Le Tribunal administratif de Nîmes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par M. C... d'une demande de suspension de l'arrêté du 12 août 2025 prononçant sa révocation par le directeur du centre hospitalier de Ponteils. Le juge a considéré que la condition d'urgence était remplie, la décision privant l'agent de toute rémunération et portant une atteinte grave et immédiate à sa situation financière. Il a également estimé qu'il existait un doute sérieux sur la légalité de la décision, en raison d'un vice de procédure affectant la composition du conseil de discipline, lequel ne comptait qu'un seul représentant du personnel après une récusation, en méconnaissance des dispositions du code général de la fonction publique. En conséquence, le tribunal a ordonné la suspension de l'exécution de l'arrêté de révocation et enjoint au centre hospitalier de réexaminer la situation de M. C... dans un délai de deux mois.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 octobre 2025, M. B... C..., représenté par Me Maillot, demande au juge des référés du tribunal, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’arrêté du 12 août 2025 par lequel le directeur du centre hospitalier de Ponteils (Gard) a prononcé sa révocation ;
2°) d’enjoindre au directeur du centre hospitalier de Ponteils de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Ponteils la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’urgence est caractérisée dès lors que la décision de révocation à titre disciplinaire le prive de toute rémunération, portant ainsi une atteinte grave et immédiate sa situation financière ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :
. elle est entachée d’un vice de procédure au regard des dispositions de l’article R. 264-32 du code général de la fonction publique en ce que, après récusation d’un représentant du personnel, le conseil de discipline du 7 août 2025 ne comptait qu’un seul représentant du personnel au lieu de deux ; l’irrégularité de la composition du conseil de discipline l’a privé d’une garantie, la sanction de révocation ayant été prononcée à la majorité de deux voix contre une ;
. elle est entachée de disproportion manifeste en ce qu’il n’a jamais fait l’objet de la moindre sanction disciplinaire bénéficiant de très bonnes évaluations depuis son arrivée dans l’établissement hospitalier et que les faits qui lui sont reprochés sont en lien avec un état de santé se dégradant des suites du harcèlement subi par son supérieur hiérarchique direct.
Par un mémoire en défense enregistrés le 15 octobre 2025, le centre hospitalier de Ponteils, représenté par Me A... conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de M. C... la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- l’urgence n’est pas caractérisée dès lors qu’il n’est pas justifié de l’atteinte portée à la situation financière du requérant et que la réintégration dans les effectifs de M. C... compromettrait le bon fonctionnement du service ;
- il n’existe pas de doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :
. le quorum du conseil de discipline était régulièrement constitué à son ouverture, ce n’est qu’après l’ouverture de la séance qu’un de ses membres a été récusé ;
. la décision de révocation est fondée sur le comportement agressif et violent avéré du requérant, depuis septembre 2022, manifestement incompatible avec l’exercice de ses fonctions d’agent public hospitalier.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête par laquelle M. C... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue le du 16 octobre 2025 à 10 heures 30 en présence de Mme Noguero, greffière d’audience, Mme Chamot a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. C..., représenté par Me Bard, qui persiste dans ses moyens et ses conclusions.
- les observations du centre hospitalier de Ponteils, représenté par M. A..., qui fait valoir que l’urgence n’est pas caractérisée dès lors que le comportement violent et agressif de M. C... cause des troubles au sein de l’établissement, s’opposant à une réintégration au sein des effectifs, de petite taille et au contact des patients.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., recruté par le centre hospitalier de Ponteils le 1er avril 2023 en tant que contractuel, a été titularisé le 11 juillet 2023 en tant qu’agent des services hospitaliers. Par un courrier du 4 juillet 2025, le directeur du centre hospitalier de Ponteils l’a informé de la tenue d’un conseil de discipline le 7 août suivant. Suivant l’avis du conseil de discipline, le directeur du centre hospitalier de Ponteils a prononcé une sanction de révocation à son encontre le 12 août 2025. Par la présente requête, M. C... demande au juge des référés du tribunal de suspendre l’exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'une mesure de suspension de l'exécution d'un acte administratif doit être regardée comme remplie lorsque l'exécution de la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Une mesure prise à l'égard d'un agent public ayant pour effet de le priver de la totalité de sa rémunération doit, en principe, être regardée, dès lors que la durée de cette privation excède un mois, comme portant une atteinte grave et immédiate à la situation de cet agent, de sorte que la condition d'urgence doit être regardée comme remplie, sauf dans le cas où son employeur justifie de circonstances particulières tenant aux ressources de l'agent, aux nécessités du service ou à un autre intérêt public, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce.
4. La mesure de révocation contestée porte une atteinte grave et immédiate à la situation de M. C.... Toutefois, le centre hospitalier de Ponteils justifie, par la production de plusieurs témoignages relatifs à des agressions et menaces verbales sur deux collègues en octobre 2022 et avril 2025, à un comportement dangereux et irrespectueux au volant d’un véhicule de service en janvier 2025, et à des tensions relationnelles en octobre 2024 et mai 2025 avec son supérieur hiérarchique qui a déposé une main courante en gendarmerie le 14 mai 2025, que le comportement impulsif et agressif de M. C..., qui compromet le bon fonctionnement du service, fait obstacle à sa réintégration dans tout emploi au sein du centre hospitalier de Ponteils. Dans les circonstances particulières de l’espèce, compte tenu tant du comportement du requérant que de la nature et de la taille de l’établissement employeur, la condition d’urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut donc être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension et d’injonction présentées par M. C... doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit fait droit aux conclusions présentées par M. C... contre le centre hospitalier de Ponteils qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions que le centre hospitalier de Ponteils présente sur le même fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier de Ponteils au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... C... et au centre hospitalier de Ponteils.
Fait à Nîmes, le 18 octobre 2025.
La juge des référés,
C.CHAMOT
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.