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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106491

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106491

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGUYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Guyon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 novembre 2021 par laquelle la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne l'a suspendue de ses fonctions sans rémunération à compter du 8 novembre 2021 ou de la fin de son congé de maladie jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la covid-19 ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne de procéder à sa réintégration ou, à défaut, au réexamen de sa situation, et de lui verser sa rémunération, y compris de manière rétroactive, dans tous ses éléments et accessoires, sous astreinte de 400 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 82 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dès lors qu'elle a été prise sans saisine préalable de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe général des droits de la défense et des dispositions des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle était placée en congé de maladie à la date de son édiction et ne pouvait ainsi légalement être suspendue de ses fonctions pendant cette période ;

- elle est illégale en tant qu'elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière dès lors que la sanction qu'elle constitue ne figure pas parmi celles énumérées par ces dispositions ;

- elle constitue une mesure de police administrative illégale dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée aux droits et libertés fondamentales, qu'elle n'est pas justifiée au regard de l'objectif poursuivi par le législateur, n'est pas nécessaire, présente des conséquences disproportionnées au regard de l'intérêt général et de son intérêt particulier et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dès lors qu'elle n'a commis aucune faute grave justifiant sa suspension, que cette mesure n'est pas assortie du maintien de sa rémunération, qu'elle n'a pas été précédée d'une saisine du conseil de discipline et qu'elle n'est pas limitée dans le temps ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle porte atteinte au principe de continuité du service public hospitalier ;

- elle méconnaît le principe d'égalité, principe à valeur constitutionnelle, dès lors que la différence de traitement entre agents créée n'est pas justifiée par une différence de situation ;

- elle constitue une discrimination prohibée par les stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par l'article 1er du protocole n° 12 annexé à cette convention ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le droit à la santé tel que consacré par le onzième alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;

- elle méconnaît le principe du respect de l'intégrité physique et du corps humain tel que consacré par les dispositions des articles 1er et 4 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, des articles 16-1 et 16-3 du code civil et de l'article L. 1111-4 du code de la santé publique ;

- elle méconnaît le principe de précaution tel qu'il est posé par l'article 5 de la charte de l'environnement ;

- elle porte atteinte au droit au respect du secret médical tel qu'il résulte des dispositions de l'article L. 1110-4 du code de la santé publique ;

- elle porte atteinte à la liberté d'entreprendre et à la liberté du commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle était en situation de compétence liée pour suspendre Mme A de ses fonctions, dès lors que celle-ci n'avait présenté aucun justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ;

- en tout état de cause, les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Rousseau, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, agente publique contractuelle, est employée par la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne et exerce les fonctions d'auxiliaire de puériculture principale de deuxième classe au sein de la crèche " Les petits lutins " à Montech (Tarn-et-Garonne). Par une décision du 5 novembre 2021, la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne l'a suspendue de ses fonctions à compter du 8 novembre 2021 ou à l'issue de sa période de congé, jusqu'à la présentation d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la covid-19.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / () / 2° Les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique, lorsqu'ils ne relèvent pas du 1° du présent I ; / () I bis. - Pour l'application des 2° et 3° du I et, en tant qu'il se réfère à ces dispositions, du 4° du même I, l'obligation vaccinale prévue au premier alinéa dudit I n'est applicable, dans les établissements d'accueil du jeune enfant, les établissements et services de soutien à la parentalité et les établissements et services de protection de l'enfance situés hors des structures mentionnées au 1° du même I, qu'aux professionnels et aux personnes dont l'activité comprend l'exercice effectif d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins attachés à leur statut ou à leur titre ". Aux termes de l'article 13 de cette même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".

3. Il résulte des dispositions précitées des articles 12 à 14 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, d'une part, qu'il appartient aux employeurs publics de contrôler le respect de l'obligation vaccinale par leurs agents soumis à cette obligation et, le cas échéant, de prononcer une suspension de leurs fonctions jusqu'à ce qu'il soit mis fin au manquement constaté et, d'autre part, que l'appréciation selon laquelle les personnels ne remplissent pas les conditions posées par ces dispositions, ne résulte pas d'un simple constat, mais nécessite non seulement l'identification du cas, parmi ceux énumérés par le I de l'article 13, dans lequel se trouve l'agent, mais également l'examen de la validité des justificatifs en matière vaccinale ou de contre-indications médicales produits le cas échéant par l'agent au regard de ces dispositions législatives et des dispositions réglementaires prises pour leur application. Par suite, la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne n'était pas en situation de compétence liée pour édicter la décision en litige.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () 6° refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".

5. Il ressort des pièces du dossier ainsi que de la rédaction de la décision en litige que la requérante, qui était soumise à l'obligation vaccinale contre la Covid-19 en raison de ses fonctions d'auxiliaire de puériculture dans une crèche, n'a pas transmis de certificat de statut vaccinal complet malgré les demandes de son employeur en ce sens. Elle comporte ainsi les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Toutefois, la décision en litige, en se bornant à citer l'ordonnance rendue le 25 octobre 2021 par le Conseil d'Etat statuant au contentieux sous le n° 457230, sans viser la loi du 5 août 2021 et son décret d'application, ne comporte pas les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision en litige est insuffisamment motivée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne du 5 novembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre à la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne la somme demandée par Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions présentées par la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 novembre 2021 de la présidente de la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la communauté de communes Grand Sud Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme Lequeux, conseillère,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M.-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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