mardi 19 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102722 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GALINON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 mai 2021 et 13 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Galinon, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 22 avril 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête, dès lors qu'en exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Toulouse du 27 mai 2021, il a rétabli le versement de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du mois de juin 2021 ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Douteaud,
- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 21 juillet 1995, est entrée en France selon ses déclarations le 23 août 2020 et a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 13 octobre 2020. Le même jour, elle a accepté l'offre de prise en charge qui lui a été proposée ainsi que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par courrier du 22 mars 2021, l'OFII l'a informée de son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait. Par décision du 22 avril 2021, le directeur territorial de l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Mme A ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021, ses conclusions tendant à être admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. " En outre, si, dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, et assortir cette suspension d'une injonction, s'il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l'indication des obligations qui en découlent pour l'administration, les mesures qu'il prescrit ainsi doivent, comme l'imposent les dispositions précitées de l'article L. 511-1 du même code, présenter un caractère provisoire. Enfin, lorsque l'administration ne prend une décision faisant droit à la demande d'un administré qu'en vue d'assurer l'exécution de l'ordonnance par laquelle un juge des référés a suspendu l'exécution de la décision de refus initiale et enjoint à l'autorité administrative de procéder à un réexamen de la demande, une telle décision, qui revêt par sa nature même un caractère provisoire, n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions tendant à l'annulation de la décision initiale de refus.
4. L'OFII soutient qu'en rétablissant les conditions matérielles d'accueil au profit de Mme A à compter du mois de juin 2021, il a implicitement mais nécessairement abrogé la décision attaquée. Toutefois, la reprise des versements de l'allocation pour demandeur d'asile constitue une mesure d'exécution de l'ordonnance du 22 mai 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a assorti la suspension de la décision du 22 avril 2021 d'une injonction tendant au rétablissement provisoire des conditions matérielles d'accueil, dans l'attente du jugement de la requête au fond. Aucune décision matérielle retirant la décision attaquée n'est intervenue à la suite de l'ordonnance précitée. La reprise des versements ne saurait ainsi avoir eu pour effet d'en provoquer le retrait de sorte que les conclusions à fin d'annulation de la décision initiale conservent leur objet. Au surplus, si l'OFII fait état d'une régularisation des allocations dont la requérante a été privée à compter de la prise d'effet de la décision de suspension de ses conditions matérielles d'accueil, la somme figurant sur la capture d'écran sur laquelle il s'appuie, outre qu'elle ne correspond pas au montant journalier fixé par le barème défini à l'annexe 7-1 de l'article D. 744-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, n'est pas mentionnée dans le relevé de situation produit par l'OFII, et à jour du mois de mars 2022. Par suite, l'exception de non-lieu opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement (). /Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé () [mentionné] au 1° du présent article () entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article R. 744-7 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Si le demandeur d'asile accepte l'offre d'hébergement, l'OFII l'informe du lieu qu'il doit rejoindre (). / Le demandeur d'asile qui ne s'est pas présenté au gestionnaire de ce lieu dans les cinq jours suivant la décision de l'office est considéré comme ayant refusé l'offre d'hébergement ". L'article L. 744-8 de ce code prévoit : " () La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ".
6. Si, par son arrêt du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat a considéré que ces dispositions étaient incompatibles avec les objectifs de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et que cette incompatibilité faisait obstacle à ce que les autorités administratives compétentes adoptent, sur leur fondement, des décisions individuelles mettant fin aux conditions matérielles d'accueil, il a en revanche jugé que, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, il reste possible à l'OFII, après examen de la situation particulière du demandeur d'asile, par une décision motivée et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions, notamment lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé.
7. Il ressort des pièces du dossier que le 22 février 2021, Mme A a accepté l'offre d'hébergement proposé par l'OFII. Elle n'a toutefois pas pu rejoindre le lieu indiqué dans le délai de cinq jours fixé à l'article R. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de problèmes de santé importants rencontrés à cette période, ayant nécessité une hospitalisation du 17 au 18 mars 2021. Si la requérante n'établit pas avoir informé l'OFII du motif la plaçant dans l'impossibilité de se présenter au lieu d'hébergement vers lequel il l'avait orientée avant l'intervention du courrier du 22 mars 2021 l'informant de l'intention de l'office de suspendre ses conditions matérielles d'accueil, il ressort des pièces du dossier qu'elle a apporté les explications à l'origine de cette absence, auxquelles était joint son bulletin d'hospitalisation, dans ses observations en réponse à cette lettre. L'entretien de vulnérabilité organisé le 8 avril 2021, dans la perspective de la suspension de ses conditions matérielles d'accueil, a en outre permis d'étayer les éléments fournis au cours de la phase de recueil des observations susmentionnée comme en attestent les mentions manuscrites figurant sur la fiche d'évaluation dressée à l'issue de cet entretien : " n'a pas intégré le logement car a eu des problèmes de santé le jour où elle devait intégrer le logement. Est allée consulter le jour même. Avait de grosses douleurs ". De plus, l'avis du médecin de l'OFII du 22 avril 2021 relate de " sérieux problèmes au mois de mars avec hospitalisation ". Dans ces conditions, l'OFII ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, regarder le défaut de présentation de Mme A au lieu d'hébergement qui lui avait été indiqué, dans le délai de cinq jours, comme un refus de l'offre d'hébergement.
8. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés que Mme A est fondée, pour ce motif, à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Galinon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Galinon de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à ce qu'elle soit admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 22 avril 2021 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme A est annulée.
Article 3 : L'OFII versera à Me Galinon la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Galinon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Galinon et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.
La rapporteure,
S. DOUTEAUD
La présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026