vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105435 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistré le 17 septembre 2021 et le 3 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Laclau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 18 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Bessières a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie déclarée le 8 septembre 2016 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bessières la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision en litige est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine préalable de la commission de réforme ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa maladie présente un lien direct avec l'accident de service qu'elle a subi le 4 janvier 2016.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, la commune de Bessières, représentée par Me Eyrignoux, conclut au rejet de la requête de Mme A et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à sa charge sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'aucune décision implicite de rejet de la demande de Mme A n'est née le 18 juillet 2021, les dispositions des articles 37-4 et 37-5 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux prévoyant un délai d'instruction de cinq mois en cas d'expertise médicale de l'agent par un médecin agréé ;
- en tout état de cause, les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2023.
Un mémoire présenté par la commune de Bessières a été enregistré le 18 juillet 2023 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le décret n°2019-301 du 10 avril 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,
- les conclusions de Mme Rousseau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pawlotsky substituant Me Eyrignoux, représentant la commune de Bessières.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, adjointe technique, exerce les fonctions d'agent d'entretien au sein de la commune de Bessières. Le 4 janvier 2016, elle a été victime d'un accident sur son lieu de travail, lequel a été reconnu imputable au service par un arrêté du 5 janvier 2016. Elle a été placée en congé de longue maladie du 23 août 2016 au 22 août 2017, puis en congé de longue durée à compter du 23 août 2017. Le 18 mai 2021, elle a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome anxiodépressif dont elle souffre.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bessières :
2. D'une part, aux termes de l'article 37-4 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " L'autorité territoriale qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : / 1° Faire procéder à une expertise médicale du demandeur par un médecin agréé lorsque des circonstances particulières paraissent de nature à détacher l'accident du service ou lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie à l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique ; / 2° Diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à la survenance de l'accident ou l'apparition de la maladie ". Aux termes de l'article 37-5 de ce décret : " Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie, l'autorité territoriale dispose d'un délai : / () / 2° En cas de maladie, de deux mois à compter de la date de réception de la déclaration prévue à l'article 37-2 et, le cas échéant, des résultats des examens complémentaires prescrits par les tableaux de maladies professionnelles. / Un délai supplémentaire de trois mois s'ajoute aux délais mentionnés au 1° et au 2° en cas d'enquête administrative diligentée à la suite d'une déclaration d'accident de trajet ou de la déclaration d'une maladie mentionnée au dernier alinéa de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique, d'examen par le médecin agréé ou de saisine du conseil médical compétent. Lorsqu'il y a nécessité d'examen ou d'enquête complémentaire, l'employeur doit en informer l'agent ou ses ayants droit. / Au terme de ces délais, lorsque l'instruction par l'autorité territoriale n'est pas terminée, l'agent est placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la durée d'incapacité de travail indiquée sur le certificat médical prévu au 2° de l'article 37-2 ou au dernier alinéa de l'article 37-9. Cette décision, notifiée au fonctionnaire, précise qu'elle peut être retirée dans les conditions prévues à l'article 37-9 ". L'article 15 du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale dispose : " () / Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 37-2 à 37-7 du décret du 30 juillet 1987 précité ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret. / () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un requérant, après avoir présenté une demande à l'administration, saisit le juge administratif avant que celle-ci ne se soit prononcée sur cette demande, ses conclusions, dirigées contre une décision qui n'est pas encore née, sont irrecevables. Cette irrecevabilité peut toutefois être couverte, en cours d'instance, par l'intervention d'une décision expresse ou implicite.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé une demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie dont elle souffre le 18 mai 2021, soit postérieurement à l'entrée en vigueur des dispositions précitées des articles 37-4 et 37-5 du décret du 30 juillet 1987, dans sa rédaction issue du décret du 10 avril 2019. Les délais d'instruction des demandes de reconnaissance d'imputabilité au service prévus par ces dispositions lui étaient donc applicables. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Bessières a saisi un organisme de contrôle médical le 7 juin 2021 afin de faire procéder à une expertise médicale de la requérante par un médecin agréé. Dans ces conditions, et nonobstant la circonstance que cette demande ait été classée sans suite par l'organisme de contrôle le 20 juillet 2021 en raison de l'absence de transmission des documents demandés par Mme A, le délai d'instruction de sa demande était de cinq mois en application des articles 37-4 et 37-5 du décret du 30 juillet 1987 et courait ainsi jusqu'au 18 octobre 2021. Par suite, à la date d'introduction de la requête de Mme A, le 17 septembre 2021, le maire de la commune de Bessières ne s'était pas encore prononcé sur sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa maladie. Toutefois, il résulte de ce qui précède qu'une décision implicite de rejet de sa demande est née le 18 octobre 2021, de telle sorte que cette irrégularité a été couverte en cours d'instance. La requête de Mme A doit donc être regardée comme dirigée contre la décision implicite de rejet de sa demande prise par le maire de la commune de Bessières le 18 octobre 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par cette commune doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. L'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dispose, dans sa rédaction applicable au litige, que : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° À des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. () / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est apprécié par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".
6. Si la commune de Bessières fait valoir que la commission de réforme a été saisie de la situation de Mme A et a rendu un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie le 21 avril 2022, il est constant qu'à la date à laquelle est née la décision implicite de rejet de la demande de la requérante, elle n'avait pas saisi cette commission de réforme, qui ne s'était donc pas prononcée sur la question de l'imputation de l'état de santé de l'intéressée au service. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la maladie de la requérante n'était manifestement pas imputable au service, alors notamment qu'à la date de la décision attaquée, elle n'avait fait l'objet d'aucune expertise médicale. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que l'absence de saisine de la commission de réforme a entaché la décision attaquée d'un vice de procédure, qui l'a privée d'une garantie.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 18 octobre 2021 par laquelle le maire de la commune de Bessières a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bessières la somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Bessières au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du 18 octobre 2021 du maire de la commune de Bessières est annulée.
Article 2 : La commune de Bessières versera à Mme A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Bessières.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
Mme Lequeux, conseillère,
Mme Lucas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
E. LUCAS
Le président,
P. GRIMAUD
La greffière,
M.-E. LATIF
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026