Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Nîmes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de l'association « UN-DRAC » qui demandait la cessation immédiate des travaux de mise aux normes de la zone de sécurité de l'aéroport d'Avignon Provence. Le juge rappelle que la procédure de référé-liberté est subordonnée à une condition d'urgence particulière, nécessitant une intervention dans les 48 heures, et que le requérant doit justifier d'éléments concrets établissant cette urgence. En l'espèce, le tribunal estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, sans examiner le bien-fondé des moyens soulevés (absence d'étude environnementale, violation des articles L. 122-1, L. 414-4, L. 411-1 du code de l'environnement et de la Charte de l'environnement). La solution retenue est donc le rejet de la requête pour défaut d'urgence.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2025, l’association « UN-DRAC » (Union Associative de Défense des Habitants Riverains de l’Aérodrome de Châteaublanc), représentée par son président, M. A... B..., par Me Farid Faryssy, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la cessation immédiate des travaux de mise aux normes européennes de la zone de sécurité d’extrémité de piste de l’aéroport d’Avignon Provence ;
2°) d’enjoindre au préfet de Vaucluse de prendre un arrêté d’interruption immédiate, dans un délai de quarante-huit heures ;
3°) d’enjoindre à la région Provence-Alpes-Côte d’Azur de remettre en état les milieux dégradés ;
4°) de mettre à la charge de l’État et/ou de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
aucune étude d’évaluation environnementale du projet n’a été effectuée, en violation des articles L. 122-1, L. 122-4 et R. 122-2 du code de l’environnement ;
alors qu’il concerne une zone qui se situe en continuité écologique immédiate du site de La Durance, classé en zone de protection spéciale (ZPS), le projet n’a pas été précédé d’une évaluation des incidences Natura 2000, en méconnaissance du I de l’article L. 414-4 du code de l’environnement ;
alors qu’il concerne des espaces situés sur une zone Nb non constructible, le projet n’a obtenu aucune autorisation d’urbanisme ;
le projet n’a pas été précédé de la mise en œuvre d’une procédure de participation du public, en méconnaissance de l’article 7 de la Charte de l’environnement ;
les travaux auraient dû être précédés d’une demande de dérogation à la destruction des espèces protégées et de leurs habitats conformément aux articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l’environnement ;
la condition d’urgence est satisfaite ; les travaux sont en cours d’exécution et occasionnent la destruction de l’habitat naturel ainsi que des zones de reproduction de l’avifaune ; leur ampleur et leur caractère irréversible sont de nature à porter atteinte à l’outarde canepetière, espèce protégée en voie d’extinction, qui vit à proximité immédiate de l’aéroport d’Avignon ; les travaux de terrassement auraient déjà supprimé des zones humides ainsi que des prairies écologiquement fonctionnelles ; au regard de l’immédiateté de l’atteinte à ces intérêts protégés et à la liberté fondamentale que constitue le droit de chacun de vivre dans un environnement sain et équilibré, la condition d’urgence est remplie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte de l’environnement ;
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Peretti, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, propriétaire de l’aéroport d’Avignon Provence, a indiqué le lancement à la mi-octobre de la phase principale des travaux de mise aux normes européennes de l’aire de sécurité d’extrémité de piste, dite zone RESA, dont le contrôle relèverait exclusivement de la Direction de la sécurité de l’aviation civile (DSAC), laquelle a déjà approuvé l’étude de mise en conformité. Par la présente requête, l’association « UN-DRAC » (Union Associative de Défense des Habitants Riverains de l’Aérodrome de Châteaublanc) demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, leur cessation immédiate.
Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ». Enfin aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 dudit code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire. ».
L’usage par le juge des référés des pouvoirs qu’il tient des dispositions de l’article L. 521-2 précité est subordonné à la condition qu’une urgence particulière rende nécessaire l’intervention dans les quarante-huit heures d’une mesure de sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. La seule circonstance qu’une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n’est pas de nature à caractériser l’existence d’une situation d’urgence particulière justifiant l’intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par les dispositions de l’article L. 521-2. Il appartient ainsi au requérant de justifier dans tous les cas de l’urgence, laquelle ne saurait être regardée comme remplie en l’absence d’éléments concrets, propres à chaque espèce, de nature à établir l’urgence des mesures sollicitées dans le cadre de cette procédure particulière de référé qui implique l’intervention du juge dans les plus brefs délais.
Pour établir l’existence de la situation d’urgence particulière exigée par les dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative dont elle se prévaut, l’association requérante soutient que la réalisation des travaux en litige sur la piste de l’aéroport d’Avignon Provence aurait été entreprise sans étude ni autorisation préalable et porterait une atteinte irréversible à un espace naturel et fragile situé près d’une zone protégée et menace, notamment, l’outarde canepetière, espèce protégée, en ce qu’elle occasionnerait la destruction définitive de son habitat naturel. Toutefois, l’association requérante se borne à produire une photographie en noir et blanc, non datée et non authentifiée, faisant apparaître un engin de chantier de marque Caterpillar qui serait stationné près d’une piste de l’aéroport d’Avignon. Elle verse également une attestation de témoin, établie le 12 novembre 2025 et signée par son président, M. A... B..., qui constate que les travaux de réalisation du projet auraient été engagés. Ces pièces ne permettent pas de tenir pour établies les allégations de l’association requérante, notamment s’agissant de la réalité des travaux, leur ampleur, les modalités de leur exécution ou encore leurs conséquences sur l’environnement humain, faunistique, floristique, ou sur les cours d’eau et zones humides situés à proximité de l’emprise de l’aéroport d’Avignon. Les pièces produites n’établissent aucunement les effets négatifs des travaux en litige, qui selon la décision litigieuse, seront strictement limités aux impératifs de sécurité de l’aviation civile. En l’état du dossier produit devant le juge des référés, lesdits travaux consistent « à aménager un espace de dégagement des aéronefs en bout de piste et à déplacer la clôture de sûreté aéronautique » afin de maintenir le service public aéroportuaire dans de bonnes conditions opérationnelles, sur le fondement des articles L. 421-1 à L. 421-5 et R. 421-3 du code de l’urbanisme. S’agissant de l’outarde canepetière, les documents produits tendent plutôt à établir la prise en compte de la protection de cette espèce. Ainsi, la publication « Génie écologique », communiquée par l’association requérante indique « Sur ces terrains ainsi que sur ceux des aéroports d’Avignon et de Vinon-sur-Verdon, un plan de gestion favorable de l’outarde canepetière et à la faune associée sera mis en place ». Dans ces conditions, l’association « UN-DRAC » n’établit pas l’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ou à un droit fondamental de nature à justifier le prononcé d’une mesure de suspension des travaux dans le délai de quarante-huit heures.
Il résulte de ce qui précède, qu’à défaut d’urgence particulière au sens et pour l’application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, les conclusions de l’association « UN-DRAC » à fin de suspension doivent être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l’association « UN-DRAC » est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l’association « UN-DRAC » (Union Associative de Défense des Habitants Riverains de l’Aérodrome de Châteaublanc).
Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse et au président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Fait à Nîmes, le 4 décembre 2025.
Le juge des référés,
P. PERETTI
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.