jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106304 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ELSA CAZOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 29 octobre 2021, 31 janvier et 7 mars 2023, M. B A, représenté par Me Cazor, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté préfectoral n° 2021-026 du 26 janvier 2021 portant ordre de dessaisissement d'armes et munitions à son encontre, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cet arrêté ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aveyron de lui restituer les armes saisies ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son auteur ;
- il est entaché d'insuffisance de motivation ;
-il est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il se réfère à des dispositions inexistantes du code pénal ;
-il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement et son état de santé ne représentent pas une menace pour l'ordre public notamment la sécurité des personnes, l'achat des armes litigieuses n'est pas intervenu en méconnaissance d'une interdiction issue des dispositions du code de la sécurité intérieure, ses armes sont utilisées pour la pratique de la chasse, son casier judiciaire ne comporte plus la mention de sa condamnation du 24 août 2021 et, enfin, le maintien de l'arrêté contesté aurait des conséquences manifestement disproportionnées au regard des faits reprochés et du quantum de la peine à laquelle il a été condamné il y a plus de cinq ans ;
-la restitution de ses armes, munitions et autres éléments essentiels est justifiée dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 janvier 2022 et 13 février 2023, la préfète de l'Aveyron conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que l'autorité préfectorale était en situation de compétence liée et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 8 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 avril 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lejeune,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Cazor, représentante de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 mai 2021, la préfète de l'Aveyron a notifié à M. A un arrêté du 26 janvier 2021, d'une part, lui ordonnant de se dessaisir de ses armes, munitions et de leurs éléments de toute catégorie, dans le délai de trois mois à compter de cette notification et, d'autre part, lui interdisant d'acquérir ou de détenir des armes, munitions ou leurs éléments de toute catégorie. M. A a formé un recours gracieux contre cet arrêté, réceptionné le 2 juillet 2021 par la préfète de l'Aveyron. Bien que cette autorité ait sollicité auprès de M. A des pièces complémentaires par courrier du 9 août 2021, une décision implicite de rejet du recours gracieux est née du silence gardé par l'administration sur la demande. M. A conteste cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 312-32 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable du 21 juin 2019 au 26 janvier 2022 : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : / 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : / () - port, transport et expéditions d'armes, de munitions ou de leurs éléments de catégorie C ou D sans motif légitime prévus aux articles L. 317-8 et L. 317-9 du présent code ; () ". Pour l'application de ces dispositions, l'article R. 312-67 du même code prévoit que le préfet de département " ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 à L. 312-11 lorsque : / () 2° Le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou dans un document équivalent pour les ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'EEE ; / () ".
3. Aux termes de l'article L. 317-8 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable à l'époque de la décision contestée : " Quiconque, hors de son domicile et sauf les exceptions résultant des articles L. 315-1 et L. 315-2, est trouvé porteur ou effectue sans motif légitime le transport d'armes, de munitions ou de leurs éléments, même s'il en est régulièrement détenteur, est puni : / 1° (abrogé) ; / 2° S'il s'agit d'armes, de munitions ou de leurs éléments de la catégorie C, de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende ; / 3° S'il s'agit d'armes, de munitions ou de leurs éléments de la catégorie D, à l'exception de ceux qui présentent une faible dangerosité et figurent sur une liste fixée par arrêté, d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende ". Aux termes de l'article L. 317-9 de ce code : " Si le transport d'armes, de munitions ou de leurs éléments est effectué par au moins deux personnes ou si deux personnes au moins sont trouvées ensemble porteuses d'armes de munitions ou de leurs éléments, les peines prévues à l'article L. 317-8 sont portées : / 1° (abrogé) / 2° S'il s'agit d'armes, de leurs éléments ou de munitions de catégorie C, à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende ; / 3° S'il s'agit d'armes, de munitions ou de leurs éléments de la catégorie D, à l'exception de ceux qui présentent une faible dangerosité et figurent sur une liste fixée par arrêté, à deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende. "
Sur la légalité de l'arrêté du 12 mai 2021 :
4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté contesté, le bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. A faisait mention d'un jugement du 2 juin 2016 rendu par la chambre détachée du tribunal de grande instance de Rodez à Millau condamnant M. A à une peine de 500 euros d'amende avec sursis pour des faits de transport sans motif légitime d'arme, munition ou élément essentiel de catégorie C commis le 22 novembre 2015. De tels faits sont visés par le 1° de l'article L. 312-3 précité du code de la sécurité intérieure. Constatant cette inscription, la préfète de l'Aveyron était tenue de prendre la décision contestée. Elle n'a ainsi porté aucune appréciation sur les faits de l'espèce. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que cette décision est entachée de l'incompétence de son auteur, d'insuffisance de motivation, d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation. Il ne peut davantage utilement se prévaloir, dans le cadre de ces conclusions, de la circonstance que, postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, la mention de sa condamnation aurait été supprimée du bulletin n° 2 de son casier judiciaire. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de M. A dirigées contre l'arrêté préfectoral du 26 janvier 2021 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la légalité de la décision implicite de rejet du recours gracieux :
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a formé un recours gracieux contre l'arrêté du 26 janvier 2021, réceptionné le 2 juillet 2021 par la préfète de l'Aveyron. Par courrier du 9 août 2021, cette dernière a sollicité de la part de M. A des pièces complémentaires pour l'instruction de son recours gracieux. En réponse, le conseil de M. A a transmis à la préfète de l'Aveyron les pièces demandées, ainsi que l'ordonnance du 24 août 2021 du tribunal de grande instance de Rodez à Millau portant exclusion de la mention de sa condamnation au bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé. Ainsi, la préfète de l'Aveyron n'était plus en situation de compétence liée à compter du jour où il a eu connaissance de la suppression de cette mention. Par suite, c'est en méconnaissance de cette nouvelle circonstance de fait et de droit et des dispositions du code de la sécurité intérieure précitées que la préfète a, par décision implicite née de son silence gardé pendant deux mois après ce nouvel échange, maintenu tel quel l'arrêté du 26 janvier 2021. Dès lors, il y a lieu de faire droit aux conclusions d'annulation en tant qu'elles sont dirigées contre la décision implicite de la préfète de l'Aveyron prise sur recours gracieux de M. A.
Sur les conclusions présentées à titre accessoire :
En ce qui concerne la demande tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Aveyron de restituer les armes saisies :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".
7. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 5, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de l'Aveyron restitue à M. A, sauf à ce qu'elles aient été détruites, les armes ayant été saisies.
En ce qui concerne la demande au titre des frais de l'instance :
8. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet du recours gracieux présenté par M. A contre l'arrêté du 26 janvier 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Aveyron de restituer à M. A, sauf à ce qu'elles aient été détruites, les armes saisies.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M.Bl A et au préfet de l'Aveyron.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clen, président,
Mme Cuny, conseillère,
Mme Lejeune, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
A. LEJEUNE
Le président,
H. CLEN
La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026