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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2504180

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2504180

mercredi 5 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2504180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCLEMENT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté de licenciement pour faute grave d'une assistante familiale contractuelle du département de la Lozère. Le juge a relevé un moyen d'ordre public tiré de la compétence liée de l'autorité territoriale, estimant que la condamnation pénale de l'agent, entraînant une perte de droits civiques, était incompatible avec le maintien de son contrat en application du décret n° 88-145 du 15 février 1988. En conséquence, aucun des moyens soulevés, y compris les vices de procédure et l'absence de motivation, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, rendant la suspension impossible.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 6 octobre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Clément, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre l’exécution de la décision du 6 août 2025 par lequel le président du conseil départemental de la Lozère l’a licenciée pour faute grave ;

3°) d’enjoindre au président du conseil départemental de la Lozère de la réintégrer en procédant à la reconstitution de sa carrière dans un délai d’un mois à compter de l’ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du département de la Lozère la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est présumée remplie dès lors que l’arrêté attaqué a pour effet de la priver définitivement de la totalité de sa rémunération et est en tout de cause satisfaite au regard du préjudice financier et du préjudice social et moral graves et immédiats qu’il lui cause ;
- la décision attaquée est entachée de plusieurs vices de procédure qui l’ont privée d’une garantie substantielle tirés de l’absence de consultation de la commission consultative paritaire imposée à R. 272-20 du code général de la fonction publique, de ce qu’elle n’a pas été informée de son droit à la consultation de son dossier administratif dans le courrier de convocation à l’entretien préalable qui n’indiquait pas les griefs élevés à son encontre et, enfin, de ce que cet entretien préalable s’est déroulé en son absence alors qu’elle avait prévenu le département de la Lozère de son impossibilité de s’y rendre en raison de son état de santé et de son placement en arrêt maladie et que celui-ci n’a pris aucune disposition pour le reporter ;
- elle est insuffisamment motivée en fait et ne comporte aucune motivation en droit en méconnaissance de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ;
- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2025, le département de la Lozère conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens et les frais liés à l’instance soient mis à la charge de Mme A....

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête en annulation enregistrée sous le n° 2504186.

Vu :

- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique tenue le 23 octobre 2025 à 10 heures en présence de Mme Paquier, greffière d’audience, ont été entendus :


- le rapport de M. Roux, juge des référés ;


- les observations de Me Clément, représentant Mme A..., qui a repris et développé les moyens invoqués dans ses écritures en insistant notamment sur l’insuffisance de la motivation de la décision, l’absence de matérialité de faits et la bonne foi avec laquelle elle n’a pas informé son employeur de sa condamnation dont il lui avait été assuré par l’autorité judiciaire qu’elle n’affecterait pas son droit d’exercer ses fonctions.


Les parties ont été informées lors de l’audience de ce que l’ordonnance à intervenir était susceptible d’être fondée sur un moyen d’ordre public relatif à la situation de compétence liée dans laquelle se serait trouvé le président du conseil départemental de la Lozère, en application de l’article 2 du décret du 15 février 1988, pour procéder au licenciement de Mme A... dès lors que sa condamnation pénale serait incompatible avec le maintien de sa qualité d’agent contractuel de la fonction publique.


Des observations à ce moyen d’ordre public ont été présentées lors de l’audience par Me Clément, pour Mme A..., qui a indiqué que l’incompatibilité éventuelle, liée à la perte de ses droits civiques, avec sa qualité d’agent contractuel était sans incidence sur l’agrément dont elle bénéficiait, qu’elle n’était, en outre, que temporaire et qu’elle avait entamé des démarches visant à obtenir de l’autorité judiciaire la réduction de sa durée


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., agent public du département de la Lozère exerçant les fonctions d’assistant familiale à domicile au bénéfice d’un contrat à durée indéterminée depuis le 12 octobre 2021 et ayant obtenu la délivrance d’un agrément d’assistance familiale le 26 juillet 2021 modifié les 8 février 2022 et 20 juin 2024, a été licenciée pour faute grave par arrêté du président du conseil départemental de la Lozère en date du 6 août 2025. Mme A... demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l’exécution de cet arrêté.

Sur le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Eu égard à l’urgence à statuer sur sa requête, il y a lieu d’admettre Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux :
4. En l’état de l’instruction, les moyens invoqués par Mme A... tirés de ce que la décision attaquée serait entachée de vices de procédure tenant à l’absence de consultation de la commission consultative paritaire, au défaut d’information préalablement reçue, dans le courrier de convocation à l’entretien préalable, quant à son droit de consulter son dossier administratif et aux griefs élevés à son encontre ainsi qu’aux conditions dans lesquelles s’est tenu, en son absence, l’entretien préalable, d’une l’insuffisance de sa motivation, fondée sur des faits matériellement inexacts et disproportionnée, ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander la suspension de l’exécution de la décision du 6 août 2025 par laquelle le président du conseil départemental de la Lozère l’a licenciée pour faute grave. Les conclusions présentées à cette fin doivent, dès lors, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
6. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension présentées par Mme A... n’appelle aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction qu’elle a présentées doivent, dès lors, être également rejetées.

Sur les frais liés à l’instance :

7. Les dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge du département de la Lozère qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de Mme A..., sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme au titre des frais exposés par le département de la Lozère et non compris dans les dépens.




O R D O N N E


Article 1er : Mme A... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au département de la Lozère.

Fait à Nîmes, le 5 novembre 2025.


Le juge des référés,




G. ROUX


La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.



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