lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106088 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | PETER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 octobre 2021 et 26 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Peter, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre communal d'action sociale (CCAS) de Réalmont à lui verser la somme totale de 42 530,45 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts de droit à compter du 6 juillet 2021 ;
2°) de prononcer la suppression de passages diffamatoires figurant à la page 4 du mémoire en défense du CCAS de Réalmont et de le condamner à lui verser la somme de 1 000 euros à titre de dommages et intérêts sur le fondement de l'article L. 741-2 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge du CCAS de Réalmont la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le courrier du 4 mai 2021 constitue une décision de licenciement dès lors qu'il est intervenu avant le terme d'un engagement théoriquement prévu le 30 juin 2021 par l'effet de la tacite reconduction de ses contrats de travail ;
- elle a été privée de son indemnité de licenciement ;
- la cessation rétroactive de ses fonctions lui a causé une perte de revenus correspondant à la part de son traitement indiciaire complémentaire aux indemnités journalières pour la période d'arrêt de travail du 20 février 2021 au 30 juin 2021 ;
- la cessation de ses fonctions ne repose sur aucun motif ;
- elle n'a fait l'objet d'aucune notification préalable ni ne respecte aucun délai de préavis ou de prévenance et elle est intervenue à la suite d'un entretien au cours duquel il lui avait été annoncé une reprise du travail pouvant s'analyser comme une reconduction de son contrat de travail pour une durée indéterminée ;
- son licenciement est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il avait pour seul but de la priver de l'opportunité de conclure un contrat à durée indéterminée auquel elle pouvait légitimement prétendre à compter du 1er mai 2021 au terme de ses six années d'ancienneté ;
- le recours du CCAS de Réalmont aux contrats à durée déterminée est abusif ;
- elle a droit à une indemnité de licenciement d'un montant de 4 800 euros ;
- elle a droit au versement du traitement indiciaire complémentaire aux indemnités journalières pour la période d'arrêt de travail allant du 20 février 2021 au 30 juin 2021, pour un montant de 3 530,45 euros ;
- elle a subi un préjudice moral du fait de la cessation de ses fonctions intervenue de manière injustifiée et abrupte, sans motivation, ni préavis ou délai de prévenance et en dépit d'une promesse de reconduction de son contrat, qu'elle évalue à 5 000 euros ;
- elle a subi un préjudice moral du fait du non-renouvellement fautif de son contrat, qu'elle évalue à 19 200 euros, correspondant à une année de rémunération ;
- elle a subi un préjudice moral du fait du recours abusif à des contrats à durée déterminée, qu'elle évalue à 10 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 23 juin 2022, 28 novembre 2022 et 25 avril 2024, le CCAS de Réalmont, représenté par Me Candelier, conclut au rejet de la requête, à ce que Mme B soit condamnée à lui verser la somme de 602,88 euros versée indument à titre de salaire pour le mois de février 2021, et à ce que soit mise à sa charge la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- Mme B n'a fait l'objet d'aucune mesure de licenciement, et ne saurait donc prétendre au versement d'une indemnité de licenciement ni à la part de son traitement indiciaire complémentaire aux indemnités journalières pour la période du 20 février au 30 juin 2021 ;
- elle est à l'origine de la rupture de la relation contractuelle en ne souhaitant pas renouveler son contrat après le 3 janvier 2021, date de la cessation effective de ses fonctions ; à titre subsidiaire, cette date pourra être fixée au 28 février 2021 ;
- elle ne s'est pas déplacée le 19 février 2021 pour signer le nouveau contrat de travail qui lui était proposé à compter du 1er mars suivant et ne s'est manifestée auprès de l'administration que plusieurs semaines plus tard ;
- elle a indument perçu une rémunération du 19 au 28 février 2021, dont le CCAS est fondé à solliciter la répétition pour un montant de 602,88 euros ;
- aucun délai de prévenance n'était requis pour le non-renouvellement du contrat de travail de Mme B, dès lors qu'elle est seule à l'origine de cette décision ;
- elle ne justifie pas des préjudices qu'elle invoque ;
- la requérante ayant été recrutée en application de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984, elle ne saurait se prévaloir des dispositions de l'article 3-3 de cette même loi pour soutenir qu'elle était éligible à la conclusion d'un contrat à durée indéterminée ; en tout état de cause, elle n'a pas atteint la durée de six années de contrats renouvelés ;
- elle ne démontre pas l'existence d'un recours abusif aux contrats à durée déterminée, et ne justifie pas de son préjudice ;
- les conclusions présentées par Mme B sur le fondement de L. 741-2 du code de justice administrative ne sont pas fondées et sont en tout état de cause frappées de prescription.
Par une ordonnance du 14 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mai 2024.
Par un courrier du 20 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article
R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par le CCAS de Réalmont tendant à la condamnation de Mme B à lui verser la somme de 602,88 euros qu'elle aurait indûment perçue à titre de rémunération pour le mois de février 2021, dès lors que le CCAS a le pouvoir d'émettre un titre de perception en vue de recouvrer directement cette créance (CE, 30 mai 1913, Préfet de l'Eure).
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 1999/70/CE du Conseil de l'Union européenne du 28 juin 1999 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frindel,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- et les observations de Me Peter, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée par le centre communal d'action sociale (CCAS) de Réalmont (Tarn) au sein de l'EHPAD " René Lencou ", en qualité d'adjointe technique pour exercer des fonctions d'aide aux personnes âgées, par contrats à durée déterminée successifs d'une durée d'un à quatre mois, à compter du 1er mai 2015. Par un courrier du 4 mai 2021, le CCAS lui a indiqué que son contrat au sein de la structure était arrivé à échéance le 3 janvier 2021 et lui a adressé ses documents de fin de contrat. Mme B a formé auprès du CCAS de Réalmont une demande indemnitaire préalable reçue le 6 juillet 2021, qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal la condamnation du CCAS de Réalmont à lui verser la somme totale de 42 530,45 euros en réparation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le licenciement :
S'agissant de la nature et du terme de la relation contractuelle entre Mme B et le CCAS de Réalmont :
2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; / 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs () ". Selon l'article 3-1 de cette loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un détachement de courte durée, d'une disponibilité de courte durée prononcée d'office, de droit ou sur demande pour raisons familiales, d'un détachement pour l'accomplissement d'un stage ou d'une période de scolarité préalable à la titularisation dans un corps ou un cadre d'emplois de fonctionnaires ou pour suivre un cycle de préparation à un concours donnant accès à un corps ou un cadre d'emplois, d'un congé régulièrement octroyé en application du I de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée, des articles 57, 60 sexies et 75 de la présente loi ou de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale. / Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer. Ils peuvent prendre effet avant le départ de cet agent ".
3. Il résulte de ces dispositions que les contrats passés par les collectivités et établissements publics territoriaux en vue de recruter des agents non titulaires doivent, sauf disposition législative spéciale contraire, être conclus pour une durée déterminée et ne peuvent être renouvelés que par reconduction expresse. Le maintien en fonctions de l'agent en cause à l'issue de son contrat initial, s'il traduit la commune intention des parties de poursuivre leur collaboration, a seulement pour effet de donner naissance à un nouveau contrat, conclu lui aussi pour une période déterminée et dont la durée est celle assignée au contrat initial. Ainsi, sauf circonstance particulière, la décision par laquelle l'autorité administrative compétente met fin aux relations contractuelles doit être regardée comme un refus de renouvellement de contrat si elle intervient à l'échéance du nouveau contrat et comme un licenciement si elle intervient au cours de ce nouveau contrat.
4. Il résulte de l'instruction que le dernier contrat écrit de Mme B, signé par les parties, a été établi pour la période du 1er septembre 2020 au 31 octobre 2020. Il est constant que la requérante a continué à exercer ses fonctions du 1er novembre au 31 décembre 2021, alors même qu'elle n'a pas signé le contrat d'engagement à durée déterminée afférent. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la requérante était en fonction du 1er au 3 janvier 2021 puis en congés du 4 au 23 janvier 2021, et qu'elle a été rémunérée jusqu'au mois de février 2021, ainsi qu'en attestent ses bulletins de paie. Compte tenu de ce qui précède, le contrat d'engagement à durée déterminée de Mme B doit être regardé comme ayant été reconduit tacitement par son maintien en fonction, et ce dans les mêmes conditions que le précédent contrat, à savoir pour une durée de deux mois, soit du 1er janvier au 28 février 2021. Si d'une part, le CCAS fait valoir que les fonctions de Mme B ont cessé le 3 janvier 2021 conformément à la demande qu'elle a formulée de ne pas voir son contrat renouvelé après cette date, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait présenté au CCAS une demande écrite marquant sa volonté non équivoque de mettre un terme à son engagement. D'autre part, le CCAS ne peut soutenir que les fonctions de Mme B ont cessé le 3 janvier 2021 en se prévalant des termes d'un contrat d'engagement à durée déterminée pour la période du 1er au 3 janvier 2021, établi le 11 janvier 2021, mais qui n'a pas été signé par la requérante et ne lui est donc pas opposable. Enfin, en s'abstenant de venir signer le nouveau contrat de travail qui lui a été proposé à compter du 1er mars 2021, Mme B ne peut être regardée comme ayant souhaité maintenir le lien contractuel avec le CCAS au-delà du 28 février 2021. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la relation d'emploi initiale a perduré tacitement après le 28 février 2021 et, d'autre part, que le CCAS, en informant la requérante, par le courrier du 4 mai 2021, de ce que son contrat au sein de la structure était arrivé à échéance le 3 janvier 2021, doit être regardé comme ayant mis fin à cette relation d'emploi avant le terme du contrat tacite le 28 février 2021. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la fin de la relation contractuelle doit s'analyser comme un licenciement en cours de contrat.
S'agissant des griefs tirés de l'illégalité du licenciement de Mme B :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 42-1 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Lorsqu'à l'issue de l'entretien prévu à l'article 42 et de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article L. 272-1 du code général de la fonction publique, l'autorité territoriale décide de licencier un agent, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement, ainsi que la date à laquelle celui-ci doit intervenir compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis ".
6. Il est constant que Mme B n'a reçu aucune lettre recommandée lui notifiant son licenciement. Par conséquent, elle est fondée à soutenir que ce dernier est intervenu dans des conditions irrégulières, tirées notamment de l'absence de notification et de motivation de son licenciement. Cette illégalité est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité du CCAS de Réalmont.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 40 du décret du 15 février 1988 précité : " L'agent recruté pour une durée indéterminée ainsi que l'agent qui, engagé par contrat à durée déterminée, est licencié avant le terme de son contrat, a droit à un préavis qui est de : / - huit jours pour l'agent qui justifie auprès de l'autorité qui l'a recruté d'une ancienneté de services inférieure à six mois de services ; / - un mois pour l'agent qui justifie auprès de l'autorité qui l'a recruté d'une ancienneté de services égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; / - deux mois pour l'agent qui justifie auprès de l'autorité qui l'a recruté d'une ancienneté de services égale ou supérieure à deux ans. () ". Il résulte de ces dispositions que l'agent non titulaire de la fonction publique territoriale recruté pour une durée indéterminée ou pour une durée déterminée ne peut être légalement licencié avant le terme de son contrat par l'autorité territoriale compétente qu'après un préavis, sauf si le licenciement est prononcé pour des motifs disciplinaires ou au cours ou à l'expiration d'une période d'essai.
8. Il est constant que Mme B a été licenciée sans préavis alors qu'elle bénéficiait d'une ancienneté de services supérieure à deux ans, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que ce licenciement ait été prononcé pour des motifs disciplinaires ou au titre d'une période d'essai. Par suite, elle est fondée à soutenir que l'absence de préavis est irrégulière et constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité du CCAS de Réalmont.
9. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le licenciement de Mme B serait justifié par l'un des motifs prévus par le décret du 15 février 1988 précité, à savoir une faute disciplinaire, une insuffisance professionnelle ou l'inaptitude physique définitive. Dans ces conditions, le CCAS ne pouvait pas légalement procéder à la rupture de son contrat de travail avant son terme. Cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité du CCAS de Réalmont.
10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-4 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " () II. - Tout contrat conclu ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics effectifs de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée. / La durée de six ans mentionnée au premier alinéa du présent II est comptabilisée au titre de l'ensemble des services accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement dans des emplois occupés sur le fondement des articles 3 à 3-3, à l'exception de ceux qui le sont au titre du II de l'article 3. Elle inclut, en outre, les services effectués au titre du deuxième alinéa de l'article 25 s'ils l'ont été auprès de la collectivité ou de l'établissement l'ayant ensuite recruté par contrat. / Pour l'appréciation de cette durée, les services accomplis à temps non complet et à temps partiel sont assimilés à des services effectués à temps complet. / Les services accomplis de manière discontinue sont pris en compte, sous réserve que la durée des interruptions entre deux contrats n'excède pas quatre mois. / () / Lorsqu'un agent remplit les conditions d'ancienneté mentionnées aux deuxième à quatrième alinéas du présent II avant l'échéance de son contrat en cours, les parties peuvent conclure d'un commun accord un nouveau contrat, qui ne peut être qu'à durée indéterminée. En cas de refus de l'agent de conclure un nouveau contrat, l'agent est maintenu en fonctions jusqu'au terme du contrat à durée déterminée en cours ".
11. Mme B soutient que son licenciement n'avait pour seul but que de la priver de la possibilité de conclure un contrat à durée indéterminée. Toutefois, et d'une part, il résulte de ses contrats de travail que la requérante n'a pas été recrutée pour pourvoir un emploi permanent sur le fondement de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, de telle sorte qu'elle ne peut utilement se prévaloir des dispositions rappelées au point précédent. D'autre part, et en tout état de cause, il est constant qu'au terme de son dernier contrat tacite, soit le 28 février 2021, la requérante ne totalisait pas une durée de services publics effectifs de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique et dès lors, ne pouvait pas prétendre à la conclusion d'un contrat à durée indéterminée. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la faute résultat du renouvellement abusif des contrats à durée déterminée de Mme B :
12. Aux termes de l'article 1er de la directive 1999/70/CE du Conseil de l'Union européenne du 28 juin 1999 concernant l'accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée : " La présente directive vise à mettre en œuvre l'accord-cadre sur le travail à durée déterminée, figurant en annexe, conclu le 18 mars 1999 entre les organisations interprofessionnelles à vocation générale (CES, UNICE, CEEP) ". Aux termes de l'article 2 de cette directive : " Les Etats membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 10 juillet 2001 ou s'assurent, au plus tard à cette date, que les partenaires sociaux ont mis en place les dispositions nécessaires par voie d'accord, les Etats membres devant prendre toute disposition nécessaire leur permettant d'être à tout moment en mesure de garantir les résultats imposés par la présente directive. Ils en informent immédiatement la Commission. () ". Aux termes des stipulations de la clause 5 de l'accord-cadre annexé à la directive, relative aux mesures visant à prévenir l'utilisation abusive des contrats à durée déterminée : " 1. Afin de prévenir les abus résultant de l'utilisation de contrats ou de relations de travail à durée déterminée successifs, les États membres, après consultation des partenaires sociaux, conformément à la législation, aux conventions collectives et pratiques nationales, et/ou les partenaires sociaux, quand il n'existe pas des mesures légales équivalentes visant à prévenir les abus, introduisent d'une manière qui tienne compte des besoins de secteurs spécifiques et/ou de catégories de travailleurs, l'une ou plusieurs des mesures suivantes : a) des raisons objectives justifiant le renouvellement de tels contrats ou relations de travail ; b) la durée maximale totale de contrats ou relations de travail à durée déterminée successifs ; c) le nombre de renouvellements de tels contrats ou relations de travail. 2. Les États membres, après consultation des partenaires sociaux et/ou les partenaires sociaux, lorsque c'est approprié, déterminent sous quelles conditions les contrats ou relations de travail à durée déterminée : a) sont considérés comme "successifs" ; b) sont réputés conclus pour une durée indéterminée ".
13. Les dispositions précitées de la directive européenne, telles qu'elles ont été interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, imposent aux Etats membres d'introduire de façon effective et contraignante dans leur ordre juridique interne, s'il ne le prévoit pas déjà, l'une au moins des mesures énoncées aux a) à c) du paragraphe 1 de la clause 5, afin d'éviter qu'un employeur ne recoure de façon abusive au renouvellement de contrats à durée déterminée. Lorsque l'Etat membre décide de prévenir les renouvellements abusifs en recourant uniquement aux raisons objectives prévues au a), ces raisons doivent tenir à des circonstances précises et concrètes de nature à justifier l'utilisation de contrats de travail à durée déterminée successifs.
14. Il ressort également de l'interprétation de la directive retenue par la Cour de justice de l'Union européenne que le renouvellement de contrats à durée déterminée afin de pourvoir au remplacement temporaire d'agents indisponibles répond, en principe, à une raison objective au sens de la clause citée ci-dessus, y compris lorsque l'employeur est conduit à procéder à des remplacements temporaires de manière récurrente, voire permanente, et alors même que les besoins en personnel de remplacement pourraient être couverts par le recrutement d'agents sous contrats à durée indéterminée. Toutefois, si l'existence d'une telle raison objective exclut en principe que le renouvellement des contrats à durée déterminée soit regardé comme abusif, c'est sous réserve qu'un examen global des circonstances dans lesquelles les contrats ont été renouvelés ne révèle pas, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées par l'agent, au type d'organisme qui l'emploie, ainsi qu'au nombre et à la durée cumulée des contrats en cause, un abus.
15. Les dispositions de la loi du 26 janvier 1984 mentionnées au point 2 subordonnent la conclusion et le renouvellement de contrats à durée déterminée à la nécessité de faire face à un besoin lié à un accroissement temporaire d'activité ou à un accroissement saisonnier d'activité. Elles se réfèrent ainsi à une " raison objective ", de la nature de celles auxquelles la directive renvoie. En outre, ces dispositions ne font pas obstacle à ce qu'un renouvellement abusif de contrats à durée déterminée ouvre à l'agent concerné un droit à l'indemnisation du préjudice qu'il subit lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.
16. Il résulte de l'instruction que du 29 avril 2015 au 28 février 2021, soit sur une période de cinq ans et dix mois, Mme B a été recrutée a minima par 28 contrats à durée déterminée, d'une durée d'un à quatre mois, régulièrement renouvelés sur le fondement du 1 de l'article 3 de la loi susvisée du 26 janvier 1984 puis, à compter du 1er juin 2016, sur le fondement de l'article 3-1 de cette même loi afin de pourvoir au remplacement d'un agent momentanément indisponible, pour exercer les mêmes fonctions d'aide aux personnes âgées en qualité d'adjointe technique non titulaire au sein de l'EHPAD " René Lencou ". Le CCAS de Réalmont fait valoir que le recours aux contrats à durée déterminée trouve sa justification dans le remplacement d'agents absents et soutient que 2,55 équivalents temps plein autorisés étaient absents durant l'année 2020. A cet égard, le CCAS produit un tableau des effectifs autorisés par l'agence régionale de santé pour l'année 2020 ainsi qu'une grille des heures effectuées par le personnel soignant au cours de cette même année. Toutefois, de tels éléments, qui ne couvrent que l'année 2020, ne sauraient justifier l'ensemble des contrats à durée déterminée conclus avec la requérante. Cette dernière est dès lors fondée à soutenir que le CCAS de Réalmont a recouru abusivement à son égard à une succession de contrats à durée déterminée. Par suite, Mme B est fondée à demander la réparation du préjudice qu'elle a subi lors de l'interruption de la relation d'emploi avec le CCAS.
En ce qui concerne le versement de l'indemnité de licenciement :
17. Aux termes de l'article 43 du décret du 15 février 1988 susvisé : " En cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, une indemnité de licenciement est versée à l'agent recruté pour une durée indéterminée ou à l'agent recruté pour une durée déterminée et licencié avant le terme de son contrat () ". Selon le premier alinéa de l'article 45 du même décret : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires. / Le montant de la rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement d'un agent employé à temps partiel est égal au montant de la rémunération définie à l'alinéa précédent qu'il aurait perçue s'il avait été employé à temps complet () ". Aux termes de l'article 46 de ce décret : " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services, au tiers de la même rémunération pour chacune des années suivantes, sans pouvoir excéder douze fois la rémunération de base. Elle est réduite de moitié en cas de licenciement pour insuffisance professionnelle. () / Pour l'application de cet article, toute fraction de service égale ou supérieure à six mois sera comptée pour un an ; toute fraction de service inférieure à six mois n'est pas prise en compte ". Enfin, l'article 48 du même décret dispose : " () Toute période durant laquelle les fonctions ont été exercées à temps partiel est décomptée proportionnellement à la quotité de travail effectué ".
18. Mme B ayant été licenciée en cours de contrat pour un motif autre que disciplinaire, elle est fondée à demander le versement de l'indemnité de licenciement qui lui est due en application des dispositions citées au point précédent. Toutefois, l'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant de cette indemnité, faute d'éléments suffisants quant à la quotité de travail effectué par Mme B sur l'ensemble de la période de référence. Dès lors, il y a lieu de renvoyer la requérante devant l'administration pour son calcul et sa liquidation. Cette somme sera assortie des intérêts de droit au taux légal à compter du 6 juillet 2021.
En ce qui concerne les préjudices subis :
19. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du décret susvisé du 15 février 1988 : " L'agent contractuel en activité bénéficie, sur présentation d'un certificat médical, de congés de maladie pendant une période de douze mois consécutifs ou, en cas de service discontinu, au cours d'une période comprenant trois cents jours de services effectifs, dans les limites suivantes : / 1° Après quatre mois de services, un mois à plein traitement et un mois à demi-traitement ; / 2° Après deux ans de services, deux mois à plein traitement et deux mois à demi-traitements ; / 3° Après trois ans de services, trois mois à plein traitement et trois mois à demi-traitement ".
20. Il résulte de ces dispositions et des énonciations du présent jugement que Mme B devant être regardée comme titulaire d'un contrat de travail tacite la liant au CCAS de Réalmont jusqu'au 28 février 2021, elle a droit au versement d'une somme correspondant au traitement indiciaire complémentaire aux indemnités journalières que le CCAS aurait dû lui verser durant son arrêt de travail, pour la période du 20 au 28 février 2021. Toutefois, l'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant de cette indemnité. En revanche, dès lors que Mme B n'a pas signé le nouveau contrat de travail qui lui a été proposé à compter du 1er mars 2021, et qu'elle n'avait aucun droit au renouvellement du contrat expirant le 28 février 2021, elle ne peut se prévaloir d'aucun préjudice résultant de l'absence de versement de son traitement indiciaire complémentaire aux indemnités journalières pour la période postérieure au 28 février 2021.
21. En second lieu, eu égard au caractère abusif du renouvellement successif de ses contrats à durée déterminée et aux illégalités entachant son licenciement, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis par Mme B en les évaluant à la somme de 3 000 euros.
22. La somme totale à laquelle Mme B a droit sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 6 juillet 2021, date de réception par le CCAS de Réalmont de la demande indemnitaire préalable.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative :
23. Aux termes de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 rendu applicable par les dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure, outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. ".
24. Contrairement à ce que soutient la requérante, les termes employés au troisième paragraphe de la page 4 du mémoire en défense, en dépit de ce que les faits reprochés à la requérante ne sont pas établis par le CCAS de Réalmont, ne présentent pas de caractère diffamatoire et n'excèdent pas les limites de la controverse entre parties dans le cadre d'une procédure contentieuse. Dès lors, il n'y a lieu ni d'en prononcer la suppression, ni de faire droit à la demande de dommages et intérêts présentée par la requérante.
Sur les conclusions reconventionnelles présentées par le CCAS de Réalmont :
25. Le CCAS demande au Tribunal de condamner Mme B à lui verser la somme de 602,88 euros, qu'elle aurait indûment perçue à titre de salaire pour le mois de février 2021. Toutefois, une collectivité publique est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre directement. Ainsi, les collectivités territoriales, qui peuvent émettre des titres exécutoires à l'encontre de leurs débiteurs, ne peuvent saisir le juge administratif d'une demande tendant au recouvrement de leurs créances. Par suite, les conclusions reconventionnelles du CCAS sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le CCAS de Réalmont au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CCAS de Réalmont la somme de 1 500 euros sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Le CCAS de Réalmont est condamné à verser à Mme B une somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice moral. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 6 juillet 2021.
Article 2 : Mme B est renvoyée devant le CCAS de Réalmont pour le calcul et la liquidation des sommes qui lui sont dues en exécution des points 18 et 20 du présent jugement. Ces sommes porteront intérêts au taux légal à compter du 6 juillet 2021.
Article 3 : Le CCAS de Réalmont versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions reconventionnelles du CCAS de Réalmont et celles présentées par lui au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre communal d'action sociale de Réalmont.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
Le rapporteur,
T. FRINDEL
La présidente,
V. POUPINEAU La greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef :
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026