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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106598

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106598

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106598
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLAPUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un nouveau mémoire, enregistrés les 15 novembre 2021 et 13 avril 2023, l'association Francophonie Avenir doit être regardée comme demandant, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du président de la chambre du commerce et de l'industrie de la région Occitanie (CCI Occitanie) rejetant sa demande tendant à ce que la marque " Purple Campus " ne soit plus utilisée dans l'espace public ;

2°) d'enjoindre au président de la CCI Occitanie de ne plus utiliser cette marque dans l'espace public et de faire respecter cette mesure par tous les établissements de la région ;

3°) d'enjoindre à la CCI Occitanie d'engager la procédure de restitution de toute éventuelle subvention versée à l'association " Purple Campus " ;

4°) de mettre à la charge de la CCI Occitanie la somme de 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- bien que la marque " Purple Campus " soit exploitée par une association, il s'agit d'une marque déposée par la CCI Occitanie ;

- le refus du président de la CCI Occitanie de mettre fin à l'utilisation de la marque " Purple Campus " méconnaît les articles 1, 2 et 14 de la loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française alors que le terme " purple " est traduisible en français ou dispose d'équivalents dans cette langue ;

- la CCI Occitanie ne saurait se référer au lexique établi par la commission d'enrichissement de la langue française pour justifier son refus, alors que le mot " purple " n'est pas nouveau dans la langue anglaise, ni ne décrit une réalité nouvelle ou une innovation scientifique ou technologique ;

- l'illégalité de la décision contestée justifierait que, dans l'hypothèse où la CCI Occitanie aurait versé des subventions au profit de l'association exploitante de la marque " Purple Campus ", les sommes soient restituées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, la CCI Occitanie conclut, d'une part, au rejet de la requête et, d'autre part, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association Francophonie Avenir au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le rejet de la demande de l'association Francophonie Avenir adressée au président de la CCI Occitanie est intervenu par une décision expresse du 1er septembre 2021 de sorte que, d'une part, le recours en annulation est dirigé contre une décision inexistante et, d'autre part, la requête est tardive ;

- l'association Purple Campus est une personne morale de droit privé créée sur le fondement de la loi de 1901 et dispose d'une personnalité juridique distincte, de sorte que les conclusions tendant à ce que la CCI Occitanie mette fin à l'usage de la marque " Purple Campus " sont irrecevables ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à l'association " Purple Campus " qui n'a pas produit d'observations.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la CCI Occitanie d'engager la procédure de restitution de toutes éventuelles subventions versées à l'association " Purple Campus " sont irrecevables dès lors qu'elles relèvent d'un litige distinct de celui présenté au principal.

Vu les autres pièces du dossier :

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association ;

- la loi n° 94-665 du 4 août 1994 ;

- le décret n° 96-602 du 3 juillet 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lejeune,

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,

- et les observations de Me Foucard, représentant la CCI de la région Occitanie.

Considérant ce qui suit :

1. La chambre de commerce et de l'industrie de la région Occitanie (la CCI Occitanie) exerce notamment une activité de formation professionnelle. Pour l'externalisation de cette activité, elle a décidé, par délibération du 26 septembre 2019, de créer une association relevant du régime de la loi du 1er juillet 1901 nommé " Purple Campus ". Cette association exploite la marque " Purple Campus ", enregistrée auprès de l'Institut national de la propriété intellectuelle (INPI) le 31 mars 2020. Par courrier du 10 août 2021, l'association Francophonie Avenir a demandé au président de la CCI Occitanie de mettre fin à l'utilisation de la marque " Purple Campus " en raison de l'emploi d'un terme anglophone dans son intitulé. En l'absence de réponse favorable à sa demande, l'association Francophonie Avenir a saisi le tribunal administratif.

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 4 août 1994 : " Langue de la République en vertu de la Constitution, la langue française est un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France. / Elle est la langue de l'enseignement, du travail, des échanges et des services publics. / Elle est le lien privilégié des Etats constituant la communauté de la francophonie. " Aux termes de l'article 2 de cette loi : " Dans la désignation, l'offre, la présentation, le mode d'emploi ou d'utilisation, la description de l'étendue et des conditions de garantie d'un bien, d'un produit ou d'un service, ainsi que dans les factures et quittances, l'emploi de la langue française est obligatoire. / Les mêmes dispositions s'appliquent à toute publicité écrite, parlée ou audiovisuelle. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables à la dénomination des produits typiques et spécialités d'appellation étrangère connus du plus large public. / La législation sur les marques ne fait pas obstacle à l'application des premier et troisième alinéas du présent article aux mentions et messages enregistrés avec la marque. " Aux termes de l'article 14 de la même loi : " I. L'emploi d'une marque de fabrique, de commerce ou de service constituée d'une expression ou d'un terme étrangers est interdit aux personnes morales de droit public dès lors qu'il existe une expression ou un terme français de même sens approuvés dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires relatives à l'enrichissement de la langue française. / Cette interdiction s'applique aux personnes morales de droit privé chargées d'une mission de service public, dans l'exécution de celle-ci. / II. Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux marques utilisées pour la première fois avant l'entrée en vigueur de la présente loi. "

3. Pour l'application de ces dispositions législatives, le décret du 3 juillet 1996 relatif à l'enrichissement de la langue française, dans sa rédaction en vigueur au 31 mars 2020, soit la date de dépôt de la marque " Purple Campus " à l'INPI, prévoit la création de la commission d'enrichissement de la langue française et définit son rôle, son fonctionnement et sa composition. Cette commission travaille en lien avec l'Académie française. En vertu de l'article 4 de ce décret, et dans le cadre de cette commission de l'enrichissement de la langue française, se tiennent des groupes d'experts chargé " 1° D'établir l'inventaire des cas dans lesquels il est souhaitable de compléter le vocabulaire français, compte tenu des besoins exprimés ; / 2° De recueillir, analyser et proposer les termes et expressions nécessaires, notamment ceux équivalents à des termes et expression nouveaux apparaissant dans les langues étrangères, accompagnés de leur définition. ". Aux termes de l'article 9 de ce décret du 3 juillet 1996 : " La commission d'enrichissement de la langue française soumet les termes, expressions et définitions qu'elle retient à l'Académie française. / Après avoir recueilli l'avis de l'Académie française, la commission le fait connaître au ministre intéressé. Celui-ci peut, dans le délai d'un mois, indiquer à la commission les raisons qui s'opposent à la publication de certains termes, expressions ou définitions. / Les termes, expressions et définitions proposés par la commission ne peuvent être publiés au Journal officiel sans l'accord de l'Académie française. Si celle-ci n'a pas formulé d'avis dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, son accord est réputé acquis. " Aux termes de l'article 10 de ce décret : " Sauf si un ministre a fait connaître son opposition en application du deuxième alinéa de l'article 9, la commission établit la liste des termes, expressions et définitions ayant reçu l'accord de l'Académie française qu'elle transmet pour publication au Journal officiel de la République française. / Les administrations donnent la plus large diffusion aux listes de terminologie publiées au Journal officiel. Ces listes sont également publiées au Bulletin officiel du ministère de l'éducation national. " Enfin, aux termes de l'article 11 du même décret : " Les termes et expressions publiés au Journal officiel sont obligatoirement utilisés à la place des termes et expressions équivalents en langues étrangères : / 1° Dans les décrets, arrêtés, circulaires, instructions et directives des ministres, dans les correspondances et documents, de quelque nature qu'ils soient, qui émanent des services et des établissements publics de l'Etat ; / 2° Dans les cas prévus aux articles 5 et 14 de la loi du 4 août 1994 susvisée relative à l'emploi de la langue française. / La commission observe l'usage prévu au présent article des termes et expressions publiés. "

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, pour les noms de marque de fabrique, de commerce ou de service, l'obligation d'emploi de la langue française, dont le principe est posé par l'article 2 de la loi du 4 août 1994, obéit aux dispositions particulières de l'article 14 de cette loi qui prévoit que l'emploi, dans le nom d'une marque utilisée pour la première fois après l'entrée en vigueur de la loi, d'une expression ou d'un terme étranger à la langue française, n'est interdit aux personnes morales de droit public que s'il existe une expression française de même sens approuvée par la commission d'enrichissement de la langue française et publiée au Journal officiel de la République française.

5. En l'espèce, il n'est pas contesté par les parties qu'à la date du dépôt de la marque " Purple Campus ", le terme " purple " n'avait pas fait l'objet de l'approbation, par la commission d'enrichissement de la langue française, d'une expression française équivalente publiée au Journal officiel de la République française. Il en résulte que cette expression, et bien qu'il s'agisse d'un adjectif de couleur, ne dispose pas d'équivalent en langue française au sens des dispositions de l'article 14 de la loi du 4 août 1994. Par suite, la marque " Purple Campus " ne méconnaît pas l'obligation d'emploi de la langue française.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'association Francophonie Avenir n'est pas fondée à soutenir que la décision du président de la CCI Occitanie refusant de mettre fin à l'utilisation de la marque " Purple Campus " méconnaît les dispositions des articles 1, 2 et 14 de la loi du 4 août 1994. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à fin d'annulation, ainsi que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au président de la CCI Occitanie de mettre fin à l'utilisation de la marque litigieuse ou d'engager la procédure de restitution de toute éventuelle subvention versée à l'association " Purple Campus " .

7. La CCI Occitanie n'étant pas la partie perdante à la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme de 100 euros demandée par l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme d'argent à la charge de la requérante à verser à la CCI Occitanie sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Francophonie Avenir est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la CCI Occitanie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Francophonie Avenir ainsi qu'à la chambre de commerce et de l'industrie de la région Occitanie.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clen, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lejeune, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

A. LEJEUNE

Le président,

H. CLENLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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