jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103323 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | COHEN-DRAI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juin 2021, M. B C, représenté par Me Cohen-Drai, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- sa femme a formulé une demande de regroupement familial sur place dont l'instruction est toujours en cours ;
- il porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 6, 5°) de l'accord franco-algérien de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
Par ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 novembre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant algérien né le 31 décembre 1985, M. C est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, à la fin de l'année 2016. Ensuite de son interpellation par les services de police alors qu'il était en situation de travail, le préfet de la Haute-Garonne, par un arrêté du 2 juin 2021, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté du 10 mai 2021 publié le même jour au recueil administratif spécial n° 31-2021-05-10-00001, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme F D, directrice des migrations et de l'intégration, délégation pour signer les décisions et arrêtés entrant dans le champ de compétence de sa direction, notamment les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, M. C fait valoir que le préfet ne pouvait prendre à son encontre une décision lui faisant obligation de quitter le territoire dès lors que sa femme a déposé une demande de regroupement familial sur place. A ce titre, le requérant produit une lettre adressée par son avocat à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, l'étranger qui a simplement adressé un courrier de demande de regroupement familial à l'OFII, sans établir avoir joint l'ensemble des pièces requises, ni avoir obtenu le récépissé prévu à l'article R. 428-1 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne justifie pas avoir déposé une demande de regroupement familial. Le préfet de la Haute-Garonne soutient en défense que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a aucun dossier en cours d'instruction concernant M. C et produit à l'appui de ses dires un échange de mails aux termes duquel l'Office français de l'immigration et de l'intégration confirme n'avoir aucun dossier en cours d'instruction le concernant. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
5. M. C, entré irrégulièrement en France selon ses déclarations en fin d'année 2016, fait valoir qu'il a épousé le 6 février 2021 une ressortissante algérienne, entrée sur le territoire français à l'âge de six ans, titulaire d'un certificat de résidence, et que deux enfants sont nés de cette union le 28 février 2020 et le 23 février 2021. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, la durée du séjour en France de l'intéressé était inférieure à cinq ans, à la supposer établie depuis le mois de novembre 2016, qu'il s'était maintenu en situation irrégulière pendant toute la durée de ce séjour, et que son mariage ne remontait qu'à un peu plus de trois mois, ce mariage lui ouvrant au demeurant droit à la procédure de regroupement familial. Il n'est pas dépourvu de toute attache privée et familiale dans son pays d'origine, où demeurent ses parents et l'ensemble de sa fratrie, et où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Il n'est par ailleurs pas justifié, ni même sérieusement soutenu, que la famille ne pourrait s'établir en Algérie. Dans ces conditions, et en l'absence d'éléments concernant l'intégration de M. C dans la société française, l'arrêté en litige n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés, ni méconnu le 5°) de l'article de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Le préfet de la Haute-Garonne n'a pas davantage entaché son refus de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Si M. C soutient que l'arrêté en litige entraînerait une séparation de ses enfants de l'un de ses deux parents, il ne ressort pas des pièces du dossier, quand bien même son épouse est titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Algérie. Par ailleurs, M. C ne fait état d'aucun élément rendant impossible un retour de courte durée dans son pays d'origine le temps de l'examen d'une demande de regroupement familial à laquelle il est éligible. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait méconnu les stipulations précitées doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 2 juin 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Isabelle Carthé Mazères, présidente,
Mme F E, magistrate honoraire,
Mme Camille Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
La rapporteure,
C. PEAN
La présidente,
I. CARTHÉ MAZÈRES
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme :
la greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026