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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106356

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106356

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTUAILLON-HIBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2117560 du 27 octobre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Toulouse la requête de Mme B D épouse A, enregistrée le 16 août 2021.

Par cette requête, Mme B D épouse A, représentée par Me Tuaillon-Hibon, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence du ministre de l'intérieur à sa demande formée le 13 octobre 2020 tendant au remboursement des frais et honoraires engagés pour la défense de ses intérêts dans le cadre des procédures administrative et pénale, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 040 euros au titre du remboursement de ces frais ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite de rejet née du silence du ministre de l'intérieur à sa demande formée le 13 octobre 2020 est une décision non créatrice de droit manifestement illégale qui doit être retirée sur le fondement des dispositions de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'illégalité externe, dès lors que seule une décision expresse et motivée pouvait lui refuser la prise en charge de ses frais de justice ;

- elle est entachée d'illégalité interne, dès lors qu'elle est en droit de bénéficier de la protection fonctionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Il soutient que la requête est tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soddu ;

- et les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Après sa scolarité à l'école de police de Châtel Guyon en 2009, Mme D épouse A a été affectée, le 2 novembre 2010, à sa demande, à la compagnie républicaine de sécurité (CRS) n°44 à Joigny, en unité de maintien de l'ordre, section 4 en qualité de gardien de la paix stagiaire. Suite à une altercation avec un de ses collègues, Mme D épouse A a sollicité son changement de section et a été mutée à la section 3, à compter du 1er juin 2011. Elle a été titularisée le 1er novembre 2011. Elle a été autorisée, sur sa demande, à résider à Montauban, soit à 600 km de son lieu d'affectation. Mme D épouse A a été placée en congé maladie à la suite d'une blessure en service nécessitant une intervention chirurgicale, puis placée en congés maternité et parental, jusqu'au 3 décembre 2017. Elle a obtenu sa mutation à la circonscription de sécurité publique de Toulouse le 4 décembre 2017. Mme D épouse A a sollicité, sans succès, l'octroi de la protection fonctionnelle en décembre 2014 et janvier 2017. Par un jugement du 31 décembre 2018, le tribunal administratif de Dijon a reconnu que la requérante a été victime de faits de harcèlement et de discrimination durant son affectation à la CRS n° 44 section 4 et 3, que l'administration a commis une faute en ne prenant pas les mesures appropriées et que cette faute est de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Le ministre de l'intérieur a été condamné à verser à Mme D épouse A une somme de 4 000 euros au titre des préjudices de toute nature. Par un arrêt du 1er octobre 2020, la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté la demande de Mme D épouse A tendant à l'annulation du refus implicite opposé à sa demande de retrait d'une décision née le 22 mars 2017 refusant de lui accorder la protection fonctionnelle et refusant de l'indemniser de la totalité de ses préjudices. Par sa requête, Mme D épouse A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence du ministre de l'intérieur à sa demande formée le 13 octobre 2020 tendant au remboursement des frais et honoraires engagés pour la défense de ses intérêts dans le cadre des procédures administrative et pénale, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ainsi que de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 040 euros en remboursement de ces frais.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " () le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents. ". Aux termes de l'article R. 421 2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ". Aux termes de l'article L. 112-3 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ".

3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions des articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir

4. Il résulte de l'instruction que Mme D épouse A, a sollicité, par un courrier du 13 octobre 2020, reçu par l'administration le 19 octobre 2020, le remboursement des frais et honoraires engagés pour la défense de ses intérêts dans le cadre des procédures administrative et pénale. Si la requérante a formé, le 19 avril 2021, un recours gracieux à l'encontre de la décision implicite de rejet, un tel recours, qui est intervenu après l'expiration du délai de deux mois suivant le rejet implicite de sa demande, n'a pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux. La circonstance dont se prévaut Mme D épouse A, tirée du fait que sa réclamation n'a pas donné lieu à la délivrance d'un accusé de réception mentionnant les délais et voies de recours, n'est pas de nature à rendre ces délais inopposables, dès lors que les dispositions des articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration, précitées, ne sont pas applicables aux relations entre les agents publics et leur administration. Dans ces conditions, la requête de Mme D épouse A est tardive et donc irrecevable. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le ministre de l'intérieur doit être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D épouse A, doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Les conclusions à fin d'annulation de Mme A étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

7. Les conclusions de Mme D épouse A présentées sur fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme D épouse A rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse A, et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Mérard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La rapporteure,

N. SODDU

La présidente,

S. CAROTENUTO La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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