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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106488

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106488

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106488
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 novembre 2021, le 7 octobre 2022, le 7 décembre 2022 et le 21 juin 2023, le groupement foncier agricole (GFA) du Sarre, représenté par Me Magrini, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2021 par lequel la maire de la commune de Merville s'est opposée à la déclaration préalable qu'il a déposé en vue d'édifier un merlon sur un terrain situé au lieu-dit " Le Sarre ", ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Merville la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté en litige et la décision rejetant son recours gracieux sont insuffisamment motivés ;

- l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'autorité administrative a sollicité la production de pièces non visées par les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ;

- la maire de la commune de Merville a fait une inexacte application des dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de cette commune dès lors que le projet en litige est nécessaire à l'activité agricole ;

- l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Merville dès lors que ces dispositions n'interdisent pas les exhaussements en zone A ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que la maire de la commune de Merville s'est fondée sur un avis facultatif de la chambre d'agriculture et s'est abstenue de préciser les dispositions législatives prévoyant cette consultation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 février 2022, le 26 octobre 2022 et le 14 décembre 2022, la commune de Merville, représentée par Me Bouyssou, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 8 juin 2021 sont tardives dès lors que la requête introductive d'instance était uniquement dirigée contre la décision rejetant le recours gracieux du GFA du Sarre ;

- en tout état de cause, les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 15 septembre 2023.

Un mémoire présenté pour la commune de Merville a été enregistré le 14 septembre 2023 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,

- les conclusions de Mme Rousseau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Brouquières, substituant Me Magrini, représentant le GFA du Sarre.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 mars 2021, le GFA du Sarre a déposé une déclaration préalable de travaux pour l'édification d'un merlon d'une superficie de 6 400 m2 et d'une hauteur de 2,50 mètres, implanté à la limite entre son terrain, situé lieu-dit " Le Sarre " à Merville (Haute-Garonne), et la route départementale D2. Le pétitionnaire a complété sa déclaration préalable le 8 avril 2021 et le 10 mai 2021. Par un arrêté du 8 juin 2021, la maire de la commune de Merville s'est opposée à cette déclaration préalable. Le GFA du Sarre a exercé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été rejeté par une décision du 9 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été signée par Mme B A, adjointe de la maire de la commune de Merville, qui disposait, sur le fondement d'un arrêté du 5 août 2020, d'une délégation de signature pour " l'examen et le suivi de tous les actes ayant trait à l'application du droit des sols régis par le code de l'urbanisme ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / () ".

4. Si le requérant soutient que la décision du 9 septembre 2021 rejetant son recours gracieux est insuffisamment motivée, il ne peut utilement invoquer les vices propres entachant cette décision de rejet d'un recours gracieux. Dans ces conditions, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. Par ailleurs, la décision du 8 juin 2021 par laquelle la maire de la commune de Merville s'est opposée à la déclaration préalable présentée par le GFA du Sarre vise les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de cette commune relatives à la zone A et mentionne que la création d'un merlon constitue un exhaussement non lié à une activité agricole et qu'ainsi, le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article A2 de ce plan. Elle comporte ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée. Ce moyen doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne. / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux a, b, c, g, q et r de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. / Lorsque la demande porte sur une installation prévue à l'article L. 111-28 et L. 111-29 du code de l'urbanisme ou à l'article L. 314-36 du code de l'énergie, le dossier joint à la déclaration est complété, selon les cas, par l'un des documents mentionnés au I, au II ou au III de l'article R. 431-27. Ce dossier comprend, en outre, les éléments prévus au 1° de l'article R. * 431-8. / Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ".

7. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 21 avril 2021, la commune de Merville a invité le GFA du Sarre à compléter son dossier de déclaration préalable en précisant l'adresse du terrain dans le formulaire Cerfa, en indiquant l'emplacement réservé destiné à l'élargissement de la route départementale D2 sur le plan de masse et en complétant une fiche de renseignements sur la nature de son exploitation agricole afin de pouvoir consulter la chambre d'agriculture sur le projet. Cette dernière pièce ne faisant pas partie de celles que doit comprendre le dossier de déclaration préalable conformément aux dispositions précitées de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme, la demande de pièce complémentaire adressée sur ce point au pétitionnaire était illégale. Toutefois, d'une part, le pétitionnaire ne conteste pas le caractère exigible des autres pièces demandées par la commune de Merville dans son courrier du 21 avril 2021, de telle sorte qu'aucune décision tacite de non-opposition à déclaration préalable n'est née et d'autre part, la décision d'opposition à déclaration préalable du 8 juin 2021 n'est pas fondée sur l'absence de production de la fiche de renseignements sur la nature de l'exploitation agricole du pétitionnaire. Dans ces conditions, l'illégalité ayant consisté à demander cette pièce n'a pas été susceptible, en l'espèce, d'exerce une influence sur le sens de la décision en litige et n'a pas privé l'intéressé d'une garantie. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, l'article relatif aux " caractère[s] de zone[s] " du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Merville, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée, définit la zone A comme une " zone exclusivement dédiée à l'activité agricole ". L'article A 2 du règlement de ce plan prévoit que les exhaussements du sol sont autorisés en zone A, sous réserve qu'ils soient liés et nécessaires à une occupation ou utilisation du sol autorisée dans la zone.

9. Il résulte de ces dispositions que ne sont autorisées en zone A du plan local d'urbanisme de la commune de Merville que les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole. Ce lien de nécessité, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projetée. Il s'ensuit que la seule qualité d'exploitant agricole du pétitionnaire ne suffit pas à caractériser un tel lien.

10. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par le GFA du Sarre, la maire de la commune de Merville a considéré que le merlon projeté, qui constitue un exhaussement, n'est pas nécessaire à l'exploitation agricole dès lors qu'il a principalement vocation à constituer un écran phonique destiné à réduire les nuisances sonores engendrées par la circulation routière sur la RD 2 pour la maison d'habitation située sur le terrain d'assiette du projet.

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le GFA du Sarre exploite une surface agricole de 49 hectares, dédiée à la culture de céréales. S'il soutient qu'il prévoit d'exercer également une activité d'élevage de bétail, l'exercice de cette activité, existant ou projeté, ne ressort d'aucune pièce du dossier, et notamment pas du plan de masse du bâtiment " La Dupine " produit par le pétitionnaire dans le cadre de l'instance, qui fait certes figurer des écuries, mais ne permet pas d'apprécier la nature et la taille de l'exploitation agricole projetée. Dans ces conditions, le lien de nécessité par rapport à l'exploitation agricole doit être apprécié, en l'espèce, au regard de la seule activité de culture de céréales.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier de déclaration préalable que le projet consiste en l'édification d'un merlon de terre d'une hauteur de 2,50 mètres, de 800 mètres de long et d'une superficie totale de 6 400 m2. Le GFA du Sarre indique que ce merlon a vocation à permettre d'implanter un réseau d'irrigation sur ses terres agricoles par enrouleur ou pivot d'irrigation sans projections d'eaux sur la route départementale D2, de protéger le terrain d'assiette du projet du bruit provoqué par la circulation sur cette route et de mettre en place une clôture de cette parcelle afin de réduire le risque d'inondation des champs par débordement des fossés aux abords de cette route. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en litige serait nécessaire à la mise en place d'un réseau d'irrigation, l'objectif de réduction des projections d'eau sur la route jouxtant le terrain d'assiette étant dépourvu de tout lien avec l'exploitation agricole. Le GFA du Sarre ne démontre pas davantage que l'amélioration de l'isolation acoustique du secteur du projet en litige serait nécessaire à son exploitation agricole de culture de céréales. Enfin, à supposer même que le risque d'inondation des cultures par débordement des fossés aux abords de la route D2 soit avéré, le GFA du Sarre ne justifie pas qu'un tel risque ne pourrait être efficacement prévenu que par la mise en place d'un merlon d'une hauteur de 2,50 mètres. Dans ces conditions, le GFA du Sarre n'est pas fondé à soutenir que la maire de la commune de Merville a fait une inexacte application des dispositions précitées du plan local d'urbanisme de cette commune en considérant que le projet n'était pas nécessaire à son exploitation agricole. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En cinquième lieu, il résulte expressément des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Merville rappelées au point 8 du présent jugement que les exhaussements du sol sont réglementés en zone A de ce plan. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dispositions ne prévoient aucune restriction à la réalisation d'exhaussements du sol dans cette zone ne peut qu'être écarté.

14. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que la commune de Merville a saisi pour avis la chambre d'agriculture sur le projet en litige et que celle-ci a rendu un avis défavorable à ce projet le 23 juillet 2021, soit postérieurement à la décision contestée. Dans ces conditions, cet avis, qu'il était en tout état de cause loisible à la commune de solliciter dans le cadre de l'instruction de la déclaration préalable, même en l'absence de disposition législative ou réglementaire prévoyant une telle consultation, est sans incidence sur la légalité de la décision d'opposition à déclaration préalable du 8 juin 2021. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Merville, que le GFA du Sarre n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la maire de la commune de Merville du 8 juin 2021. Sa requête doit donc être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le GFA du Sarre soit mise à la charge de la commune de Merville, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GFA du Sarre la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Merville sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête du GFA du Sarre est rejetée.

Article 2 : Le GFA du Sarre versera à la commune de Merville la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au groupement foncier agricole (GFA) du Sarre et à la commune de Merville.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M.-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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