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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2504515

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2504515

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2504515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDENIZHAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A..., ressortissant soudanais, qui contestait l'arrêté du préfet de la Lozère fixant le Soudan comme pays de renvoi pour exécuter une peine d'interdiction judiciaire du territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté régulier. Il a également estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas fondé, le préfet ayant suffisamment examiné les risques allégués en cas de retour au Soudan.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 octobre 2025 et 4 novembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Denizhan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 20 octobre 2025 par lequel le préfet de la Lozère a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné en exécution d’une peine d’interdiction judiciaire du territoire français de trois ans prononcée à son encontre par un jugement du tribunal correctionnel de Mende du 2 septembre 2025 ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- il n’est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile eu égard aux risques encourus en cas de retour au Soudan

Par deux mémoires en défense enregistrés le 5 novembre 2024, le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête de M. A... sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénal ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Sarac-Deleigne, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d’éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,
- les observations de Me Chelly substituant Me Denizhan, représentant M. A... qui reprend les conclusions de la requête, par les mêmes moyens en insistant sur la situation de guerre au Soudan.
- le préfet de la Lozère n’étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant soudanais né le 1er mai 2001, a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Mende du 2 septembre 2025 à une peine complémentaire d’interdiction du territoire national pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 20 octobre 2025, le préfet de la Lozère a fixé le pays de renvoi en exécution de la mesure judiciaire d’interdiction du territoire français prononcée à son encontre. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée pour le préfet de la Lozère par Mme Laure Trotin, secrétaire générale de la préfecture, laquelle disposait, en vertu d’un arrêté préfectoral 27 novembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 80 de la préfecture de la Lozère du même jour, d’une délégation à l’effet de signer notamment la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales applicables à la situation du requérant et indique que le requérant a été condamné le 2 septembre 2025 par le tribunal correctionnel de Mende à une peine d’emprisonnement de 6 mois, assortie d’une interdiction du territoire national pour une durée de trois ans et qu’au regard des condamnations délictuelles prononcées son comportement représente une menace à l’ordre public. Par ailleurs, le préfet fait état de ce que l’intéressé de nationalité soudanaise n’établit pas qu’il serait exposé dans son pays d’origine à des traitements contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et précise qu’il pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.



4. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 641-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal. ». Aux termes de l’article L. 721-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ». Aux termes de l’article L. 721-4 du même code : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ». Aux termes de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ».


5. Il résulte de ces dispositions qu’aussi longtemps que la personne condamnée n’a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de sa peine d’interdiction du territoire, l’autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution en édictant à son encontre une décision motivée fixant son pays de destination, sous réserve qu’une telle décision n’expose pas l’intéressé à être éloigné à destination d’un pays dans lequel sa vie ou sa liberté serait menacée, ou d’un pays où il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

6. M. A... soutient qu’il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Soudan en raison de la guerre civile qui y sévit depuis plusieurs années. Toutefois, s’agissant de sa situation personnelle, l’intéressé n’apporte aucun élément de nature à établir qu’il serait personnellement et directement concerné par des menaces pesant sur sa sécurité ou sa vie en cas de retour dans son pays d’origine, alors au demeurant qu’il ressort de l’arrêté contesté que sa demande d’asile a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des étrangers et apatrides du 9 mai 2025, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 4 septembre 2025. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.


D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Lozère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.



La magistrate désignée



B. SARAC-DELEIGNE
La greffière



E. PAQUIER



La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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