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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2508134

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2508134

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2508134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 27 août 2025 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an ;

3°) d’annuler la décision portant remise de l’original de son passeport et obligation de présentation une fois par semaine aux services de la gendarmerie nationale ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’elle est présente depuis un an sur le territoire français ;
- la décision fixant le pays à destination duquel elle doit être éloignée est entachée d’un défaut d’examen de sa situation, dès lors que ses craintes n’ont pas été évaluées par le préfet ;
- la décision fixant le pays à destination duquel elle doit être éloignée a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant remise de l’original de son passeport et obligation de présentation une fois par semaine aux services de la gendarmerie nationale est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2025, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par la requérante n’est fondé.

Mme B... n’a pas été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg du 15 décembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Foucher a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante du Kosovo, née le 1er février 2004, est entrée en France le 10 octobre 2024. Par un arrêté du 27 août 2025, le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

2. Mme B... n’a pas été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg le 15 décembre 2025. Par suite, il n’y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.

4. En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante était entrée en France depuis moins d’un an à la date de la décision attaquée et que sa demande d’asile a été rejetée en procédure accélérée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 avril 2025. La requérante, qui se borne à des allégations générales et ne verse que peu d’éléments au dossier, n’établit pas avoir tissé en France des liens privés et familiaux. Eu égard à ces éléments, elle n’est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale, au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant refus d’admission au séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

7. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’en prenant la décision attaquée le préfet du Haut-Rhin n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.

8. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

9. En se bornant à soutenir, par des allégations de caractère général, que son père a tenté de la marier de force, qu’il l’a violentée et que les autorités de son pays d’origine n’étaient pas en mesure de la protéger, elle n’établit pas, alors au demeurant que ces allégations ont été considérées comme insuffisantes par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides pour lui faire bénéficier d’une protection internationale, que la décision portant fixation du pays de destination méconnaîtrait les dispositions citées au point précédent.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant fixation du pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français aurait été prise sur le fondement d’une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale. L’exception d’illégalité soulevée par la requérante ne peut, dès lors, pas être accueillie.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant remise du passeport et obligation de présentation aux services de gendarmerie :

14. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, et en tout état de cause, la requérante n’est pas fondée à soutenir que les décisions portant remise du passeport et obligation de présentation aux services de gendarmerie auraient été prises sur le fondement d’une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale. L’exception d’illégalité soulevée par la requérante ne peut, dès lors, pas être accueillie.


Sur les frais liés au litige :

15. En vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l’autre partie des frais qu’elle a exposés à l’occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent dès lors être rejetées.


D E C I D E :

Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B... est rejeté.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 30 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Haudier, présidente,
Mme Foucher, première conseillère,
M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.


La rapporteure,

A.-V. Foucher
La présidente,


G. Haudier

La greffière,

C. Haas


La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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