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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105900

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105900

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMARC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 octobre 2021 et le 6 avril 2023, M. A B, représenté par Me Marc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a approuvé le plan de prévention des risques d'inondation (PPRi) du bassin versant du Touch aval en tant qu'il classe en zone rouge hachurée de ce plan les parcelles cadastrées sous les numéros B 295 et B 2141 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de modifier le zonage de ce PPRi dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 300 euros en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure dès lors que les études menées dans le cadre de l'élaboration du plan de prévention des risques d'inondation reposent sur des faits matériellement inexacts, l'approche hydro-géomorphologique qu'elles retiennent ne permettant pas d'appréhender l'impact sur les crues des remaniements des terrains ;

- le classement des parcelles cadastrées sous les numéros B 295 et B 2141 en zone inondable est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne prend pas en compte la présence du canal de Saint-Martory et son effet d'écrêtement des crues.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la commune de Labastidette, qui n'a pas produit d'observations dans la présente instance.

Par une ordonnance du 12 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 27 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,

- les conclusions de Mme Rousseau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chiboust, substituant Me Marc, représentant M. B.

Une note en délibéré a été présentée pour M. B et enregistrée le 24 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 juillet 2017, le préfet de la Haute-Garonne a prescrit l'élaboration du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant du Touch aval et de ses affluents, applicable sur le territoire d'onze communes, dont celle de Labastidette. Par un arrêté du 5 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne a approuvé ce plan de prévention des risques d'inondation. Les parcelles cadastrées sous les numéros B 295 et B 2141, situées 57 chemin de Lencontrade à Labastidette et dont M. B est propriétaire, ont été classées en zone rouge hachurée de ce plan, laquelle correspond aux zones non urbanisées, à urbanisation éparse ou faiblement urbanisées, exposées à des aléas d'inondation moyens ou faibles et qu'il convient de préserver car leur suppression ou leur urbanisation reviendrait, par effet cumulatif, à aggraver les risques à l'amont ou à l'aval, notamment dans les zones déjà fortement exposées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I. - L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II. - Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; / () ". Aux termes de l'article R. 562-3 de ce code : " Le dossier de projet de plan comprend : / () / 2° Un ou plusieurs documents graphiques délimitant les zones mentionnées aux 1° et 2° du II de l'article L. 562-1 ; / () ".

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les données relatives à l'inondabilité des terrains sur lesquelles se fonde le plan de prévention des risques d'inondation en litige sont issues d'une approche hydro-géomorphologique, qui consiste à déterminer des enveloppes inondables délimitées par des marqueurs topographiques ou géologiques et s'appuie sur des données de terrain et de nature des sols ainsi que sur l'historique connu des emprises de crues passées. Il ressort de l'expertise du Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) sollicitée par le préfet de la Haute-Garonne qu'une telle approche, si elle ne permet pas, contrairement à l'approche hydraulique, de prendre en compte l'impact sur les crues des aménagements et remaniements de terrains récents, est particulièrement adaptée dans les départements de l'ancienne région Midi-Pyrénées et apparaît " pleinement cohérent[e] " dans le cadre de l'élaboration du plan de prévention des risques d'inondation du Touch aval. En outre, les deux études complémentaires diligentées par M. B, et notamment la modélisation hydraulique réalisée par le bureau d'études AGERIN, concluent, comme les études fondées sur une approche hydro-géomorphologique, à l'inondabilité de la parcelle cadastrée sous le numéro B 295 en cas de crue centennale du ruisseau du Riou Tort et en l'absence de prise en compte des effets de la présence du canal de Saint-Martory. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le choix d'une approche hydro-géomorphologique plutôt que d'une approche hydraulique pour apprécier l'inondabilité des parcelles voisines du Touch et de ses affluents serait inapproprié. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure entachant l'élaboration du plan de prévention des risques d'inondation en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 562-12 du code de l'environnement : " I.- Les règles fixées par la présente section sont applicables à la mise en conformité des ouvrages construits ou aménagés en vue de prévenir les inondations ainsi qu'à la réalisation de tels ouvrages, à l'exception des ouvrages de correction torrentielle. / Elles ont pour objectif d'assurer l'efficacité, la sûreté et la sécurité de ces ouvrages, sans préjudice des autres règles imposées auxdits ouvrages, en particulier les règles prévues par le chapitre IV du titre Ier du livre II pour la sécurité et la sûreté des ouvrages hydrauliques et celles du livre V du code de l'énergie pour les ouvrages concédés. / II.- Les règles visées au I sont mises en œuvre par la commune mentionnée au V de l'article L. 5210-1-1 du code général des collectivités territoriales ou l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre qui disposent de la compétence en matière de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations, ainsi que par un établissement public mentionné à l'article L. 213-12 dans les cas où cette compétence lui est déléguée. / () ". Selon l'article R. 562-13 de ce code : " La protection d'une zone exposée au risque d'inondation ou de submersion marine au moyen de digues est réalisée par un système d'endiguement. / Le système d'endiguement est défini par l'autorité désignée au II de l'article R. 562-12 eu égard au niveau de protection, au sens de l'article R. 214-119-1, qu'elle détermine, dans l'objectif d'assurer la sécurité des personnes et des biens. / Ce système comprend une ou plusieurs digues ainsi que tout ouvrage nécessaire à son efficacité et à son bon fonctionnement, notamment : - des ouvrages, autres que des barrages, qui, eu égard à leur localisation et à leurs caractéristiques, complètent la prévention ; / - des dispositifs de régulation des écoulements hydrauliques tels que vannes et stations de pompage. / Ne sont toutefois pas inclus dans le système d'endiguement les éléments naturels situés entre des tronçons de digues ou à l'extrémité d'une digue ou d'un ouvrage composant le système et qui en forment l'appui ". Aux termes de l'article R. 562-18 de ce code : " La diminution de l'exposition d'un territoire au risque d'inondation ou de submersion marine avec un aménagement hydraulique est réalisée par l'ensemble des ouvrages qui permettent soit de stocker provisoirement des écoulements provenant d'un bassin, sous-bassin ou groupement de sous-bassins hydrographiques, soit le ressuyage de venues d'eau en provenance de la mer, si un des ouvrages relève des critères de classement prévus par l'article R. 214-112 ou si le volume global maximal pouvant être stocké est supérieur ou égal à 50 000 mètres cubes. / () / Cet ensemble d'ouvrages est défini par l'autorité désignée au II de l'article R. 562-12 eu égard au niveau de protection, au sens de l'article R. 214-119-1, qu'elle détermine, dans l'objectif d'assurer la sécurité des personnes et des biens ".

5. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 562-1 et R. 562-3 du code de l'environnement que le classement de terrains par un plan de prévention des risques d'inondation en application du 1° du II de l'article L. 562-1 a pour objet de déterminer, en fonction de la nature et de l'intensité du risque auquel ces terrains sont exposés, les interdictions et prescriptions nécessaires, à titre préventif, notamment pour ne pas aggraver le risque pour les vies humaines. La nature et l'intensité du risque doivent être appréciés de manière concrète au regard notamment de la réalité et de l'effectivité des ouvrages de protection ainsi que des niveaux altimétriques des terrains en cause à la date à laquelle le plan est établi. Lorsque les terrains sont situés derrière un ouvrage de protection, il appartient à l'autorité compétente de prendre en compte non seulement la protection qu'un tel ouvrage est susceptible d'apporter, eu égard notamment à ses caractéristiques et aux garanties données quant à son entretien, mais aussi le risque spécifique que la présence même de l'ouvrage est susceptible de créer, en cas de sinistre d'une ampleur supérieure à celle pour laquelle il a été dimensionné ou en cas de rupture, dans la mesure où la survenance de tels accidents n'est pas dénuée de toute probabilité.

6. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées sous les numéros B 2141 et B 295 dont est propriétaire le requérant sont situées en bordure d'un affluent du Touch, le ruisseau du Riou-Tort, en aval immédiat du canal de Saint-Martory. Ce canal, qui surplombe le ruisseau du Riou-Tort, est positionné sur un remblai d'une largeur de quinze mètres avec une assise en béton, et permet le passage de l'eau du ruisseau moyennant un système de busage. S'il ressort des pièces du dossier, et notamment des études diligentées par le requérant et de l'expertise du CEREMA, que la présence de cet ouvrage a un effet d'écrêtement de crue du fait de la hauteur du remblai et du système de busage mis en place, qui présente un faible débit admissible, le canal de Saint-Martory, conçu pour l'irrigation des parcelles agricoles, ne constitue pas un ouvrage de protection au sens des dispositions précitées des articles R. 562-12 et suivants du code de l'environnement. Il est en effet constant que cet ouvrage n'a fait l'objet, à la date d'approbation du plan de prévention des risques d'inondations du Touch Aval, d'aucun classement en tant qu'ouvrage construit ou aménagé en vue de prévenir les inondations par l'autorité compétente en matière de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations, classement qui aurait été de nature à assurer son efficacité, sa sûreté et sa sécurité. Dans ces conditions, le canal de Saint-Martory devait être considéré comme transparent hydrauliquement et sa présence ne pouvait donc être prise en compte pour déterminer le zonage des parcelles de M. B. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier et notamment de l'ensemble des études diligentées sur ce point que ces parcelles sont soumises à un aléa faible d'inondation dans l'hypothèse d'une crue du Riou-Tort, le requérant n'est pas fondé à soutenir que leur classement en zone rouge hachurée RHi du plan de prévention des risques d'inondation en litige, qui correspond à un aléa d'inondation moyen ou faible en zone d'urbanisation éparse ou faible, serait entaché d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

7. En troisième lieu, M. B soutient que le préfet de la Haute-Garonne aurait dû prendre en compte les recommandations émises par le commissaire-enquêteur dans son avis sur le projet de plan de prévention des risques d'inondation du Touch aval. Il ressort des pièces du dossier que le commissaire-enquêteur a rendu un avis favorable sans réserve sur ce projet, avis qu'il a assorti de plusieurs recommandations, dont celle de reclasser les parcelles du requérant en zone bleue inondation (Bi) du plan de prévention des risques d'inondation du Touch aval. Toutefois, la seule circonstance que le préfet de la Haute-Garonne n'ait pas suivi cette recommandation, qui ne le liait pas, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2021 portant approbation du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant du Touch aval. Sa requête doit donc être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dépens et des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M.-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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