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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105020

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105020

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCHAMBARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 août 2021, 28 février, 22 avril, 17 et 21 décembre 2022, Mme A C, représentée par Me Chambaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a prononcé le retrait de sa carte de résident ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure au regard des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, le délai de quinze jours accordé par le préfet afin qu'elle présente ses observations étant insuffisant ;

- elle est entachée d'un autre vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été donné suite à la demande de communication du dossier qu'elle a formée le 16 février 2021 ;

- elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations dès lors que le préfet, dans son courrier du 2 février 2021, n'a pas suffisamment indiqué les motifs sur lesquels il entendait fonder le retrait de sa carte de résident ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri ;

- et les observations de Me Chamberet, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tunisienne née le 20 avril 1990, est entrée sur le territoire français le 5 octobre 2011. Une carte de résident valable du 4 novembre 2014 au 3 novembre 2024 lui a été délivrée le 26 janvier 2015 à la suite de son mariage avec M. B D, ressortissant français. Leur divorce a été prononcé le 31 août 2016. Par un courrier du 2 février 2021, le préfet de la Haute-Garonne a informé Mme C qu'une mesure de retrait de sa carte de résident était susceptible d'être édictée. Par un courrier du 17 février 2021, l'intéressée a présenté ses observations. Elle a aussi sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", son admission exceptionnelle au séjour en raison de motifs exceptionnels et, de façon subsidiaire, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salariée ". Par un arrêté du 29 juillet 2021, dont Mme C demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé le retrait de sa carte de résident.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. ".

3. Selon l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Selon l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale a informé la requérante, par un courrier du 2 février 2021, de son intention de procéder au retrait de sa carte de résident et de ce qu'elle disposait d'un délai de quinze jours pour produire ses observations, ce que l'intéressée a fait par un courrier du 17 février suivant. Outre la circonstance que ce délai doit être considéré comme suffisant pour présenter des observations écrites préalables à l'édiction de la décision attaquée, Mme C n'établit ni même n'allègue qu'elle était en mesure de faire valoir, avant le terme de ce délai de quinze jours, des observations supplémentaires susceptibles d'exercer une influence sur ladite décision. Cette première branche du moyen tiré du vice de procédure doit par suite être écartée.

5. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que le préfet de la Haute-Garonne était tenu de faire droit à la demande formée par Mme C dans son courrier du 16 février 2021 tendant à la communication de son dossier, en particulier des dispositions citées au point 3 relative à la procédure contradictoire préalable à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, cette deuxième branche du moyen tiré du vice de procédure doit être écartée comme inopérante, étant précisé par ailleurs que le préfet de la Haute-Garonne expose dans son courrier du 2 février 2021 les motifs l'ayant conduit à envisager de prononcer le retrait de la carte de résident de Mme C.

6. En troisième lieu, Mme C se prévaut de ce qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations dès lors que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas suffisamment indiqué les motifs sur lesquels il entendait se fonder dans son courrier du 2 février 2021. Plus précisément, elle soutient que si le courrier du 2 février 2021 expose un motif tiré de la fraude liée à la rupture de la communauté de vie, le préfet de la Haute-Garonne s'est également fondé sur la fraude à l'intention matrimoniale dans la décision attaquée. Il ressort des pièces du dossier que dans son courrier préalable à la décision en litige, le préfet de la Haute-Garonne a indiqué son intention " de procéder au retrait pour fraude du titre de séjour " dont la requérante bénéficie. Il mentionne en particulier que l'intéressée a épousé M. D le 14 octobre 2010, qu'une carte de résident valable du 4 novembre 2014 au 3 novembre 2024 lui a été délivrée le 26 janvier 2015 et que M. D a déposé une requête en divorce le 4 février suivant. Il résulte en outre des termes de la décision attaquée que " la chronologie des événements démontre la fraude (dissimulation de rupture de communauté de vie) et fraude à l'intention matrimoniale ". Si le préfet de la Haute-Garonne n'avait pas précisé ces deux motifs de fraude dans son courrier du 2 février 2021, il n'en demeure pas moins que la requérante a été mise à même de produire des observations quant à la situation de fraude alléguée par le préfet au vu de la chronologie des événements rappelés dans ledit courrier. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle a été privée d'une garantie. Par suite, la troisième branche du moyen tiré du vice de procédure doit être écartée.

7. En dernier lieu, il est constant que Mme C a épousé M. D le 14 octobre 2010 et qu'elle a bénéficié, le 26 janvier 2015, d'une carte de résident valable du 4 novembre 2014 au 3 novembre 2024 en sa qualité de conjointe d'un ressortissant français. Toutefois, il ressort des termes de la décision attaquée que Mme C avait quitté le domicile conjugal au mois d'octobre 2014. Si l'intéressée conteste ce fait et se prévaut de ce que sa vie commune avec M. D a continué après cette date, elle ne produit aucune pièce de nature à démontrer leur communauté de vie. Si elle indique en outre que leur rupture résulte de " violences conjugales ", elle n'apporte aucune précision relative à cette allégation. Il ressort enfin des pièces du dossier qu'une requête en divorce a été déposée quelques jours après la délivrance à Mme C d'une carte de résident valable dix ans. Au vu de toutes ces circonstances, le préfet de la Haute-Garonne doit être regardé comme apportant la preuve de la fraude commise par Mme C, étant précisé par ailleurs que l'intéressée n'a pas signalé le changement intervenu dans sa situation personnelle auprès des services préfectoraux avant l'année 2020. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit par suite être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTO

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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