'arrêté attaqué que le requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement édictée par les autorités allemandes. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. C entrait, à la date de l'arrêté contesté, dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur de droit en obligeant M. C à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du même code.

9. En cinquième lieu, le requérant ne fait état d'aucun élément qui aurait dû être exposé par le préfet de l'Hérault dans l'arrêté litigieux en ce qui concerne l'absence de risque de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il n'est, par conséquent, pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée sur ce point.

10. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'encontre de celle fixant le pays de renvoi.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

12. D'une part, contrairement à ce qui est soutenu, le préfet de l'Hérault a justifié la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. C au regard des éléments mentionnés à l'article L. 612-10 précité. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir qu'elle serait insuffisamment motivée.

13. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C, ainsi qu'exposé au point 4, ne justifie pas de la durée de sa présence en France et ne démontre pas disposer de liens privés et familiaux stables et intenses sur le territoire français. Au regard de ces éléments, en fixant à quatre ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre du requérant, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de l'Hérault et à Me Barakat.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2025.

La magistrate désignée,

F. BEREHOUC

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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