Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. C..., ressortissant béninois, qui contestait un arrêté du préfet de Vaucluse du 30 août 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, avec interdiction de retour d’un an. Le tribunal a écarté le moyen d’incompétence, le signataire disposant d’une délégation régulière, et a jugé que le requérant ne pouvait utilement invoquer son éligibilité à un titre de séjour salarié en l’absence de demande préalable. Il a également estimé que le refus de délai de départ volontaire était légalement justifié par le risque de soustraction, établi par le maintien irrégulier sur le territoire et l’absence de garanties de représentation suffisantes. Enfin, la décision d’interdiction de retour n’a pas été jugée disproportionnée au regard de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, compte tenu de l’absence de liens familiaux stables en France.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 septembre et 11 septembre 2025, M. D... C..., représenté par Me Nicol, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 30 août 2025 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté contesté est entaché d’incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, il remplissait les conditions pour prétendre à son admission au séjour en qualité de salarié ;
- la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire a été prise en méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d’asile ;
- la décision portant interdiction de retour est illégale du fait de l’illégalité de la décision d’éloignement ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Le préfet de Vaucluse, à qui la requête a été communiquée, n’a pas produit de mémoire en défense.
Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 12 septembre 2025 pour le préfet de Vaucluse et ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Hoenen, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique du 15 septembre 2025, le rapport de Mme Hoenen, magistrate désignée.
Les parties n’étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., ressortissant béninois né en 2001, est entré sur le territoire français le 14 octobre 2019 sous couvert d’un visa long séjour « étudiant », valide du 19 septembre 2019 au 19 septembre 2020. Par un arrêté du 30 août 2025, le préfet de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. C... demande l’annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté du 30 août 2025.
2. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé pour le préfet de Vaucluse par M. A..., sous-préfet, qui disposait, aux termes d’un arrêté du 30 juin 2025 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 84-2025-087, d’une délégation à l’effet de signer notamment les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retourner sur le territoire français. Dès lors, et alors qu’il n’apparaît pas que M. A... n’était pas chargé d’assurer la permanence préfectorale le samedi 30 août 2025, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si M. C... fait valoir qu’il remplissait les conditions pour bénéficier d’un titre de séjour salarié travaillant dans un secteur en tension, il ne démontre pas avoir formé une demande d’admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, et alors qu’il ne ressort pas des termes de l’arrêté que le préfet aurait examiné d’office son droit au séjour sur ce fondement, le requérant ne peut utilement soutenir qu’il ne pouvait faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français dès lors qu’il remplissait les conditions pour se voir délivrer un tel titre.
4. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision (…) ». L’article L. 612-2 du même code dispose que : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Selon l’article L. 612-3 de ce code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; (…) / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité / (…)».
5. Pour refuser d’accorder un délai de départ volontaire à M. C..., le préfet de Vaucluse s’est fondé, sur le motif tiré de l’existence d’un risque de soustraction à la décision obligeant l’intéressé à quitter le territoire français, en relevant à cet égard que M. C..., n’a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour à l’expiration de ce dernier, qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dès lors qu’il ne dispose pas d’un document d’identité ou de voyage en cours de validité, qu’il a déclaré ne pas vouloir regagner son pays d’origine.
6. Il n’est pas contesté que M. C... n’a pas finalisé son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour, déposé le 4 janvier 2021, à la préfecture de l’Orne et qu’il s’est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d’un titre de séjour. De même, le requérant ne conteste pas avoir indiqué ne pas vouloir se conformer à son obligation de quitter le territoire français et disposer de document d’identité en cours de validité. Dans ces circonstances, il ne saurait être sérieusement soutenu que le préfet de Vaucluse lui a refusé un délai de départ volontaire en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, eu égard à tout ce qui a été dit précédemment, M. C... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
8. En cinquième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
9. Il ne ressort d’aucune pièce du dossier que le requérant, qui est célibataire sans charge de famille, entretiendrait des liens effectifs avec des membres de sa famille séjournant en France selon ses déclarations, et notamment avec sa tante, ni qu’il y aurait tissé des liens intenses et stables. Il n’apparaît pas qu’il serait dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine, où résident ses parents ainsi que son frère et ses sœurs. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas, par les seules pièces qu’il produit, d’une intégration sociale ou professionnelle particulière en France. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen, à le supposer invoqué, tiré de ce que le préfet de Vaucluse aurait commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de cette décision d’éloignement sur la situation de M. C... ne peut qu’être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C..., au préfet de Vaucluse et à Me Nicol.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2025.
La magistrate désignée,
A-S. HOENEN
La greffière,
A. NOGUERO
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.