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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107316

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107316

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBRIAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a examiné la demande de Mme A., agent contractuel de la commune de Pamiers, qui contestait le refus de la maire de lui accorder la protection fonctionnelle. La requérante invoquait notamment un vice de procédure, une insuffisance de motivation et une erreur d'appréciation au regard de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Le tribunal a annulé la décision du 3 décembre 2021, estimant que la maire, directement mise en cause par les faits dénoncés, ne pouvait statuer elle-même sur la demande en raison du principe d'impartialité. La solution retenue s'appuie sur l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 et les articles L. 2122-17 et L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 décembre 2021, 8 mai 2023 et 23 juillet 2023, lequel n’a pas été communiqué, Mme A..., représentée en dernier lieu par Me Touboul, qui s’est dessaisi le 22 juillet 2023, doit être regardée, dans le dernier état de ses écritures, comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 3 décembre 2021 par laquelle la maire de la commune de Pamiers a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d’enjoindre à ladite commune de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

3°) de procéder, en application de l’article L. 741-2 du code de justice administrative, à la suppression des passages du mémoire en défense commençant par « Le tribunal constatera que dans le cadre des procédures engagées par la requérante » et finissant par « le rapport Equadex » ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Pamiers une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :
- les écritures en défense présentées par la commune de Pamiers ne sont pas recevables dès lors que la délibération autorisant sa maire à ester en justice est un faux ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’elle n’a pas été prise au terme d’une procédure contradictoire ;
- elle est entachée d’erreurs de faits ;
- elle est entachée d’erreur d’appréciation au regard de l’article 11 de la loi du 13 juillet 1983 ;
- elle est intervenue en méconnaissance du principe d’impartialité ;
- elle est entachée d’un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, la commune de Pamiers, représentée par Me Briand, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- les prétentions indemnitaires de la requérante non précédées d’une demande préalable sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 juillet suivant.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 25 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 2013-907 du 11 octobre 2013 ;
- le décret n° 2014-90 du 31 janvier 2014 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lestarquit,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 25 novembre 2021, Mme B... A..., recrutée par la commune de Pamiers en qualité de directrice des systèmes d’information, dans le cadre d’un contrat à durée déterminée conclu le 19 janvier 2021 pour une durée de quatre mois, a saisi cette commune d’une demande de protection fonctionnelle en dénonçant des agissements, qu’elle a qualifiés d’escroquerie, et qui auraient été commis à son égard par la maire de cette commune. Par décision du 3 décembre 2021, ladite maire refusait toutefois de faire droit à cette demande. Par la présente instance, Mme A... demande l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes des dispositions du IV de l’article 11 de la loi susvisée du 13 juillet 1983 dans sa rédaction applicable au litige : « La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ».

3. Si la protection résultant des dispositions précitées de l’article 11 de la loi du
13 juillet 1983 n’est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l’un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l’exercice normal du pouvoir hiérarchique.

4. Par ailleurs, il résulte du principe d’impartialité que le supérieur hiérarchique mis en cause à raison d’actes insusceptibles, à les supposer avérés, de se rattacher à l’exercice normal du pouvoir hiérarchique ne peut régulièrement, quand bien même il serait en principe l’autorité compétente pour prendre une telle décision, statuer sur la demande de protection fonctionnelle présentée pour ce motif par son subordonné.

5. Enfin, aux termes de l’article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales : « En cas d’absence, de suspension, de révocation ou de tout autre empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint, dans l’ordre des nominations et, à défaut d’adjoint, par un conseiller municipal désigné par le conseil ou, à défaut, pris dans l’ordre du tableau ». Aux termes de l’article L. 2122-18 du même code : « Le maire est seul chargé de l’administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal ».

6. Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales que le maire, qui n’aurait pas délégué cette fonction, est en principe compétent pour se prononcer sur une demande de protection fonctionnelle émanant des agents de sa commune. Toutefois, face à une telle demande qui viserait des faits le concernant personnellement, il se trouve en situation de ne pouvoir se prononcer sans méconnaître les exigences qui découlent du principe d’impartialité, et il lui appartient, pour le motif indiqué au point 4, de transmettre celle-ci à l’un de ses adjoints ou à l’un des conseillers municipaux dans les conditions prévues à l’article L. 2122-17 du même code.

7. En l’espèce, la demande de protection fonctionnelle présentée par Mme A... mettait en cause les agissements de la maire de Pamiers en l’accusant d’avoir commis à son égard des faits qu’elle qualifie d’escroquerie. En se prononçant elle-même sur cette demande, ladite maire a ainsi méconnu le principe d’impartialité.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner ni la recevabilité des écritures en défense ni les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision attaquée du 3 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

9. Aux termes de l’article 2 de la loi susvisée du 11 octobre 2013 : « I. - Au sens de la présente loi, constitue un conflit d'intérêts toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou à paraître influencer l'exercice indépendant, impartial et objectif d'une fonction. / Lorsqu'ils estiment se trouver dans une telle situation : (…) / 2° Sous réserve des exceptions prévues au deuxième alinéa de l'article 432-12 du code pénal, les personnes titulaires de fonctions exécutives locales sont suppléées par leur délégataire, auquel elles s'abstiennent d'adresser des instructions (…) ». Aux termes de l’article 5 du décret susvisé du 31 janvier 2014, applicable, notamment, aux maires : « Lorsqu'elles estiment se trouver en situation de conflit d'intérêts, qu'elles agissent en vertu de leurs pouvoirs propres ou par délégation de l'organe délibérant, [ces personnes] prennent un arrêté mentionnant la teneur des questions pour lesquelles elles estiment ne pas devoir exercer leurs compétences et désignant, dans les conditions prévues par la loi, la personne chargée de les suppléer. / Par dérogation aux règles de délégation prévues aux articles L. 2122-18 (…) du code général des collectivités territoriales, elles ne peuvent adresser aucune instruction à leur délégataire ».

10. Le présent jugement implique seulement qu’il soit enjoint, d’une part, à la maire de Pamiers, en principe seule chargée de l’administration en vertu de l’article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales, de prendre, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, un arrêté désignant l’adjoint qui sera chargé de se prononcer, en toute indépendance, conformément aux dispositions précitées du décret du 31 janvier 2014, sur la demande de protection fonctionnelle présentée par Mme A... et, d’autre part, à cet adjoint d’examiner cette demande dans un délai d’un mois à compter de sa désignation.

Sur les conclusions tendant à la suppression de passages injurieux :

11. En vertu des dispositions 41 de la loi du 29 juillet 1881, reproduites à l’article L. 742-1 du code de justice administrative, les juridictions administratives peuvent, dans les causes dont elles sont saisies, prononcer, même d’office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.

12. En l’espèce, le passage dont la suppression est demandée par la requérante n’excède pas le droit à la libre discussion et ne présente pas un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire. Les conclusions tendant à sa suppression doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme A... verse à la commune de Pamiers une somme quelconque au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Pamiers, la somme demandée par Mme A... à ce titre.













D E C I D E :


Article 1er : La décision du 3 décembre 2021 par laquelle la maire de Pamiers a refusé de faire droit à la demande de protection fonctionnelle que Mme A... avait présentée le 25 novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Pamiers de réexaminer, dans les conditions posées au point 10, la demande de protection fonctionnelle présentée par Mme A... le 25 novembre 2021 dans un délai global de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... ainsi qu’à la commune de Pamiers.


Délibéré après l'audience du 26 novembre 2025, à laquelle siégeaient :


Mme Meunier-Garner, présidente,
Mme Lestarquit, première conseillère,

Mme Camorali, conseillère,


Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2025 .



La rapporteure,

H. LESTARQUIT

La présidente,

M.-O. MEUNIER-GARNER



La greffière,




M. C...


La République mande et ordonne au préfet de l’Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,




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